Le mot "morgue" veut dire : contenance hautaine et méprisante ; affectation exagérée de dignité. Voir arrogance, hauteur.
Denise Bombardier se promène sur les plateaux de télévision. Elle a publié en mars 2012 un roman qui n’en est pas un qui s’intitule : "L’Anglais" : Le sujet : une Québécoise de choc (comme on dit à Paris) raconte comment, la cinquantaine passée, elle a rencontré en Irlande du Nord lors d’un colloque le grand amour dans la personne d’un historien anglais qui est six ans plus jeune qu’elle. C’était il y a dix ans. Denise Bombardier est encore jeune : elle a maintenant 71 ans et les entrevues données à l’occasion de la parution de son livre qui n’est pas vraiment un roman publié chez Robert Laffont donnent à croire que l’amour existe encore. Très bien comme dirait Claude Ryan s’il était encore vivant.
Comme Lysiane Gagnon, Denise Bombardier a marié un Anglais. C’est son droit. C’est le grand amour tardivement advenu. On s’en réjouit pour elle. La dernière fois que je l’ai vue à la télévision, elle montrait ses différentes sortes de lunettes multicolores achetées à Venise, ma chère. Cela lui donnait un genre.
D’autres interventions lui ont donné l’occasion de dire combien elle était déçue du Québec. Entre autres, chez Bazzo. Sa déception a été exprimée de façon flagrante dans une Lettre ouverte à Monsieur le premier ministre du Québec publiée dans sa chronique du Devoir du 18 septembre 2010. de Cette lettre très complaisante à l’endroit de Jean Charest, j’en ai fait une analyse que Vigile a publiée le 18 septembre 2010. Le titre dit beaucoup : "A force de pontifier, Denise Bombardier est devenue gâteuse".
J’ai envoyé à Denise Bombardier elle-même cette critique de sa position politique favorable à Jean Charest. Là, j’ai appris que son gentleman british servait de filtre. Il m’envoya un courriel pour me dire qu’il protégeait sa Québécoise de choc en empêchant que certains textes indignes se rendent jusqu’à elle. Mon texte entrait dans cette catégorie. Cela me flatta mais je m’interrogeai sur cette essayiste de choc qui avait besoin qu’on la protège de la critique.
Cela me rappela un autre accrochage qui remontait à la publication en 1981, du livre : "Les Illusions du pouvoir" (en collaboration avec Pierre Drouilly). Invité par elle à son émission de télévision pour parler du livre, j’appris qu’elle tenait à ce que Louise Harel soit présente pour faire contrepoids à la virulence de nos critiques contre le Parti québécois, entre autres, sur l’étapisme de Claude Morin-René Lévesque. Avec l’autorité d’une femme de pouvoir, elle voulut m’imposer la présence de Louise Harel qui devait exprimer le point de vue du Parti québécois. Ce que je refusai. Je n’avais rien à discuter avec Louise Harel. Pourquoi elle ? C’était à prendre ou à laisser selon l’animatrice. L’entrevue fut annulée. Mauvais souvenir et pas en faveur de celle qui se prétendait journaliste.
Dans sa lettre ouverte à Jean Charest du 18 septembre 2010, Denise Bombardier s’adresse à un ami.
En effet, le 20 mai 2008, on pouvait lire sur Canoé ; "Le premier ministre Jean Charest, qui assistait hier à Bercy à la première du spectacle de celle qu’il nomme « l’ambassadrice par excellence du Québec », s’est dit impressionné d’avoir rencontré une mégastar telle que Céline Dion. Jean Charest a mangé hier, juste avant le spectacle, avec le couple Dion/Angélil dans une loge aménagée pour l’occasion. Le souper fut organisé à la dernière minute par Denise Bombardier ; le premier ministre et son épouse, Michèle Dionne, ont dégusté le même menu de traiteur prévu pour toute l’équipe de production (il faut dire que c’est excellent)." (fin de la citation)
C’était en mai 2008 à Paris. Dans sa lettre obséquieuse de septembre 2010, elle exprime toute l’admiration qu’elle voue à Jean Charest. Selon elle, les 75% de Québécois insatisfaits du gouvernement libéral étaient aveuglés. Elle déplore que le mot "libéral" soit associé à la corruption mais il ne s’agirait que de perception populaire déformée par les médias. Elle écrit : "Personne ne peut remettre en cause votre engagement vis-à-vis de vos concitoyens, votre intégrité personnelle, votre désir de faire avancer le Québec. Votre combativité légendaire a servi les intérêts du Québec." (Surtout en faisant perdre plusieurs centaines de millions à Gentilly...)
On peut donc conclure que la mauvaise humeur de madame Bombardier est attribuable à la défaite du 4 septembre de son ami Jean Charest. Pourquoi ne pas le dire clairement : Denise Bombardier est une libérale. Son grand amour pour son professeur d’histoire anglais n’arrive pas à lui faire voir les beaux côtés de la vie québécoise. Elle ne peut même pas, toute féministe qu’elle se prétend être, se réjouir qu’une femme soit première ministre du Québec. C’est une libérale avant tout.
