Pratte vient d’avoir une nouvelle idée : c’est la faute des Québécois si les pauvres minorités canadiennes-françaises fêtent toutes seules dans leur coin, en Colombie-Britannique, en Alberta et ailleurs.
Il faudrait faire aux trois valeureux Canadiens français de Moose Jaw une plus grande place lors de la Fête nationale des Québécois. Nous sommes tellement chanceux, nous les Québécois, d’être encore majoritaires chez nous que nous avons tendance à oublier que c’est un privilège, nous dit Pratte. La normalité, au Canada, c’est de se battre chaque fois qu’on veut parler français. Quel égoïsme de notre part de l’avoir oublié !
Évidemment, il ne serait pas venu un instant à l’esprit de Pratte de blâmer ses bien chers Dion et Harper pour le sort des minorités canadiennes-françaises. Il pousse même le léchage jusqu’à louanger ces deux fossoyeurs pour leurs généreux soins palliatifs. Un vrai communiqué du ministère du Patrimoine canadien.
Les communautés vibrantes si chères à Pratte — il aurait dû aussi mentionner Terre-Neuve, où seulement 0,1 % de la population parle français à la maison — sont plutôt des communautés tremblantes par les temps qui courent. En effet, Harper leur a enlevé leur seule arme, le programme de contestation judiciaire, puis a fait semblant de le rétablir dernièrement, histoire peut-être de paraitre généreux à l’approche de la Saint-Jean, fête folklorique de quelques précieux électeurs qui revêtent une importance particulière lorsqu’on pique du nez dans les sondages.
Auparavant, à défaut d’avoir des écoles, les minorités canadiennes-françaises pouvaient se battre devant les tribunaux. Elles y étaient condamnées parce que partout, dans le Canada de Pratte, les gouvernements se montrent systématiquement pingres envers elles. Même lorsque la Cour suprême intime aux provinces de se conformer, elles se trainent les pieds. Il faudrait peut-être qu’Ottawa leur envoie son armée. Ben quoi ? Vous trouvez que j’exagère ? Pourtant, en 1970, il n’y avait que deux otages. En 2008, il y en a quelques centaines de milliers.
Aujourd’hui, l’arme juridique n’existe même plus, à toutes fins utiles. Les minorités canadiennes-françaises devront accepter leur sort. Plus que jamais, l’assimilation les fera fondre, ce qui incitera Pratte à vanter encore plus leur persévérance. Et comme la moitié de la moitié ne donne jamais le néant, il restera toujours des subventionnés patrimoniaux quelque part pour justifier le discours de l’apitoiement sur les minoritaires à ne pas abandonner.
Pratte voudrait qu’on fasse de la Fête nationale du Québec une ode à la minorisation. Il faudrait célébrer le français éternellement menacé. Il faudrait s’enorgueillir de la survivance plutôt que lutter pour l’indépendance. Jamais il ne lui viendrait à l’idée, dans son esprit minuscule de fédéraliste ratatiné, que le Québec pourrait être un pays normal, avec une langue normale.
Pratte, le collabo de la fête, a le culot de reprocher aux Québécois de délaisser leurs cousins canadiens-français. Il compte sur son copain Benoît Pelletier pour remédier à la situation l’an prochain. Les Québécois ne danseraient plus au rythme endiablé de « Libérez-nous des libéraux », mais tiendraient une grande cérémonie funèbre au son d’Évangéline et de Mommy.
Vivement une grande alliance nationale et des élections pour mettre tous ces nains collaborationnistes libéraux dehors et pour que le pays naisse enfin.


