Le Canada, une formidable supercherie
Voici un résumé du deuxième et des extraits du troisième chapitre du Canadien français et son double de Jean Bouthillette.
Chapitre deuxième (résumé)
“Nous étions Canadiens. Après 1760, l’Anglais en vient lui aussi à se dire Canadien. Non seulement s’empare-t-il de notre pays, mais il s’approprie notre nom de peuple, qui se charge de sa présence. (...)
La Conquête porte en germe une forme secrète d’assimilation à l’Anglais. Mais au moment où elle permet à l’Anglais de s’insinuer en nous comme une ombre, la Conquête nous met brutalement au monde comme peuple distinct. Distinct de la France puisque désormais séparé ; distinct de l’Angleterre malgré l’occupation, mais lié à elle. (...)
Peuple en gestation avant 1760, la Conquête coupe trop tôt le cordon ombilical qui nous lie à la mère patrie. Notre naissance à nous-mêmes est non seulement prématurée, précaire et démunie, mais nos yeux s’ouvrent sur un monde hostile. Une seconde gestation commence, mais cette fois au sein d’une relation de vaincu à vainqueur.
La Conquête nous condamne à nous personnaliser comme peuple face à l’Anglais ou à disparaître. (...)
Avec la Confédération canadienne, notre histoire, en apparence, se clarifie. Après avoir été tour à tour français et anglais, au sens d’une dépendance politique étrangère, naît en 1867 un Canada canadien. Par l’association de quatre colonies, qui par annexions successives sur tout le territoire deviendront les dix provinces canadiennes, l’Anglais jette les bases d’un grand pays où il n’y a plus ni vainqueur ni vaincu, mais des Canadiens égaux au sein d’un régime démocratique dont le caractère semi-colonial disparaît graduellement.
Devenu Canadien comme nous, l’Anglais nous entraîne dans son émancipation. Au sein d’une Confédération qui fait nôtre ce pays d’un océan à l’autre, il nous octroie au Québec une certaine autonomie interne que notre majorité numérique assure démocratiquement. Nous tenons désormais notre destin collectif entre nos mains.
Avec l’Anglais, nous partageons une identité commune dans tout le Canada ; et l’autonomie provinciale protège notre particularité culturelle au Québec.
Une identité commune ; deux cultures convergentes ; deux langues qui peuvent se rencontrer dans la vie de tous les jours si les hommes savent être bilingues.
Voilà un Canada idéalement conçu et prêché.
Mais quel visage la réalité canadienne nous offre-t-elle aujourd’hui ?
Hors du Québec, la langue française se meurt, dévorée par celle de la majorité. Loin de converger, une culture assimile l’autre. Et l’identité commune devient semblable. C’est-à-dire anglaise.
Au Québec, on nous a donné les outils politiques de notre affirmation collective. Mais il semble qu’on ait libéré des mains bien malhabiles. (...)
Et si nous étions les victimes inconscientes d’un système excellent pour l’Anglais mais qui aurait précipité en nous l’éclosion de ce qui n’était qu’en germe dans la Conquête ?”
Chapitre troisième
(n.b. Ce chapitre est impossible à résumer ; il faut le lire en son entier. Je me contenterai de quelques extraits particulièrement significatifs. L’articulation de la pensée est impossible à résumer en dehors de cette articulation. Pour me comprendre, essayez de résumer un texte de Luc Archambault. )
“Ce que l’Anglais distingue en nous et qu’il fixe concrètement dans la Constitution de 1867, c’est notre langue.”
“C’est en effet notre langue qui, face à l’Anglais, nous constitue distinct comme peuple dans ce pays et assure notre continuité historique ; c’est elle qui, par la culture qu’elle exprime, nous personnalise comme Canadiens. De soi la culture a un sens plus vaste que la seule référence linguistique puisqu’elle englobe toute l’activité créatrice de l’homme ; mais, dans le contexte canadien, quand on parle de deux cultures, c’est par référence aux deux langues reconnues dans la Constitution. Les langues française et anglaise définissent en les distinguant deux collectivités canadiennes.”
“La langue française, au Canada, fonde une relation globale à l’Anglais, c’est-à-dire de peuple à peuple.
Or, qu’a-t-on fait de notre langue dans ce pays qu’on dit nôtre d’un océan à l’autre ? Au niveau des provinces, sa reconnaissance constitutionnelle a été limitée au seul Québec. Notre langue n’est donc pas totalité canadienne mais exception québécoise. Hors du Québec, notre existence collective distincte est niée.
Par la langue, ce pays n’est nôtre qu’au Québec.
Il y a cependant une apparence de correctif dans la Constitution par la reconnaissance fédérale du français. Mais le fédéral ne met pas en relation deux peuples en tant que peuples : il est une superstructure des individus, non des collectivités.”
“Loin d’être un correctif, la reconnaissance fédérale du français est un leurre hors du Québec où, privé de structures collectives - dont la plus fondamentale : l’école- et laissée à l’individu isolé (...), notre langue (...) s’étiole et lentement disparaît (...).”
“Coupé de la source collective, réduit à ses seules forces individuelles et à un héroïsme dérisoire, le Canadien français hors du Québec, depuis plus de cent ans, est désolidarisé et déculturé, systématiquement. (...) Il perd sa langue maternelle et s’assimile à l’Anglais. Or un Canadien français qui perd sa langue ne devient pas muet : il devient Anglais.”
“La dualité canadienne n’a donc de sens qu’au Québec. Nous ne sommes pas un peuple associé, mais confiné.
Niée notre langue hors du Québec, ce pays demeure nôtre, mais par la seule citoyenneté abstraite, non par la langue.”
“L’identité canadienne, qui fondamentalement a deux visages, n’en a plus qu’un hors du Québec et deux au Québec seulement. Et la citoyenneté, abstraite en théorie, renvoie en pratique au visage anglais partout au Canada et à un visage français jumelé au visage anglais au Québec. Le Canada français, comme une peau de chagrin, se rétrécit aux limites du Québec. Ce pays est donc anglais, avec exception non française mais bilingue - au sens de binational- au Québec.
Le Canada français, hors du Québec, est un mythe.”
“Fictive l’identité, la citoyenneté abstraite rend aussi fictive l’égalité à l’Anglais. C’est en effet dans la seule mesure où il lui est semblable que le Canadien français hors du Québec est son égal.”
Tombe alors, inéluctable, la conclusion de Jean Bouthillette et s’exprime sa colère.
“Telle est la formidable supercherie que cache la loi de 1867.”
A la lecture de la description de ce faux pays bilingue, m’est venu ce jugement péremptoire : quelle imposture que ce Canada où on ne peut être français qu’au Québec et encore ! Si le Canada était un pays qui a vraiment deux langues officielles, partout au Canada, dans toutes les provinces, il y aurait des structures collectives, en particulier des écoles publiques qui encouragent le développement des communautés de langue française. On favoriserait le français au lieu de favoriser l’assimilation à l’anglais.
Robert Barberis-Gervais
Longueuil, 31 juillet 2009

