La raison du plus fort est toujours la meilleure. C’est ce que nous raconte la fable de Lafontaine, et c’est aussi ce que nous raconte Patrick Bourgeois dans son livre Quebec Bashing, paru récemment aux Éditions du Québécois.
L’agneau, évidemment, c’est le Québec. Le loup, c’est le Canada anglais. La fable nous va à merveille. Elle remonte à très loin dans l’histoire du pays, mais l’auteur s’intéresse surtout à ses derniers épisodes, soit ceux des trois dernières décennies pendant lesquelles le Québec a tenté d’accéder à l’indépendance.
Dans cette histoire, le Canada anglais se comporte vraiment comme un loup. Tout est bon pour contrer la volonté d’indépendance du Québec. Les notions usuelles d’honnêteté, d’objectivité, de sens critique, d’esprit démocratique, sont automatiquement disqualifiées, ignorées quand il s’agit de déblatérer contre le Québec, de contester ses revendications les plus légitimes, de combattre ses efforts d’émancipation, de paralyser les règles élémentaires de l’action démocratique.
Ainsi on accuse les Québécois de racisme et d’antisémitisme alors que c’est le Canada anglais qui souffre de ces maladies, comme le démontre très bien l’auteur. On assimile le nationalisme québécois au fascisme sans que ces accusations aient quelque fondement que ce soit. On traite certains de nos hommes politiques de nazis, ce qui est le comble de la malhonnêteté et de la méchanceté. Ce ne sont pas des individus inconnus qui se comportent de cette façon, ce sont des journalistes qui écrivent dans les grands journaux de Montréal ou du reste du Canada, et ces monstruosités ne sont pas dénoncées par l’intelligentsia canadienne-anglaise, ce qui montre bien qu’elles reflètent la sentiment d’une grande partie du Canada anglais.
Ces diffamations dépassent la vraisemblance et l’entendement. En voici quelques exemples. Un professeur de McGill affirmait au lendemain du dernier référendum, et ses propos furent publiés par le magazine Saturday Night, « que le gouvernement péquiste fermait les hôpitaux dans les quartiers ayant voté Non au référendum » (p. 164). On se rappelle que les journaux du Canada anglais ont traité Parizeau et Bouchard de nazis. On a présenté Camille Laurin comme un membre du Ku Klux Klan alors que le KKK n’a jamais été actif au Québec mais il l’a été très fortement au Canada anglais. On a maintes fois accusé les Québécois d’être racistes et antisémites alors que les vrais racistes et les antisémites, c’est au Canada anglais qu’on les retrouve, comme le démontre l’auteur. Le racisme des Diane Francis, William Johnson, Guy Lawson, Barbara Kay, Anna Terrana, Paul Jackson, Howard Galganov et d’autres dépasse l’entendement. Et l’auteur n’invente rien. Il apporte la preuve de ce qu’il avance. Ces « bashers » sont nombreux et très actifs, mais ce qui est encore plus grave et plus incompréhensible, c’est que ces journalistes qui propagent tellement de mépris et de fanatisme, s’expriment dans les grands journaux du Canada anglais sans être même très peu critiqués. Ils sont donc l’expression de la mentalité canadienne-anglaise ? Quelques Canadiens anglais, il faut le noter, font exception, dont Peter Scowen qui écrit : « Le dénigrement continuel de la réputation des Québécois francophones par le Canada anglais équivaut à l’une des entreprises de diffamation d’un peuple les plus outrancières et soutenues de l’histoire du pays » (p. 164).
Le « Quebec Bashing », c’est la « propagande haineuse et insidieuse » contre le Québec. Il assimile nationalisme à fascisme, sentiment d’identité à racisme. On ne peut prendre connaissance de ce mépris sans être profondément meurtri. D’autant plus que je me dis que ce mépris n’est pas nouveau. Il semble venir tout droit de Lord Durham, l’auteur du fameux Rapport.
Que peut-on faire contre cette propagande haineuse ? Faire comme Patrick Bourgeois, la dénoncer. Mais les Québécois sont habitués à subir les insultes, à encaisser les injustices. Les agneaux sont impuissants devant les loups. Le seul moyen de leur échapper, c’est de se tenir le plus loin possible d’eux. C’est ma conviction qu’il est impossible de faire un pays habitable avec des gens qui nous méprisent à ce point. Si vous croyez que j’exagère, lisez le livre de Patrick Bourgeois.
Paul-Émile Roy

