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"Le Canadien français et son double" (premier chapitre)
L’ombre anglaise sur notre identité
Mais la blessure est toujours là, si mal cicatrisée qu’elle se rouvre à chaque génération ou presque.
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
jeudi 30 juillet 2009      335 visites      6 messages


L’ombre anglaise sur notre identité selon Jean Bouthillette

Voici un résumé du premier chapitre du Canadien français et son double de Jean Bouthillette. Travail difficile puisque je ne peux pas citer tout le livre. Mais travail nécessaire.

Je cite Bouthillette dans son essai de psychanalyse collective.

Dépersonnalisation

“Quand nous tentons de nous saisir comme peuple, ou de nous projeter sur le monde, une présence s’interpose. Où que nous regardions, infailliblement nous rencontrons l’Autre -en l’occurrence l’Anglais-, dont le regard trouble notre propre regard. Le Canadien français est un homme qui a deux ombres. Et c’est en vain que nous feignons d’y échapper : l’ombre anglaise nous accompagne toujours et partout. Et dans cette ombre nous devenons ombre.” (...)

Puisque nous ne sommes plus seuls dans ce pays, interroger notre identité de peuple dans sa relation à la présence anglaise peut nous conduire à mettre à nu l’être collectif. La nationalité peut n’être qu’une étiquette, mais, dissimulée, il y a l’âme d’un peuple.

Qui sommes-nous Canadiens français ? (...)

Avons-nous deux identités ? (...)

Car enfin si notre nom comporte deux vocables, notre identité est une. Cet adjectif français que nous ajoutons à notre nom originel n’ajoute rien à ce que nous sommes : il sert à nous distinguer de l’Anglais, qui se dit également Canadien, mais ne se distingue pas en nous quand nous nous saisissons comme Canadiens, Le terme français marque une relation à l’Anglais au sein d’un nom commun (...).

Nous sommes indissolublement Canadienfrançais. (...)

Quelle est cette image de nous-mêmes qui se dédouble ainsi dans le miroir de l’identité canadienne ?

Notre relation à l’Anglais serait-elle faussée à sa racine psychique ? (...)

A l’origine de cette dérive intérieure il y a, dans notre histoire, un événement que la mémoire refoule mais dont l’âme collective transmet la trace de génération en génération : la Conquête, qui projette en nous la grande ombre anglaise. La Conquête est brisure ; comme notre nom, comme notre être collectif. Et sans le savoir nous ressemblons à ce malheur initial, qui s’est figé dans l’âme commune en une durée qui nous ravit le présent.

C’est sous forme de résidu scolaire que la Conquête s’intériorise d’abord en nous, inoculée dans nos âmes d’enfants par une histoire bien divisée en deux parts qui se repoussent : avant, après ; qui sonnent comme toujours, jamais. Un régime français tout glorieux de notre présence héroïque et généreuse. Puis la cassure. C’est comme si tout d’un coup nous n’étions plus là, comme si notre vie s’arrêtait, le souffle de notre histoire coupé net. C’est désormais l’Anglais qui bâtit ce pays à son image ; et nous devenons les spectateurs d’une histoire qui semble ne plus être la nôtre. Il y a les bons gouverneurs anglais, soit ceux qui aimaient les Canadiens français ; et les autres, qui tramaient notre perte. D’une seule coulée dans nos jeunes âmes : Frontenac - “Allez dire à votre maître...”- ; Carillon. Et puis les Plaines d’Abraham. Tout se recroqueville subitement, nous désintéresse jusqu’au sursaut des Patriotes de 1837. Puis vient la torpeur définitive : plus notre histoire se fait contemporaine, plus elle s’éloigne et devient brumeuse. (...)

Mais la blessure est toujours là, si mal cicatrisée qu’elle se rouvre à chaque génération ou presque.

Et si la Conquête était infiniment plus qu’un simple saisissement de nos jeunes coeurs ?

( à suivre)

Robert Barberis-Gervais

Longueuil, 30 juillet 2009




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Vos commentaires:
  • L’ombre anglaise sur notre identité
    30 juillet 2009, par MichelG

    C’est évident que notre identité nous a été volé et anglicisé par toutes les dévalorisations de colonisés fédéralistes adorateurs des colonisateurs et pourfendeurs de leur propte langue culture religion histoire économie et sociologie politique .

    Écoutez-les parler dans tous les médias ces colonisés anglicisés qui réfèrent toujours à une pensée anglo-protestante qu’ils ne prennent même pas la peine bien souvent de traduire en français . Ces citation en disent long sur leur assimilation anglicisation

    Regardons -les marcher vers l’ouest en tournant le dos à l’est appauvri par leurs votes leurs placements et leurs goûts de disparaïtre dans le melting pot anglicisé qui s’étouffent de peur avec leurs cravattes et leurs pastilles sur leurs têtons

    Ressentons -les se rapetisser se renfrogner et tremblay dans leurs traductions leurs bilinguisme , leurs fermetures au monde et leurs agressions contre des nations inconnues à l’autre bout du monde

    L’ombre anglaise est de plus en plus opaque ténébreuses et Bushienne et Harpeurienne pour ne pas dire ’’on ta rienne’’ pauvre Yvette avec sa charette et leurs deux flags

    Les francopholies lorgnent de plus en plus chaque jour vers les anglopholies Just Fourre Last sous le règne des bons à riens fédérés déjà quasi entièrement crétinisés et roya-lysé

    Désanglicisons le Québec ou disparaissons comme nation scissionnée et partitionnée


  • L’ombre anglaise sur notre identité
    30 juillet 2009, par Gébé Tremblay

    Vieux débat des années 60, lorsqu’il n’y avait pas de notion de multiculturalisme et non plus de charte multiculturelle.