J’avais l’intention de lire son livre car je ne déteste pas les belles histoires d’amour qui se présentent comme des "contes de fée". Le problème, c’est que je me prépare à lire deux romans de Céline (Louis Ferdinand), "Nord" et "Rigodon" que Philippe Sollers, dans son livre "Céline" présente comme des chefs-d’oeuvre et les biographies de Céline de Frédéric Vitoux et François Gibault (trois tomes).
La critique d’Eric Chevillard dans le Monde m’a détourné de la lecture de l’Anglais. En voici des extraits :
Peut-être est-il bon de s’infliger parfois la lecture d’un mauvais livre. Par pénitence, pour se punir, pour se mortifier. Méritons-nous vraiment de ne fréquenter que des chefs-d’œuvre, comme si le meilleur nous était dû, comme si notre infaillible noblesse nous dispensait de composer jamais avec la médiocrité ? (…) Et notre appréhension des chefs-d’œuvre auxquels nous retournerons ensuite sera plus nette puisque nous aurons parcouru la distance qui les sépare du magma élémentaire des mots inorganisés. Pour ces raisons, il me paraît donc sain de conserver un peu de curiosité pour les mauvais livres.
Il y a pourtant des limites à celle-ci comme à toute chose, et il faut avouer qu’avec L’Anglais, le nouveau roman de Denise Bombardier, nous sommes servis très au-delà de notre appétit. Le Québec ne pro- duit pas que du sirop d’érable, des automnes flamboyants, des orignaux (...) C’est une magnifique terre d’écrivains. Réjean Ducharme y vit caché, mais son œuvre est un sommet. (...) Et nous attendons en tremblant d’impatience et en rongeant nos doigts le prochain livre de Gaétan Soucy (comme il tarde !). (…) ne serait-ce que pour repousser le moment d’introduire Denise Bombardier, personnalité très en vue de la Belle Province, malheureusement moins discrète et plus prolifique que les auteurs de L’Avalée des avalés (Gallimard, 1966) et de La Petite Fille qui aimait trop les allumettes (Boréal, 1999). C’est une loi bien désolante:ceux que l’on aimerait voir triompher préfèrent raser les murs où les fâcheux épanouis s’affichent complaisamment.
L’Anglais nous est vendu comme un roman,mais ne nous laissons pas berner:c’est du vécu. Du vécu à la petite semaine, du vécu heure par heure, du vécu non cuvé:tout le morceau dans son jus. La litté- rature, il faut la comprendre, a choisi de ne pas s’en mêler. Par pudeur sans doute, la narratrice ne nous livre que ses initiales : D.B. (…)A en croire la quatrième de couverture, nous allons lire « un véritable conte de fées moderne qui prouve que le grand amour n’a pas d’âge ! » Et, en effet, la vulgarité du slogan rend assez bien compte de la chose.
D. B. a connu de folles passions et trois mariages : « Je fonce dans l’amour comme d’autres s’aventurent sur les terrains minés de l’Afghanistan, car j’avoue ne pas croire que l’amour tue, bien que j’aie frôlé ses précipices à certains moments de ma vie. » Mais, abordant les dernières années de la cinquantaine, elle est bien seule et bien malheureuse. Malgré ses revendications de liberté, l’ar- dente féministe s’avoue à elle-même en prenant, hélas, le monde à témoin que sa solitude lui pèse. C’est alors que – attention, la révélation qui suit est si renversante que vous pourriez choir de votre fauteuil–, c’est alors que–tenez-vous bien– elle rencontre un homme ! Je vous avais prévenus, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Car le docteur Philip Spencer est beau, cultivé, charmant, quasi vierge, et il s’éprend aussitôt résolument de la pétu- lante D. B. Celle-ci semble bien émue aussi de trouver dans l’admira- tion éperdue qu’il lui voue un reflet à peine atténué de l’estime dans laquelle elle se tient elle-même. Mais ça se complique. Il vit à Dublin. Elle vit à Montréal. Encore un précipice ! Notre héroïne (on se comprend) est aussi un peu désemparée par cet homme si policé. Et même si elle estime « qu’à 50ans on ne va pas au lit le premier soir », sa retenue la fait douter de son désir : « Ma longue expérience des hommes semblait inadéquate devant celui dont je ne savais pas encore qu’il m’avait choisie. » Tout cela est exprimé bien pesamment, sans doute, mais D.B. n’aura plus désormais de délicatesses que pour Philip, cet « homme désarçonnant qui m’attachait à lui » On atermoie, on tergiverse, on se retrouve. On progresse ! Les amies de l’auteur sont invitées à évaluer le soupi rant « sur une échelle de un à dix » et leurs retours sont élogieux. « Je me sens homme avec toi », déclare Philip, qui se décoince. Les corps enfin se rencontrent dans un « silence habité de draps froissés et de sou pirs contenus » puis, plus profondément encore, tels deux calamars lascifs, dans des « abysses de plaisir » C’est est trop : « Les mots, notre passion commune, nous faisaient défaut. Pour la première fois de ma vie, je vivais l’amour en silence. » Et sans doute eût-il été sage de persévérer dans ce non-dit et de laisser s’épanouir cet amour dans le secret des cœurs (…) (fin de la citation)
C’est une critique désopilante à la française et suintant de mauvaise foi mais qui hélas dit l’essentiel et nous convainc de ne pas prolonger le plaisir à moins d’être masochiste.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 3 février 2013

