L’opération de mystification et de manipulation que s’apprêtent à faire, en fin de semaine, Mme Pauline Marois et son équipe, lors du conseil national du Parti québécois, est un enterrement de première classe du "projet de pays" voté lors du congrès de juin 2005 et ressemble à s’y méprendre à ce que l’on a connu dans le passé : l’étapisme de Claude "GRC" Morin, en 1974, le référendum incolore, inodore et sans saveur en 1980, le "beau risque" en 1984, "l’affirmation nationale" en 1985, les "conditions gagnantes" de Lucien Bouchard en 1999-2002, la "conciliation travail-famille" en 2003, et la "feuille de route provinciale" d’André Boisclair, maintenant devenu lobbyiste, en 2007. Pour un parti censé vouloir "réaliser la souveraineté du Québec" et qui existe depuis 40 ans, on ne peut pas dire que c’est une réussite. C’est ce qu’on appele perdre sans livrer bataille. On est devenu la risée du monde entier et la France, notre plus fidèle alliée, y perd ce qui lui reste de latin.
Maintenant, la trouvaille du siècle, c’est la "conversation nationale sur la souveraineté" de Mme Marois avec le moratoire de 10 ans sur l’accession à l’indépendance et les fameux "gestes de souveraineté" que l’on est supposé poser. Si le passé est garant de l’avenir, permettez-moi d’en douter. Le "programme" de Mme Marois, qu’elle n’a pas le courage de faire voter en congrès, c’est le retour de "l’affirmation nationale", de Pierre-Marc Johnson, qui avait inclus aussi dans son projet l’adoption d’une constitution interne du Québec et un projet de citoyenneté québécoise. Un genre de soupe à l’ancienne servie à la moderne ! On a vu ce qui s’est produit sous Johnson. Ah, que les fédéralistes vont être contents ! Stéphane Dion, le chef du Parti libéral fédéral, en salive déjà de joie.Finie la menace "séparatiste"pour un bon bout de temps ! L’intimidation fédérale a bien fonctionné.
Ce qui choque le plus, c’est qu’on utilise le Conseil national de ce parti pour "mettre aux poubelles le "programme officiel" qui a été voté en congrès en 2005, ce qui est, je le répète, CONTRAIRE AUX STATUTS, DONC AU DROIT INTERNE du parti. Ce sera la deuxième fois en 2 ans que l’on viole ainsi les statuts du Parti québécois. Faut le faire !
Les imbéciles et les cyniques vont nous dire, bien sûr, que ce n’est que du légalisme aigü et que cela n’a aucune importance. Je répondrai tout simplement que, dans une démocratie, c’est la règle de droit qui doit prévaloir, surtout comme dans le présent cas, où ce sont les militants qui ont voté les statuts. Si, dans un parti politique, la règle de droit n’est plus respectée, elle cède sa place à L’ARBITRAIRE. Dans un tel cas, c’est la crédibilité d’un parti qui en souffre et vous pouvez être sûr qu’un jour ou l’autre la partie responsable de cet accroc démocratique subira le même traitement. L’astuce de la "farce et attrape" de cette fin de semaine, c’est la proposition de l’exécutif national de "suspendre l’obligation de préparer et de tenir un référendum le plus tôt possible dans le premier mandat". En faisant cela, on se débarrasse à la fois de l’accessoire (le moment) et du principal (la démarche référendaire elle-même) sans la remplacer par un autre mode d’accession à l’indépendance. "Tu penses que je ne m’en aperçois pas" comme chante Gilles Vigneault. Quand on a une obligation à remplir en vertu d’un contrat, la suspendre ce n’est pas la respecter ! Faut pas prendre les gens pour des imbéciles et ",,les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages", comme le disait si bien le grand scénariste français Marcel Audiard.
Il y a, dans le programme actuel voté démocratiquement en congrès, l’obligation de préparer avec les citoyens un "projet de pays" ou un projet d’indépendance nationale et de le présenter à l’électorat. À compter de lundi, on fera comme si ce programme officiel n’existe pas et le Parti québécois deviendra un petit parti "provincial" schizophrène dirigé par des petits provincialistes avec une petite mentalité provinciale. Allo, les batisseurs de pays !
Faut croire qu’on a les élites qu’on mérite.
Pierre Cloutier