    Car enfin si notre nom comporte deux vocables, notre identité est une. Cet adjectif français que nous ajoutons à notre nom originel n’ajoute rien à ce que nous sommes : il sert à nous distinguer de l’Anglais, qui se dit également Canadien, mais ne se distingue pas en nous quand nous nous saisissons comme Canadiens, Le terme français marque une relation à l’Anglais au sein d’un nom commun (...).

    Non, l’Anglais ne se dit pas Canadien. Il se dit canadian, avec une minuscule. C’est le canadian civique.

    S’il s’est déjà dit Canadian, il ne se le dit plus.

    Il a abandonné (avec raison) sa prétention au statut de fondateur d’un peuple pour se dire fondateur d’un pays (fédération). Pas nous.

    Les Amérindiens (descendants des Sauvages et Indiens), les Inuits (descendants des Eskimaux), les Métis, les Acadiens et les Québécois (descendants des Canadiens français et Canadiens) sont les seuls nations (peuple) reconnues par le fédéral.

    Il n’y a pas de nation canadian, ni de culture canadian reconnue.

    Il y a donc qu’un seul peuple Canadien reconnu, c’est celui qui se dit Québécois aujourd’hui. C’est le même peuple, tout comme l’Innu d’aujourd’hui est le Montagnais d’hier.

    L’Anglais d’aujourd’hui est l’Anglais d’hier. Un canadian (civique) est multiculturel de même qu’un québécois (civique) est multiculturel.

    Je ne suis pas un québécois.

    Je suis un Québécois.


  • L’ombre anglaise sur notre identité
    30 juillet 2009, par Rodrigue Larose

    L’appellation CONQUÊTE utilisée par beaucoup de vigiliens pour nommer notre DÉFAITE historique m’indispose toujours. Plusieurs ont déploré ce fait avant moi. Si nommer les choses c’est se les approprier, utiliser la terminologie de l’autre c’est intérioriser son point de vue. Parole de fin analyste !!!

    La conquête (glorieuse) c’est le point de vue des autres. Le pire, c’est qu’enseigné non innocemment à la petite école, il continue à faire son chemin dans la tête de plusieurs.

    Je ne considère pas le peuple québécois d’abord comme conquis - trop en ont cependant la mentalité - mais comme défait et soumis de force par les armes. « Je me souviens » non d’avoir été généreusement conquis mais d’avoir subi une maudite défaite... non définitive dont les Québécois d’aujourd’hui doivent se relever.

    Il n’y a que l’INDÉPENDANCE qui peut un jour permettre de transcender fièrement cette réalité historique brutale.


  • Plaines d’Abraham, l’histoire sans fin
    31 juillet 2009, par C. Jean
    Revue Couac printemps 2009 Plaines d’Abraham, l’histoire sans fin Ce qu’on peut désormais appeler « l’affaire des plaines d’Abraham » a fait couler beaucoup d’encre et soulève encore les passions. Peut-être le débat arrive-t-il enfin à des questions plus fondamentales sur la nature et les enjeux du discours historique, ainsi que sur la représentation publique de l’histoire. Parmi les critiques et (...)

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    Revue Couac printemps 2009

    Plaines d’Abraham, l’histoire sans fin

    Ce qu’on peut désormais appeler « l’affaire des plaines d’Abraham » a fait couler beaucoup d’encre et soulève encore les passions. Peut-être le débat arrive-t-il enfin à des questions plus fondamentales sur la nature et les enjeux du discours historique, ainsi que sur la représentation publique de l’histoire.

    Parmi les critiques et les interrogations les plus intéressantes sont au sujet de la pertinence des reconstitutions en général. Est-ce de bon goût ? Est-ce une représentation valable ? Quelle peut être la teneur éducative ? À quelles conditions cela peut-il être pertinent ? Laissons ces questions ouvertes, en rappelant qu’il existe des reconstitutions d’événements non militaires. Et aussi, que l’intérêt pour l’histoire militaire ne fait pas le militariste… Sinon, tous les historiens qui ont écrit sur l’histoire de l’esclavage seraient aussi des esclavagistes ! Mais l’actualité n’en est pas à un amalgame près.

