Êtes-vous déjà allés dans un zoo avec votre famille ? Nous apprécions tous y voir les animaux que nous préférons et ceux que nous préférerons voir dans une cage. C’est la même chose en politique. Il y a les politiciens que nous aimons et il y a ceux que nous préférons maintenir sous surveillance.
C’est justement ce qui arrive présentement à Jean Charest. Les Québécois
le préfèrent minoritaire. Ils apprécient qu’il dirige un gouvernement sans
trop de pouvoir, pas plus, pas moins. Ils l’aiment en liberté surveillée et
c’est exactement ce que nous dit le dernier sondage réalisé par la maison
CROP. Mieux, les Québécois ne veulent surtout pas qu’il sorte de sa cage.
La preuve, 70% des Québécois ne veulent pas d’élections anticipées et près de 60% des Québécois sont satisfaits du gouvernement minoritaire de Jean Charest. Pourtant, seulement 34% des Québécois voteraient pour lui s’il y avait une élection aujourd’hui. Autre preuve, Jean Charest est moins populaire que son parti avec 32% de la faveur populaire. Les Québécois sont donc heureux que le gouvernement de Jean Charest soit minoritaire. Cela ne veut pas dire qu’ils ne changeraient pas de premier ministre s’ils en avaient l’occasion, parlez-en à Bernard Landry qui a cru en 2003 que parce que les Québécois étaient satisfaits de sa façon de gouverner, ils le rééliraient !
Avec un gouvernement minoritaire, plus de grosses surprises, plus d’agendas cachés, pas de Mont Orford, pas de Suroît, pas de Rabaska, pas de Gros-Cacouna, pas de lois matraques, et peut-être moins de cadeaux pour les amis, du moins, nous l’espérons. Toutefois, ils aiment voir Jean Charest heureux, mais pas trop pressé, un peu comme ces grands singes qui dégustent tranquillement leur banane derrière les barreaux de leur cage. Pour cette raison, ils sont d’accord pour qu’il ait un bon salaire, mais ils n’aiment pas les cachotteries. Le problème avec Jean Charest, c’est que plusieurs journalistes doutent sérieusement qu’il y ait encore d’autres squelettes qui traînent dans son placard et qui risquent d’être découverts avant les prochaines élections. Ils sont convaincus qu’il n’a pas tout dit et se sont mutuellement lancé le défi de découvrir le fin mot de l’affaire. Raison de plus pour bien comprendre la signification de ce sondage.
Cependant, si les Québécois aiment que Jean Charest soit en liberté surveillée, ils font plus confiance à Pauline Marois (32%) et au PQ (30%) pour le surveiller, qu’à Mario Dumont (20%) et à son parti, l’ADQ (22%). D’ailleurs, si Mario Dumont et son parti ont tant baissé dans la faveur populaire, c’est que l’ADQ n’a guère impressionné les Québécois depuis mars 2007, en faisant la démonstration que la matière grise n’était tout simplement pas au rendez-vous au sein de l’opposition officielle à Québec. Malheureusement pour le parti de Mario Dumont, il n’aura plus d’autres opportunités de faire une première bonne impression au cours du présent mandat.
Toutefois, cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous inquiéter de la stagnation du PQ et de Mme Marois dans la faveur populaire, puisque l’option a perdu 6 points depuis janvier 2008, étant maintenant à 35%, alors que le PQ stagne depuis de nombreux mois dans les intentions de vote des Québécois. Pauline Marois ne doit plus laisser planer cette persistante image qu’elle se satisferait du rôle de gardienne de Jean Charest parce qu’elle n’est pas prête à gouverner le Québec avec son parti.
Elle doit donc cesser de tergiverser comme elle l’a trop fait depuis la rentrée parlementaire de septembre dernier et se présenter aux Québécois comme une première ministre qui a l’équipe et l’autorité nécessaire pour gouverner le Québec et fonder un pays. Sinon, les Québécois risquent juste de la choisir à la place de Mario Dumont, dans le rôle de prochaine chef de l‘opposition officielle d’un gouvernement minoritaire de Jean Charest. Au mieux, les Québécois pourraient préférer la voir elle aussi dans une cage, le pire des scénarios lorsqu’on veut fonder un pays avec la majorité. Toutefois, comme les Québécois n’apprécieraient certainement pas que Jean Charest précipite le moment d’aller aux urnes, elle a encore le temps de changer cette mauvaise impression.
Louis Lapointe
Brossard
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

