J’ai hésité au sujet du titre de ma chronique de ce matin. Fumiste ou Prestidigitateur ? Pour répondre à cette question, je me suis donc demandé si Jean Charest voulait nous amuser en réalisant des tours de magie ou s’il prenait un malin plaisir à rire de nous en nous faisant passer des vessies pour des lanternes. Est-il de ces fumistes qui gagnent du temps jusqu’à ce que leurs stratagèmes soient découverts ou un prestidigitateur qui a planifié chacun des éléments de son numéro ?
Il y aura bientôt un an que le gouvernement majoritaire de Jean Charest est au pouvoir. Son élection a été gagnée en niant qu’il y avait un problème à la CDPQ, en affirmant que le Québec serait à l’abri de la crise économique et en faisant la promotion du Plan Nord.
Or, 10 mois plus tard, force nous est de constater que les pertes de 40 milliards$ de la CDPQ n’avaient rien d’une illusion et que la crise financière mondiale était bien réelle. Tellement réelle que le gouvernement menace de couper les plus vulnérables prestataires de la RRQ, nous fait miroiter la possibilité d’augmenter les taxes et les tarifs, voulant même doubler le prix du kilowatt-heure d’hydro-électricité, tout cela afin de passer à travers la crise des finances publiques qui en résulterait.
Le Plan Nord est la dernière des promesses de Jean Charest à être déboulonnée, le Devoir nous révélant dans son édition de ce matin que le Plan Nord n’aurait jamais existé. Si l’on en croit la vice-première ministre Nathalie Normandeau, il s’agirait en fait d’une vaste consultation sur le développement du Grand-Nord québécois.
Un projet ambitieux qui n’a rien de concret, à l’image de la dernière campagne électorale de Jean Charest dont les promesses étaient tellement peu crédibles, qu’elles se sont toutes révélées fausses. Si la dernière campagne électorale de Jean Charest avait tout d’une vaste fumisterie, contrairement aux tours de magie des prestidigitateurs qui sont sans conséquence, son élection est bien réelle et, pour notre plus grand malheur, il a bel et bien les deux mains sur le volant, étant le seul à savoir où il va. D’ailleurs, le sait-il ?
Habilement, Jean Charest a fixé l’aboutissement du projet Plan Nord en 2035. Il a compris qu’il ne pouvait se permettre de répéter l’erreur du CHUM, une autre illusion dont il doit constamment repousser l’échéance. Avec un horizon de 25 ans, ceux qui parmi nous ne seront pas morts à ce moment-là auront probablement oublié le terme promis, et puis, Jean Charest aura sûrement déjà pris sa retraite, du moins, nous nous le souhaitons tous, laissant aux premiers ministres qui lui succéderont le soin de prolonger la période de réalisation.
Jean Charest n’a rien du grand bâtisseur que les libéraux honoraient il y a moins d’un an. On ne peut imaginer qu’un premier ministre qui, depuis 6 ans déjà, gouverne à la petite semaine, puisse planifier quoi que ce soit, surtout pas un projet de 25 ans, le Plan Nord. À part sa retraite, qu’il prendra après avoir considérablement affaibli le Québec, on ne peut pas croire qu’un tel homme puisse planifier autre chose, avoir des visions, encore moins les réaliser. Le règne de Jean Charest aura été à son image, un vaste écran de fumée.
Décidément, une perspective qui n’a rien d’amusant !


