Si, à l’époque où ils étaient encore des Canadiens français, les Québécois ont longtemps tendu l’autre joue après avoir été frappés une première fois par leurs ennemis, depuis le référendum volé de 1995 et la loi sur la clarté, ils pratiquent volontiers le lâcher-prise. Pourquoi contester ce qu’on ne peut changer ?
Nous en doutions tous, nous le savons maintenant : corruption et collusion riment avec élections. Les amis du régime ont compris que ce qu’ils ne pouvaient légalement changer, ils pouvaient l’acheter. Un point de vue partagé par la Cour Suprême du Canada qui, dans un jugement unanime invalidant la loi 104, a accepté le principe que ceux qui en avaient les moyens pouvaient s’acheter une langue maternelle en inscrivant leurs enfants dans des écoles privées anglaises non subventionnées. C’est ce qu’on appelle le take over.
Les plus forts s’achètent donc tout ce qu’ils veulent obtenir, des firmes d’ingénieurs, des cabinets d’avocats, des partis politiques, des élections et des gouvernements. La corruption ne leur fait pas peur, puisque ce sont eux qui la cautionnent. Grâce à ce système, les récompenses viennent rapidement, contrats et nominations, quand ce ne sont pas des autoroutes, des hôpitaux ou des sociétés d’État.
Les plus forts votent aussi en bloc. Pour Jean Charest à Québec et pour Gérald Tremblay à Montréal.
Lorsque la Gazette recommande à ses lecteurs de voter pour Gérald Tremblay, elle sait très bien que le défi ne sera pas d’éliminer la corruption à Montréal, mais de mieux la contrôler. Car, sans la corruption, il est impossible de subordonner le régime pour ceux qui sont moins nombreux.
Il faudra toujours de l’argent pour organiser des élections, comme il faut de la publicité et des médias pour faire de la propagande. Les plus forts en ont beaucoup et contrôlent une part importante de l’épargne des Québécois.
Ainsi, pendant que les plus forts organisent des soirées-bénéfices, des appels d’offres et s’achètent des empires de presse, les plus faibles payent leurs impôts et assistent en direct, à la télévision, aux commissions d’enquête sur la corruption et, se sentant de plus en plus impuissants, vont de moins en moins voter, tant ils sont écœurés.
Paradoxalement, même s’ils sont majoritairement contre les accommodements raisonnables, les plus faibles sont prêts à accommoder et à supporter financièrement les plus forts pour qu’ils puissent agrandir leurs cégeps, leurs universités et leurs hôpitaux pour recevoir les immigrants et leurs enfants.
Ils sont de plus en plus nombreux chez les plus faibles à accepter que les allophones aient le droit d’aller à l’école anglaise, un droit qu’ils vont bientôt revendiquer pour eux-mêmes, afin que leurs propres enfants puissent eux aussi parler couramment la langue des affaires et étudier en anglais dans les cégeps et les universités des plus forts.
La Cour Suprême finira bien, un jour ou l’autre, par décréter que le libre-choix de la langue d’enseignement est un droit fondamental pour tous les Canadiens et les Québécois sans exception, ce n’est qu’une question de temps. C’est ça l’égalité au Canada !
Quand tout un peuple pratique avec détachement le lâcher-prise, comment ne pas s’étonner que ceux qui flairent les bonnes affaires exercent allègrement le take-over grâce à la complicité intéressée des élites en place ?
La loi du plus fort est toujours la meilleure !*
*Le Loup et l’agneau, Jean de la Fontaine


