Dans son éditorial puéril du 23 juillet, Pratte reprend cinq paragraphes d’un courriel en mauvais français que lui a envoyé un indépendantiste et qu’il complète avec quatre paragraphes moralisateurs de son cru.
Au lieu de se frotter à des gens qui pourraient lui donner la réplique, il rit de ceux qui possèdent mal leur langue, même s’ils y sont attachés, et qui n’ont peut-être pas eu l’occasion de s’instruire autant que lui. Pauvres êtres inférieurs, leur crache-t-il au visage, vous n’êtes pas dignes de parler français. Si le français se porte mal, c’est votre faute. Autrement dit, pour s’opposer à la décolonisation du Québec, Pratte invoque les séquelles de la colonisation. Belle logique.
Qui sait, le correspondant anonyme Fleur-de-lys, dont se moque Pratte, est peut-être un immigrant, un anglophone ou un étranger qui a épousé la cause du Québec. Il s’agit peut-être d’un adolescent ayant écrit sous le coup de l’impulsion, enragé de voir Pratte proposer au Québec de ramper, comme d’habitude. C’est peut-être un ouvrier qui n’est pas doué pour les langues, mais qui aimerait que ses enfants apprennent mieux que lui le français, au lieu de se faire angliciser à qui mieux mieux. En tout cas, Fleur-de-lys n’est certainement pas un éditorialiste grassement rémunéré. Il n’écrit pas pour être lu par des centaines de milliers de personnes chaque jour. Alors, que Pratte le poltron lui fiche donc la paix et s’attaque à ceux qui sont verbalement aussi bien outillés que lui.
Pratte ne m’a jamais répondu autrement que par des mensonges. Et jamais publiquement. Ignorer les indépendantistes est une bonne façon de les réduire à l’impuissance. Dans le temps, il publiait pratiquement tous les textes de Nestor Turcotte, un indépendantiste frustré qui a l’habitude depuis longtemps de vomir des insultes sur le PQ et le BQ. On trouvait dans La Presse et dans Cyberpresse des dizaines d’articles de Turcotte, savamment instrumentalisés par Pratte. En revanche, des textes de ma part et de la part d’autres indépendantistes, comme Normand Rousseau, Louis Bernard et Normand Lester, étaient systématiquement écartés parce qu’ils étaient bien que trop subversifs pour l’ordre fédéral établi et bien que trop dangereux pour la crédibilité de Pratte. Les rares fois qu’on publiait de tels textes, on en changeait le titre pour introduire tout de suite un biais dans le regard du lecteur.
Pratte a toujours su faire un habile dosage : une dizaine d’éditoriaux fédéralistes pour une véritable réponse indépendantiste. Il m’a déjà écrit que La Presse publiait souvent des textes de penseurs indépendantistes et que j’avais tort de l’accuser de partialité. Il m’a donné des noms, comme s’il eut été possible à La Presse de museler complètement Jacques Parizeau, Bernard Landry et Jean-François Lisée. Si tel était le cas, évidemment, nous vivrions dans un régime totalitaire, et la marmite sauterait rapidement. Le système fédéral le sait et se donne, dans ses médias, une apparence d’objectivité pour mieux écraser le mouvement indépendantiste quand ça compte vraiment.
Au moment opportun, La Presse publie des dizaines d’éditoriaux, d’articles et de chroniques pour démolir le mouvement indépendantiste. À une certaine époque, elle a alimenté une psychose obsessionnelle au sujet de l’argent et des votes ethniques et a procédé au lynchage médiatique de l’un des plus grands hommes politiques de l’histoire du Québec, Jacques Parizeau, à côté duquel le frisé Charest, favori de Desmarais et de ses journaleux, est un être d’une immense insignifiance. La Presse s’est aussi acharnée sur Robin Philpot aux dernières élections québécoises. Robin Philpot est un homme très dangereux pour le système fédéral. Il est important de l’éclabousser et de faire croire à la population que c’est un négationniste, un révisionniste, voire un ami des génocidaires. La Presse aime beaucoup Françoise David et accorde à son parti mineur une importance démesurée dans ses pages, histoire de bien diviser le vote indépendantiste. La Presse aime les péquistes lorsqu’ils mettent au rancart le projet d’indépendance nationale et les récompense alors avec des éditoriaux gentils. Pratte est un manipulateur, un menteur et un lâche.
Pratte n’est pas capable de débattre avec les indépendantistes à armes égales. Sur la question de la situation du français, par exemple, ses arguments sont ridiculement fallacieux, alors il n’a d’autre choix que de censurer les arguments opposés s’il ne veut pas avoir l’air fou. Après avoir affirmé, avec Alain Dubuc, que le français progressait et avoir laissé entendre que les Québécois étaient au bord de la paranoïa linguistique, Pratte a dû admettre à mots couverts, comme Conrad Ouellon, un autre pion libéral, que la francisation des immigrants ne progressait pas autant qu’on le voudrait. Sur la question linguistique, Pratte ne répondra jamais à mes arguments, à ceux de Charles Castonguay ou à ceux de Frédéric Lacroix. Il n’engagera jamais de vrai débat avec nous en nous donnant le même droit de parole que lui. Pourquoi le ferait-il ? Il est le maitre absolu de sa tribune.
Avec ses alliés de Radio-Canada et des autres organes médiatiques du système fédéral, qui monopolisent pratiquement l’information au Québec, Pratte peut écrire n’importe quoi en toute impunité, y compris se moquer des simples citoyens qui lui envoient des courriels mal écrits, ce qui est d’une bassesse et d’une lâcheté inqualifiables.
