Les jeunes ? Oui, les jeunes. Vous savez, la relève ? Les grandes femmes et les grands hommes de demain ? Vous savez, la génération de l’avenir ? La vague de changements ? Cette inspirante et enthousiaste brise de fraîcheur ? Ceux qui hériteront du monde et de ce qu’on en aura fait ? Bref, les moins de 30 ans…
Les moins de 30 ans.
Avez-vous assisté au Moulin à Paroles ? Oui ? Moi aussi, de 15h00 samedi à 16h00 dimanche. Ouais, je sais : je suis fait « toffe » comme m’ont dit certains.
Vous y avez remarqué quelque chose de bizarre, d’un peu paradoxal… vous savez, le genre de truc qui passe mal quand on veut l’avaler ? Ah, oui, vous avez trouvé vous aussi : elle était plutôt absente cette relève…
Samedi, au début, c’était juste bizarre. Samedi, à minuit, ça paraissait moins, car on n’était pas beaucoup, puis on va se le dire franchement : les vieux, ça veillent pas tard. On ne leur reproche pas, évidemment.
Mais dimanche, à la fin, après l’arrivée de la marche pour l’indépendance, alors que la fébrilité était à son paroxysme, cette absence faisait malaise.
Comme l’ont noté certains journalistes, les moins de 30 ans représentaient une faible part du public : 10%, peut-être 20% des gens présents. Cet aspect de l’événement était peu réjouissant, surtout quand on pense que c’était le public cible : c’est à eux qu’on voulait offrir la chance d’apprendre leur histoire dans une atmosphère d’enthousiasme et d’espoir en l’avenir !
Pourquoi ce désintérêt ? Pourquoi ont-ils boudé l’événement ? Pourquoi n’étaient-ils pas davantage excités face à ces lectures publiques, à cet événement grandiose ?
Hypothèses
Serait-ce à cause de la mauvaise pub des libéraux du Québec et du gouvernement fédéral ?
Non, sûrement pas, car cette basse propagande a plus faire rire qu’autre chose : l’image de Sam Hamad montant sur ses grands chevaux, craignant la lecture du méchant manifeste et l’arrivée sur scène d’un méchant terroriste était d’avantage caractéristique d’un petit trouble paranoïaque que d’une crainte légitime et rationnelle… S’il avait su qu’on allait y lire une lettre de Norman Bethune, Sam Hamad aurait sans doute dénoncé doublement ce rassemblement de terroristes, comme l’ironisait Simon Tremblay Pepin ! Non, franchement, ça ne peut être ça.
Les jeunes sont peut-être simplement stupides ?
Pourquoi pas ? Après tout, on les plante devant les illusions de la télé dès la naissance... Rendus à l’adolescence, on leur demanderait de s’intéresser à la vraie vie, à notre histoire commune, donc à notre avenir collectif ? N’importe quoi ! Quelle utopie ! Ha ! Ha !
Mais non, c’est moi qui ironise cette fois-ci… Même après des années de brainwash télévisuel, les jeunes ne sont pas des êtres ignares, sans intérêts pour rien et incapables de jugement critique : ils jasent entre eux après leurs (rares) cours d’histoire, voyagent et visitent le monde dès qu’ils ont un peu d’argent pour s’échapper, lisent dans leur temps libre (que ce soit des livres, des BD ou des blogues sur le Web), écoutent Loco Locass, Webster et les Cowboys Fringants en revenant de l’école… À la limite, ils se foutaient peut-être de l’événement, mais ils le comprenaient et auraient pu y apprécier la poésie et la grandeur des textes lus. La réponse est ailleurs.
Et si c’était en réaction à une certaine partisanerie politique qui les écœure au plus haut point depuis des années ?
