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Le 300e de Québec
ou quand l’histoire se répète.....
Jacques Noël
Tribune libre de Vigile
lundi 30 mars 2009      425 visites      2 messages


Je me promets de lire le livre sur le 400e. Présentement, je suis en train de lire celui sur le 300e de Québec. Fascinant. Vraiment fascinant lorsque je regarde ce qu’on vient de vivre pour le 400e. C’est écrit par un historien anglophone de Toronto. J’en cite des extraits qui parlent par eux-mêmes :

"Commémorer Champlain avait son utilité si on pouvait l’associer à l’atteinte d’objectifs économiques et politiques contemporains. Les divers protagonistes -la Société Saint-Jean-Baptiste, les promoteurs actifs au conseil municipal de Québec, la Société littéraire et historique et, en fin de compte, le gouvernement fédéral- avaient tous leur propre conception de ce qu’étaient ces objectifs. Le pouvoir de définir l’événement, bien sûr, appartenait ultimement à ceux qui en acquitteraient la facture (...) Il était heureusement possible de donner à la commémoration de Champlain une multitude de significations, dont presque toutes avaient beaucoup plus à voir avec le présent qu’avec le passé.

"Ainsi au printemps 1907, H.-J.-J.-B. Chouinard pouvait se féliciter des premiers résultats positifs que donnaient ses efforts. On ne peut qu’imaginer la réaction de ses amis dela Société Saint-Jean-Baptiste devant la tournure des événements. Des personnes influentes pouvant compter sur des amis bien placés et ayant accès au financement public avaient pris à coeur son projet et l’avaient transformé en un événement vraiment national "dans la plus large acception du mot". Ce qui avait débuté comme un épisode dans la célébration de la mémoire publique locale des Canadiens français s’était mué à un point nommé en une célébration pus vaste de la nation canadienne, au fur et à mesure que s’élargissait le parrainnage. Certes, la célébration du trois`centième anniversaire de la fondation de Québec aurait lieu. Quant à l’objet et au moment précis de cette célébration, la question demeurait encore sans réponse". (P.76)

Grey (le gars de la Coupe...)

"Le gouverneur général tira plusieurs conclusions de l’expérience acquise jusqu’alors. Il avait compris que lui seul, sans l’appui du gouvernement fédéral, ne parviendrait pas à sacraliser les Plaines d’Abraham, pas plus qu’il ne pourrait unifier une nation en commémorant avec éclat une défaite françaite. Plutot que d’abandonner son projet devant l’opposition qui s’était manifestée, Grey entreprit résolument de le modifier afin d’obtenir l’appui nécessaire. Il chercha à neutraliser les objections des nationalistes canadiens-français modérés en adhérant à l’une de leurs convictions les plus chères. Dans l’esprit de Grey, la commémoration de la victoire anglaise de 1759 pouvait être jumelée à celle de "la deuxième bataille des Plaines d’Abraham", nom qu’un expert canadien-français de la guerre de Sept Ans avait donné à la victoire française de Sainte-Foy au printemps 1760" (p.93)

"Le message de l’histoire de 1759-1760 pouvait se ramener à la fusion de deux peuples en un seul dans le creuset de la guerre. La Conquête, sous cet angle symbolique, pouvait se ttransformer en match nul. D’anciens ennemis, de valeureux adversaires en émergeraient dans un accord harmonieux. De sa redoutable symétrie jaillisseraient les perspectives de la concorde : à une victoire anglaise répondait une victoire française ; deux généraux, soit un de chaque camp, étaient tombés au combat, deux autres avaient survécu pour s’affronter de nouveau, les deux armées s’étaient distinguées sur le champ de bataille. A l’issue de la guerre,, l’honneur des deux peuples demeurait intact. Par conséquent, l’affrontement entre Wolfe et Montcalm ne s’était pas soldé par la supériorité d’un peuple sur l’autre, mais plutot par la démostration, sur deux champs de bataille, de l’égale valeur de deux peuples. Sur cette base, une grande nation pouvait se construire. Tout cela changeait rien à l’histoire ; il s’agissait seulement d’en apaiser la brûlure. (p.94)

La critique du 300e

"Comme les préparatifs pour les fêtes s’accéléraient en janvier 1908, le "Canadien" signa une "note mélancolique" d’une page entière traitant de la question, que nous pouvons résumer dela façon suivante. En août, nous ne célébrerons pas la fête du Canada catholique, ni la fête de Québec, mais la fête "du grand tout canadien, la fête de l’Empire". Ce n’est pas la fondation de Québec qui sera commémorée, mais la prise de Québec par les Anglais. Écoutez le discours de Grey à Ottawa. Ce n’est pas l’oeuvre de Champlain qui sera honorée, c’et l’oeuvre de Wolfe. Ce ne sera pas le trois centième anniversaire de la plantation de la croix et du drapeau de nos pères au sommet du cap Diamant, ce sera le 149e anniversaire de la défaite de nos héros par les troupes anglaises. "Nous voulons célébrer les débuts de notre histoire ; on va nous faire célébrer les débuts de la domination britannique dans ce pays" (page 148)

"Le tricentenaire de Québec, en 1908, fut une variante canadienne de l’une de ces fêtes savamment mises en scène de création de la nation, qui ont récemment fait l’objet d’un grant nombre de travaux de recherche. D’un certain point de vue, le tricentenaire fut la célébration d’un pays imaginaire que les organisateurs espéraient créer. L’événement s’écarta peut-être du modèle puisque l’un des symboles dominants de cette nouvelle nationalité, l’Ange de la Paix, ne fut jamais édifié. Plusieurs groupes de participants et bon nombre de spectateurs se sont forgé différentes images de la nation. Le tricentenaire est tombé dans l’oubli précisément parce qu’il n’a pas su vaincre les divisions sociales et politiques qui persistaient dans le pays, même si on a cru à cette époque qu’il y était parvenu. L’événement demeure intéressant non pas en raison du message unique qu’il présenta au pays, mais plutôt parce qu’il refléta de manière très juste les différents Canada et leurs vies parallèles" (p,201)

Henri Vivian Nelles,
L’histoire spectacle

http://www.livresquebecois.com/livre.asp?id=obfbwsajubwju&/histoire-spectacle-le-cas-du-tricentenaire-de-quebec-l-/henri-vivian-nelles




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Vos commentaires:
  • Le 300e de Québec
    30 mars 2009, par Marie-A

    Ça n’a pas changé depuis 100 ans. Vous me donnez le goût de lire le livre sur le 400e.... et aussi celui du 300e....

    Merci pour votre article...


  • Le 300e de Québec
    30 mars 2009, par O

    Le 10 mai 2008, nous rapportions ici-même le numéro souvenir de la revue historique de Winnipeg Le Beaver, bilingue à l’occasion du Q400 en lien avec le 300ième :

    http://www.vigile.net/300e-grand-ra...

    Monsieur Frappier avait gratifié mon article d’une très nette photo de Lord Grey, entre autres.



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