La dernière fois que j’ai mis Pratte au défi de publier un texte de ma part, il a fait semblant d’être offusqué et m’a répondu qu’il ne céderait certainement pas si je m’adressais à lui sur ce ton. Qu’à cela ne tienne ! Je le mets aujourd’hui au défi de me donner la même tribune que lui. J’écrirai bénévolement. Il n’en coutera pas un sou à son richissime patron Desmarais. Je vous laisse deviner ce que va me répondre ce petit homme qui se donne une importance démesurée et qui, dans un Québec indépendant où l’on aurait mis fin à la concentration de la presse, ne mériterait même pas de tenir une chronique de faits divers. Parions qu’il ne me répondra même pas. Pratte, c’est n’importe quoi sauf la sincérité et la recherche de la vérité.
Justement, puisqu’il est toujours bon d’actualiser son discours, permettez-moi de présenter une autre preuve de la mauvaise foi des valets et des collaborationnistes qui livrent au mouvement indépendantiste une véritable guerre de l’information. J’ai envoyé récemment à un autre journal fédéral appartenant à Desmarais, Le Soleil, une réplique à trois étudiants en histoire auxquels ce journal avait permis d’interpeler vertement les gens de mon espèce. Dans leur texte d’opinion, les étudiants nous qualifiaient d’ignorants, de rancuniers et démagogues. Vous savez ce que m’a répondu Le Soleil ? Il m’a répondu qu’il publiait seulement les textes de 200 mots ou moins. C’est un argument qui m’a été également servi à quelques reprises par Le Droit, un journal de ma région qui, comme par hasard, appartient lui aussi au Parti libéral. Donc, ma petite réplique d’environ 400 mots était beaucoup trop longue, même si elle avait à peu près la même longueur que la diatribe des trois moineaux. Dans Le Droit aussi, seules les répliques de 200 mots sont permises quand elles visent un texte d’opinion excédant largement cette limite et cadrant avec les objectifs fédéralistes.
Ce n’est pas que je tiens à être publié. Je m’en fiche éperdument. Mais, parions que Le Soleil ne publiera aucune réplique, ni de moi, ni de personne d’autre, ou qu’il choisira un texte peu convaincant, qui donnera l’impression en fin de compte que ces petits historiens moralisateurs la couche aux fesses sont des champions de la dialectique.
Alors, voici cette réplique interdite, que seuls les habitués de Vigile pourront lire, sans doute, puisque la liberté d’expression n’existe pas vraiment au Québec.
Réponse d’un ignorant
Je fais partie des prétendus ignorants réprimandés dans les pages du Soleil le 22 juillet par trois étudiants en histoire et j’aimerais leur répondre. Qu’ils puissent s’instruire à l’Université Laval me remplit de fierté, car c’est ma génération et celle qui l’a précédée qui ont bâti le réseau d’enseignement dont ils jouissent aujourd’hui. Grâce à ce réseau, la nation québécoise a rattrapé le retard considérable qu’elle accusait autrefois par rapport au reste de l’Occident.
Cependant, l’instruction dont bénéficient ces étudiants, et qu’ils ne doivent certainement ni à la Grande-Bretagne, ni au fédéralisme canadien, au contraire, ne leur donne pas le droit de traiter les gens d’ignorants. Il leur serait d’autant plus sage de faire preuve de réserve qu’ils n’ont manifestement pas encore bien intégré leurs nouvelles connaissances.
L’histoire sert à comprendre le présent. Or, qu’est-ce qui fait que le Québec d’aujourd’hui n’est ni le Wisconsin, ni la Nouvelle-Écosse ? C’est qu’il se trouve encore au Québec une majorité de fiers successeurs de Champlain. Les autres populations françaises d’Amérique du Nord ont toutes été déportées, assimilées ou complètement minorisées, mais pas les Québécois.
La présence française, devenue successivement canadienne, canadienne-française, puis Québécoise, s’est maintenue pendant 400 ans et explique la nature distincte du Québec d’aujourd’hui. Personne ne nie que le parc des Champs de bataille soit d’inspiration anglaise, mais ce n’est pas ce qui distingue Québec du grand jardin anglais qu’est le reste de l’Amérique du Nord.
Le Québec ne serait jamais devenu ce qu’il est s’il avait été simplement une colonie britannique, puis une province canadienne. C’est la raison pour laquelle des vestiges uniques comme Place royale ont une grande importance historique et méritent d’être mis en valeur.
Je ne suis pas en extase comme d’autres devant le legs britannique. Je ne vois pas pourquoi il faudrait remercier les Britanniques d’avoir reconstruit Québec après l’avoir bombardée pendant deux mois en 1759. La Nouvelle-France aurait très bien pu se développer et devenir un pays moderne sans les Britanniques. Il n’y a qu’à comparer aujourd’hui les vétustes chemins de fer britanniques au TGV français pour s’en convaincre.
Je ne serais pas rancunier si le conflit avec les Britanniques n’appartenait qu’au passé. Mais, je ne crois pas faire de la démagogie en disant que la nation québécoise est encore dominée en 2008 par un régime fédéral hérité de la Grande-Bretagne. La nation québécoise n’a jamais choisi librement ce régime, qui évolue constamment dans le sens contraire de ses aspirations, qui la prive de ses ressources et qui a réussi encore récemment à la maintenir dans l’asservissement par des subterfuges, malgré la volonté de 60 % des francophones du Québec de se libérer démocratiquement une fois pour toutes de leur passé colonial.

