Les dés sont jetés. Les électeurs et les électrices de toutes les régions du Québec ont voté pour la formation d’un nouveau gouvernement. Ce choix démocratique des « voteurs » aura d’autant plus d’importance qu’une loi scélérate pèse sur toutes les têtes comme une épée de Damoclès. En revanche, les Québécois et les Québécoises ne sont pas ce que pensent les Charest et Legault de ce monde. Ils et elles ont finalement pris position. Toutefois, les résultats électoraux ne permettent pas de résoudre les contradictions de la pensée politique québécoise. Ce que les parlementaires doivent maintenant assumer le plus sereinement, c’est que l`Assemblée nationale du Québec ne devienne pas une foire d’empoigne dès la mise en marche du gouvernement Marois.
On le voit, dans les faits, l’économie n’est pas la fin du monde. Or, l’Assemblée nationale de la dernière session du Québec fut incapable de fonctionner adéquatement. Béatement, la population a assisté à un épisode entre des parlementaires obsédés par la soif d’une élection dans le seul but d’en découdre les uns les autres. Ah ! démocratie quand tu nous tiens. Pour le premier ministre Charest, le mot démocratie s’écrit avec un « d » majuscule dont il est le seul à en connaître le sens. Nous avons appris ce soir que sa fidélité démocratique se limite à ses convictions. Pour lui, démocratie = économie. Il a beau parlé des valeurs démocratiques que personne ne veut plus le suivre. Malgré tout, une élection, c’est une élection. Les résultats du vote ont démontré qu’une fraction importante du vote populaire a maintenu son appui au parti libéral malgré la défaite de Jean Charest dans sa circonscription de Sherbrooke. Le parti québécois de Pauline Marois doit donc se contenter d’un gouvernement minoritaire. Tel a été le vœu suprême exprimé par la souveraineté populaire.
Par ailleurs, l’Assemblée nationale devra compter dans ses rangs une deuxième opposition, soit celle de la Coalition pour l’avenir du Québec de François Legault, puis d’un quatrième parti avec madame Françoise David et Amir Khadir de Québec solidaire. Mais c’est surtout la CAQ qui a forcé le jeu démocratique. Depuis un an environ, un sauveur a fait son apparition. Il se présente pour « faire le ménage » et il nous offre, clé en main, de mettre le Québec sur les rails avec ses solutions magiques dans le style de l’ex-premier ministre Mike Harris de l’Ontario avec sa « Révolution du bon sens » qui a terminé ses jours dans l’enfer de l’eau contaminée à Walkerton. Il y a trop de gras. Il doit couper ici et là dans le budget, la fonction publique et parapublique, l’organisation des services, etc. ! Il nous prévient, ça ne fera pas mal. Toutes les difficultés seront aplanies. On s’en va « drette », puis surtout « on est fiable ». La Belle province va marcher vers des jours meilleurs : pas de référendum, pas de corruption, une bonne gestion avec un « cadre financier » dit réaliste et juste des coupures incontournables.
Vient Pauline, la « dame de béton ». Elle se tient encore « deboutte ». Il y a de quoi ! Elle lutte avec l’énergie du désespoir. C’est même très honorable. Digne dans le combat électoral, elle est parvenue malgré tout à faire sa marque devant l’agitation verbale des siens et des autres. Malheureusement, le soir même où elle accède au poste de première ministre, une personne a été abattue au Métropolis au moment où elle prononçait son discours de fin de campagne tard dans la soirée. On sait que durant la campagne électorale, elle a réfuté l’objection des Charest et des Legault qui voyaient dans son approche politique des intentions machiavéliques et de vouloir mettre « la chicane dans la cabane » ou même de supposer (comme l’a déclaré le chef de la CAQ) d’exiger « un test sanguin » de « bon nationaliste ». Avouons-le, la coupe est pleine. Il n’en fallait pas plus pour voir apparaître la réaction de la presse canadian de Montréal et de Toronto à l’encontre des souverainistes. Les événements vécus en fin de soirée des élections du 4 septembre illustre la fragilité de la démocratie sous tous ses aspects plus ou moins heureux.
Contre vent et marées, Pauline Marois devient la première femme a occupé le poste de première ministre du Québec. Cependant, avec les résultats de la répartition des sièges à l’Assemblée nationale, on peut déclarer sans l’ombre d’un doute que la cheffe du PQ aura fort à faire devant une situation si lourdement empoisonnée afin de réaliser ses promesses électorales et de gouverner efficacement. Dans les circonstances actuelles, il devient de plus en plus nécessaire pour elle de faire appel à des ressources humaines de l’extérieur de son entourage immédiat afin de consolider le Cabinet du PM ou du Ministère du Conseil exécutif de l’État du Québec − ce haut lieu des grandes décisions politiques − qu’elle aura à commander, diriger et animer.(*) Ce sera un travail d’équipe colossal au plus haut niveau de l’État, car c’est le centre névralgique du gouvernement. Les événements de la nuit dernière nous ont montré que tout ce qu’elle aura à déclarer publiquement sera scruté à la loupe.
Au plan opérationnel, la première difficulté politique consistera à transformer une haute fonction publique provinciale en une haute fonction publique nationale. Il lui faudra mettre fin aux réflexes ataviques de provinciaux des sous-ministres en titre ainsi que des dirigeants des grands organismes publics et parapublics. Elle-même aura à faire l’apprentissage d’un nouveau vocabulaire au sujet de l’indépendance nationale et de l’interdépendance du Québec dans le monde. Les citoyens québécois doivent entendre autre chose que des lamentations sur le dysfonctionnement du fédéralisme canadian ou sur le style de gouvernement des chefs à Ottawa.
L’indépendance nationale du Québec et les fondements de l’optique indépendantiste exigera énormément d’effort de la part du gouvernement péquiste pour disséminer l’idée indépendantiste. Le slogan « À nous de choisir » doit être qualifié clairement. Ce n’est pas la croisée des chemins mais l’indépendance nationale du Québec qui doit faire son entrée sans équivoque dans l’espace public. La réalisation de la souveraineté nationale du Québec est à ce prix. Est-ce que notre haute fonction publique est prête à emboîter le pas ? Une évaluation sérieuse de la capacité et de la volonté interne de l’État est à préparer avec soin. La solidité de l’État du Québec en dépend largement ainsi que de son gouvernement. À cause de sa vision de l’indépendance nationale du Québec, le gouvernement péquiste sera mis à rude épreuve dans les mois à venir ainsi qu’au cours des prochaines années.
Bon succès madame Pauline Marois au titre de première ministre du prochain gouvernement national des Québécoises et des Québécois et de la nation québécoise.
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(*) Pour le commun des mortels, il est instructif de naviguer sur le site Internet du Ministère du Conseil exécutif du Québec (http://www.mce.gouv.qc.ca/ministere...).

