En mai dernier, j’ai laissé la présidence du Parti indépendantiste et offert mes services au parti pour d’autres tâches plus occasionnelles, dans ma nouvelle circonscription de Matane ou autres. Président, je l’aurai donc été depuis l’assemblée de fondation, le 3 février 2008, jusqu’à la réunion de l’exécutif tenue à Québec le 2 mai 2009.
Comme militant, j’étais là avant, bien sûr, au moment par exemple où le Directeur général des élections du Québec autorisait officiellement l’existence de ce parti le 18 octobre 2007. J’étais aussi là dès les premiers communiqués du 15 août et du 25 juillet 2007, qui lançaient publiquement l’idée de ce parti et que j’ai rédigés avec l’actuel chef Éric Tremblay.
Deux années nous séparent de ces premiers communiqués et à peine un an et demi s’est écoulé depuis la fondation. Mais déjà, dans ce cours laps de temps, le Parti indépendantiste a brigué les suffrages dans une élection générale, avec 19 candidats, et dans six élections partielles, si on inclut celles qui sont en cours dans Marguerite-Bourgeoys et Rivière-du-Loup où Érik Poulin, président du Comité des jeunes, et Éric Tremblay se présentent sous les couleurs du PI.
Cela s’est accompli à travers houles et tiraillements internes parfois, inévitables dans toute entreprise de ce genre, mais par-dessus tout avec conviction, résolution et hauteur de vue, qualités qui s’enracinent ici dans l’option claire, forte et nécessaire que le P.I. incarne : l’indépendance promulguée par le gouvernement dûment élu des Québécois.
Devant la défection historique du Parti québécois, son installation confirmée dans le provincialisme plat et hypocrite, le mouvement indépendantiste a évidemment cherché des voies organisationnelles de rechange. Mais ces tentatives sont soit mort-nées, soit restées dans les marges du véritable champ de bataille électorale. Pourquoi ? Parce qu’elles ne s’adressaient pas clairement et directement aux électeurs avec l’indépendance comme programme. Se condamnant elles-mêmes à n’être, délibérément ou non, que groupes de pression sur le PQ, elles ne réussissaient finalement qu’à confirmer ce dernier dans son titre usurpé de véhicule de l’indépendance.
Cela est vrai des individus comme des organisations. Au fond, cet antipéquisme n’est que péquisme orbital. C’est une incohérence que le Parti indépendantiste fait éclater de par son existence même, sa persistance. Le partisan de l’indépendance ne peut se contenter indéfiniment de faire pression sur un PQ qui a renvoyé l’« option » à la fin des temps et de perpétuer ce faisant l’idée que ce parti est encore le parti de l’indépendance. Il ne peut indéfiniment dénoncer la démission péquiste en s’empressant de voter PQ dès qu’une élection se pointe. Ni non plus, soit dit en passant, de voter Québec solidaire, avec sa proposition d’accession à l’indépendance faite exprès pour ne jamais y accéder et duper au passage quelques indépendantistes socialisants.
Si l’indépendance est essentielle au développement du Québec national, encore faut-il qu’elle s’incarne dans une option politique concrète, autrement dit un parti qui l’offre aux Québécois au moment des élections. Le Parti indépendantiste, c’est cela : le « choix électoral de l’indépendance », comme le résume bien un slogan emblématique du parti. Et tant qu’on n’en vient pas là, l’indépendance reste un vain mot ou un sujet de conversation sans conséquence. Discuter de la conjoncture en ignorant la réorganisation en cours du mouvement indépendantiste et en faisant l’impasse sur le PI, c’est distiller l’impuissance.
Le fait que le Parti indépendantiste persiste et se développe comme alternative électorale réelle, administre chaque jour la preuve de l’incontournabilité et de la force intrinsèque de l’orientation qu’il représente, celle aussi du potentiel politique de cette orientation sur les plans électoral et organisationnel. Le pari est gagnable, pour peu qu’on persiste et se développe sur la scène électorale.
Il s’agit de prendre le pouvoir et de l’exercer en fonction des grandes priorités de la nation, dont le Québec français et l’intégration des immigrants. Et d’abord, priorité des priorités, pour faire l’indépendance. Il s’agit de prendre le pouvoir démocratiquement, de remporter une élection générale avec la majorité des sièges, dans les règles du régime parlementaire québécois, puis, de faire adopter par un vote majoritaire de l’Assemblée nationale une loi déclarant le Québec État indépendant et une Constitution pour ce nouvel État. Pour réaliser cela, la condition première est l’existence d’un parti électoral solide, capable à terme de présenter des candidats dans les 125 circonscriptions du Québec. Un important travail d’organisation, donc, qui consiste à la base par la création des associations de circonscription et la préparation en vue des élections. Cela est en cours.
La conjoncture n’est pas défavorable. Le champ s’ouvre pour le Parti indépendantiste. En effet, l’ADQ est en train de s’effondrer. Mario Dumont a démissionné et les électeurs fuient aujourd’hui cette formation qui avait ravi au PQ son titre d’opposition officielle. Pendant ce temps, le PQ ne remonte guère la pente, sinon à peine par défaut, et le fameux « effet Marois » ne s’est jamais concrétisé. Pour ce qui est de Québec solidaire, le positionnement faiblard et purement opportuniste de ce parti de gauche relativement à l’indépendance, qui est le cadet de ses soucis, en fait un parti voué aux marges. L’élection récente d’Amir Khadir dans Mercier est davantage un succès personnel et le fait d’une circonscription atypique qu’un prélude à la montée de son parti à l’Assemblée nationale.
Dans cette conjoncture donc, la voie s’ouvre pour un parti qui sache rallier ces suffrages indépendantistes égarés ailleurs à cause de la démission péquiste, sans parler des nombreux abstentionnistes qui reprennent le goût de voter quand on leur offre vraiment l’indépendance au bout de l’élection. Le Parti indépendantiste est donc là pour rester.
L’indépendance c’est maintenant !
Richard Gervais
Ex-président du Parti indépendantiste
Sainte-Anne-des-Monts, le 7 juin 2009
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


