(Texte publié dans Le Soleil, dimanche 6 janvier 2008)
Justin Trudeau a posé, le 15 décembre dernier, la question suivante au sujet de la nation québécoise : « Qui sont les Québécois à reconnaître comme nation ? Est-ce toute personne vivant dans la province de Québec ? Est-ce les Québécois de souche ? » (Nouvelles Park-Extension News)
Son père se posait une question semblable quelques semaines avant le référendum de Charlottetown en 1992 : « Mais quel politicien, quel professeur, quel homme d’affaires a su définir "la collectivité" ? S’agit-il de la collectivité canadienne-française qui vit dispersée un peu partout au Canada ? Évidemment, non.[…] S’agit-il plutôt de la collectivité québécoise toute [sic] entière ? Non plus, car cette "collectivité" s’appelle "province" et ses pouvoirs sont déjà reconnus explicitement par l’Acte constitutionnel de 1867. Il ne peut dont [sic] s’agir que d’une collectivité distincte à l’intérieur du Québec. Certainement pas la collectivité anglophone, puisque la loi québécoise nie qu’elle puisse avoir des droits collectifs dans certains domaines : l’école et l’affichage, par exemple […] Lorsque les nationalistes parlent de protéger les droits collectifs, ils ne peuvent donc penser qu’aux francophones du Québec. » Pierre Elliott Trudeau se demandait même, quelques lignes plus loin, si les « francophones qui parlent également d’autres langues ou qui appartiennent à d’autres cultures […] les Haïtiens québécois, par exemple » ou les « Néo-Canadiens de toutes provenances » pourraient « partager avec les Québécois "de vieille souche" la protection réclamée au nom de la collectivité ? […] Rien n’est sûr. ». (L’actualité, Supplément, 1er octobre 1992)
Trudeau père ne faisait pas de distinction entre l’ethnie canadienne-française et la collectivité territoriale québécoise. Cet amalgame l’a conduit à faire une analyse ethnique de l’élection du Parti québécois en 1976 : « Les Canadiens français du Québec vont maintenant être obligés de choisir. Ils ont élu un gouvernement péquiste. » (Le Soleil, 22 janvier 1977) Quelques semaines plus tard, il définissait même son "nous" ethnique : « Il faudra qu’on finisse par reconnaître, nous Canadiens-français québécois, que les gens qu’on envoie à Ottawa […] ils nous représentent. » (La Presse, 10 mars 1977)
En 1978, le premier ministre du Québec, René Lévesque, avait répondu clairement à la question de savoir qui est Québécois « en déclarant que toute personne établie au Québec et qui y paye ses impôts est québécoise de plein droit, quelles que soient sa religion, sa culture ou sa langue d’origine. » (André Burelle : Pierre Elliott Trudeau, l’intellectuel et le politique, Fides, 2005, p. 76) Le concept territorial et civique de Québécois inclut tous les citoyens du Québec, les nouveaux autant que les anciens, qui font tous partie de la nation québécoise.
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À la suite des propos de Justin Trudeau à Montréal, le nouveau chef de son parti, Stéphane Dion, a tenté de rectifier le tir : « Selon lui, le Québec est une nation, mais au sens sociologique du terme seulement, et non aux sens étatique ou ethnique. » (La Presse, 22 décembre 2007) Et le 20 décembre à Toronto, le candidat libéral Trudeau faisait mine de se conformer à la vision de son chef : « Il a donc toujours été évident pour moi qu’il existe une nation québécoise sociologique. » (La Presse, 22 décembre 2007) Justin Trudeau s’était sans doute rappelé le dernier écrit de son père : « En sociologie, nation a le sens de groupe ethnique, de groupe tribal, de groupe linguistique, comme lorsque nous parlons de la nation huronne ou de la nation canadienne-française. » (En collaboration avec Ron Graham : Trudeau, l’essentiel de sa pensée politique, Le Jour, 1998, p. 103) Il faudrait aussi que Stéphane Dion relise les écrits du maître à penser du Parti libéral du Canada !
Le Québec est une nation à plus d’un titre, comme l’a rappelé Camille Laurin à l’Assemblée nationale le 19 juillet 1977 lors de la deuxième lecture du projet de loi 101, la Charte de la langue française : « Le Québec est une nation à plus de titres que bien d’autres nations, y compris le Canada, parce qu’il en possède depuis longtemps tous les attributs : un territoire, une langue, une culture, des institutions, une histoire et surtout un vouloir-vivre et un projet collectif. » (cité par Jean-Claude Picard : Camille Laurin, l’homme debout, Boréal, 2003, p. 483)
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François-Xavier Simard
Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables, 2006)


