Si je suis votre raisonnement, mon très cher Maître Cloutier, le gouvernement aurait dû se lancer sur le sentier de la guerre, ou du référendum, en profitant de ce qui arrive aux chômeurs saisonniers québécois. Utilisant le prétexte des modifications à l’assurance emploi, le gouvernement aurait enguirlandé le gouvernement fédéral, posé des carrés rouges un peu partout, organisé des manifestations, des parades de casseroles, pour finir par appeler un référendum au terme de cette mobilisation. Ou encore exiger le rapatriement de l’assurance emploi au Québec. Et vous croyez que les Québécois auraient suivi, et nous auraient sorti de la Confédération avec ça !
Prenons pour acquis que c’est ce genre de démarche qu’aurait entrepris le gouvernement. Je peux savoir ce que ce même gouvernement aurait dit aux victimes des mesures fédérales ? Il leur aurait suggéré la patience en attendant les résultats du référendum ? Il leur aurait allégé l’accès au bien-être social ? Bien évidemment, nos chômeurs et les entrepreneurs menacés par ces mesures auraient sans doute acheté tout ça, se seraient équipés de carrés rouges, de casseroles, et seraient venus manifester à Montréal et à Québec. En fait, ils n’auraient jamais pardonné au gouvernement de les avoir pris en otage de son idéologie et de les avoir sacrifiés sur l’autel de l’indépendance. Dans les circonstances, de tous les gouvernements provinciaux, c’est celui du Québec qui a fait le plus pour ces victimes. Et c’est ce que retiendront ces citoyens. Ce qui ne veut pas dire qu’il a tout fait, ou qu’il en a fait assez, tant s’en faut.
S’occuper des victimes, limiter les dégâts des folies conservatrices, c’est une chose, et qui ne devrait pas empêcher de faire la promotion de l’indépendance, qui en est une autre. Dans le contexte d’un gouvernement minoritaire, il ne faut pas trop compter sur l’opposition pour participer aux revendications du Québec, surtout si elles ont une connotation indépendantiste. Mais qu’est-ce qui empêche d’utiliser la situation créée par le fédéral au profit de l’indépendance ? Il faut bâtir un rapport de force politique avec le fédéral et mobiliser les Québécois si on veut se sortir du carcan fédéral. Il faut montrer les effets néfastes des politiques canadiennes au Québec, et comment l’indépendance nous permettra de faire mieux. Et le dossier de l’assurance-emploi me semble être de ceux qui nous permettraient de faire tout ça. Les Conservateurs sont prêts à détruire les économies des Maritimes, de régions du Québec et de l’Ontario pour expédier en Alberta de la main d’œuvre, et les Libéraux avaient déjà commencé avec les politiques de Paul Martin. Le Québec n’a rien à gagner de ces politiques, au contraire. D’où l’intérêt d’utiliser ce dossier pour expliquer le Canada aux Québécois et les mobiliser pour en sortir, ou, si leur humeur ne changeait pas, pour rapatrier au Québec l’assurance-emploi.
Tant que les indépendantistes vont tirer à boulets rouges contre le PQ, il vaut mieux oublier cette mobilisation, les Québécois ne prendront pas au sérieux les ténors de l’indépendance et ne les suivront pas. Inutile aussi dans ces conditions de faire la promotion de l’indépendance, comment faire comprendre aux gens qu’une cause aussi essentielle ne mérite pas d’unifier nos forces. Non seulement les ténors indépendantistes ne seront pas crus, mais ils ne feront pas avancer d’un pouce la cause.
Je comprends votre déception, mon cher Maître, je suis déçu aussi, mais pas pour les mêmes raisons. J’aurais pris au sérieux les David, Aussant et autres s’ils avaient proposé une union des indépendantistes sur ce dossier particulier. Nous aurions pu expliquer pourquoi l’indépendance est nécessaire et essentielle. Et nous aurions pu alors apprendre à travailler ensemble. Nous aurions démontré ainsi que l’idée de l’indépendance ne consiste pas à dénigrer le voisin, mais à protéger nos intérêts sociaux et économiques. Loin de ça, vous nous arrivez avec votre salade anti-Marois.
Je comprends votre aversion de Mme Marois, je comprends votre ressentiment, mais je ne comprends pas que ça vous pousse à nuire à l’indépendantisme comme vous venez à nouveau de le démontrer. Mais est-il vraiment trop tard pour changer d’attitude ? Le dossier de l’assurance-emploi sera-t-il une autre occasion manquée ?