Peut-être que les jeunes ne se retrouvent plus dans nos débats politiques… Peut-être que le discours de nos trois « gros vieux partis » ne les touchent pas vraiment… Si tel est le cas, serait-ce déraisonnable de croire qu’il puisse y avoir une rupture, un conflit dans notre société ? En d’autres mots : « hey, si le présent est tant à chier, pourquoi je m’intéresserais à l’histoire de ceux qui l’ont construit ? ». Faites autant de liens que vous voulez avec notre haut taux de décrochage et de suicide…
Les jeunes ne sont pas dupes. Ils se doutaient que de nombreux péquistes allaient s’y retrouver, que des textes de péquistes y seraient lus, que des idées de péquistes y seraient fièrement défendues… Loin de moi l’idée de dénigrer les discours et les idées de feu René Lévesque : c’était un grand homme, droit et honnête, qui mérite qu’on se souvienne de lui et de son oeuvre. Loin de moi l’idée de dénigrer le rôle passé du PQ : du temps de ses grands gourous, c’était un parti énergique, stimulant, innovant et presque révolutionnaire à certains aspects.
Mais René Lévesque est mort et le PQ n’est plus ce qu’il était… Oui oui, il est mort, c’est vraiment vrai ! Le PQ continue pourtant d’idolâtrer ce personnage des années après sa mort, même si son discours et les grandes valeurs qu’il défendait ont été largement abandonnés et oubliés par l’élite qui dirige ce parti…Et vous pensez que les jeunes ne s’en rendent pas compte ? Oui, ils s’en rendent compte. Ils s’en rendent tellement compte que plusieurs ne votent plus. Ils s’en rendent tellement compte que certains vont voter, oui, mais pour l’ADQ (Ouch ! Pardonnez moi : l’écrire fut douloureux…). Sûrement un peu par découragement. Sûrement un peu par contestation. Mais par pure conviction ? Ah non, quand même, faut pas virer fou…
Un mouvement indépendantiste vraiment indépendant pour le Québec !
Ah ! mais trêve de digressions. Revenons aux questions qui comptent vraiment : pourquoi les jeunes ont été si absents lors du Moulin à Paroles ? Pourquoi ne s’impliquent-ils plus pour défendre l’indépendance du Québec ou pour bâtir une société plus juste et progressive ? Et pourquoi ne vont-ils plus voter, ce devoir minimal de tous citoyens ?
Selon moi, pour un jeune moindrement au courant de la basse politique québécoise des 20 dernières années, la réponse est simple : « On a peut-être construit une belle société dans le passé, mais les "trois vieux partis" se liguent maintenant pour l’émietter progressivement, pour l’offrir peu à peu au privé... Alors, à quoi bon aller célébrer les exploits de ceux qui croyaient vraiment, honnêtement, passionnément en notre avenir collectif ? À quoi bon s’impliquer pour la collectivité ? À quoi bon aller voter ? Après tout, tant que ce sera le PQ, le PLQ et l’ADQ, ce sera du pareil au même, non ? »
Oui, ce sera du pareil au même. Mais il y a d’autres options sur le bulletin de vote. Il y a encore de nombreuses personnes, honnêtes et motivées, qui militent pour une meilleure société, au sein d’un parti des urnes et de la rue. Ce parti c’est Québec solidaire, un petit parti qui défend un grand projet de société : un projet cohérent, progressiste, égalitaire, démocratique et inspirant. Mais surtout, c’est un parti qui veut être le porte-parole des mouvements sociaux et non pas le dirigeant de ces discours : mieux vaut offrir à ces citoyens un tremplin ou un porte-voix pour s’exprimer que d’essayer d’avoir toutes les réponses et de parler en leur nom comme l’ont fait d’autres partis dans le passé.
Selon moi, le temps est venu pour que le mouvement indépendantiste québécois devienne indépendant, indépendant du vieux parti qui veut le contrôler.
Le temps est venu pour que les militants indépendantistes, ceux qui ont voué une bonne partie de leur vie à ce grand projet, comprennent qu’il n’y a pas qu’une façon de militer pour leurs idées. Présentement, l’approche favorisée par Québec solidaire, qu’on appelle assemblée constituante, est certainement la plus réaliste dans notre contexte contemporain. Le temps serait-il venu de proposer un projet différent, plus réaliste et démocratique, à notre jeunesse québécoise ?
Nos conceptions d’un futur Québec libre sont multiples : c’est donc par une multitudes d’approches que nous le bâtirons.
Jean-Nicolas Denis
Étudiant en Philosophie et Science politique
Université Laval