    Il reste aussi cette question : est-ce que représenter une chose signifie qu’on l’approuve ? Cette question est très ancienne et peut nous rappeler les questionnements d’Aristote sur la tragédie (où l’on prend plaisir à voir jouer des choses que nous ne saurions souffrir dans la vraie vie). Quand Shakespeare a écrit et monté Le roi Lear, était-il en faveur de l’ingratitude, de la trahison et de l’arrachage des yeux ? Flaubert faisait-il la promotion de l’adultère en écrivant Madame Bovary ? Une reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham est-elle par nature une célébration du vainqueur ou de la guerre ? Si oui, en quoi ? A-t-on le droit de faire un film sur Polytechnique ?

    Plus grand chose n’étonnera dans cette histoire, mais il serait curieux d’entendre les critiques et les gens de théâtre au sujet du traitement médiatique de l’affaire de la reconstitution. Surtout si on change le mot « reconstitution » par « pièce », pour les besoins de la discussion même si la reconstitution historique et le théâtre sont deux manifestations culturelles distinctes. Parions que personne de ce milieu ne va se mouiller autrement que pour dénoncer le projet, notamment à cause du tabou culturel sur la Conquête. Tiens, on pourrait poser ces questions au fils de Jean Duceppe ou à l’ancien président de l’Union des artistes.

    Dans l’affaire des Plaines, il semble y avoir une confusion, volontaire ou pas, entre d’une part une intention malveillante attendue mais non démontrée (de la CCBN ou de tout autre instance) et d’autre part de l’incompétence. Par ailleurs, cette incompétence peut sans doute s’expliquer par un historique politique relativement récent. Le point est qu’on ne voit pas quel intérêt il y aurait pour qui que ce soit d’élaborer sciemment une « provocation » (sauf l’intérêt qu’y trouvent, par exemple, le Bloc et le PQ) et on peut aussi bien se demander quelle visibilité positive le fédéral aurait tiré d’une « provocation volontaire ». S’il faut chercher « à qui profite le crime », la réponse n’est pas évidente !


  • Plaines d’Abraham, l’histoire sans fin 3
    31 juillet 2009
    Attention, cela ne revient pas à minimiser l’importance de la nouvelle donne coloniale qui suit la cession, ni les luttes que les Canadiens français et les Acadiens ont menées contre leur minorisation dans de nombreux domaines. Mais ramener la cession du Canada non pas à la bataille de Québec, mais au traité de Paris, c’est aller tirer sur une autre corde douloureuse dans la conscience collective québécoise (ou plutôt (...)

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    Attention, cela ne revient pas à minimiser l’importance de la nouvelle donne coloniale qui suit la cession, ni les luttes que les Canadiens français et les Acadiens ont menées contre leur minorisation dans de nombreux domaines.

    Mais ramener la cession du Canada non pas à la bataille de Québec, mais au traité de Paris, c’est aller tirer sur une autre corde douloureuse dans la conscience collective québécoise (ou plutôt canadienne-française et acadienne), celle de « l’abandon par la France ». L’idée en effet n’est pas joyeuse, même si historiquement les motivations de la France peuvent assez bien se comprendre. Se dire « Mais si les Français avaient gagné à Québec ? » c’est plus intéressant pour certains que de se demander « Quels étaient les intérêts de la France ? » parce qu’une des ces questions peut faire rêver (mais de quoi au juste ?) et l’autre pas vraiment. C’est que la première question relève du fantasme (histoire-fiction) et l’autre de l’analyse.

    On cherche alors la consolation dans l’idée que les Canadiens formaient déjà une nation avant la Conquête (par rapport aux Français métropolitains). Cette idée semble aussi bien grossie. Premièrement, il y a fréquemment une transposition sur des acteurs passés d’idées qui leurs sont postérieures, dans ce cas ci le concept moderne de nationalité. Expliquons, mais d’abord pas un exemple a contrario. Simplification : quand Karl Marx revisite l’histoire du monde avec pour grille d’analyse le contrôle des moyens de production, il cherche à montrer comment cela s’exprime à différentes époques. Par contre, il ne va pas prêter aux générations qui le précédent l’usage d’un concept tel que « contrôle des moyens de production ». Il a sa grille, mais il n’est pas niais, Marx. Le danger en histoire est de faire porter à nos prédécesseurs des idées et des identités qui sont les nôtres et non pas encore les leurs. 1

    Le concept de nationalité, bien qu’il ait des racines assez anciennes, va prendre son envol dans la foulée de la Révolution française et va continuer à se définir dans le 19e siècle (en fait il est toujours en cours de rédéfinition). La question des « nationalités » et du « droit à l’auto-détermination des peuples » elle se pose vraiment autour de 1848, année pas mal plus intéressante que 1759 dans l’histoire de l’Occident et du Québec. Le concept d’État-nation au sens où nous l’entendons n’a pas cours sous l’Ancien Régime, où les « nations » trans-étatiques sont nombreuses et les royaumes « pluri-nationaux » ne le sont pas moins. Combien de langues parlées en France à l’époque ? Le Breton n’est pas alors vraiment Français, le sera-t-il vraiment un jour ? Le Gallois est-il soluble dans la soupe de poireaux ?


  • Plaines d’Abraham, l’histoire sans fin 4
    31 juillet 2009, par C. Jean
    Ensuite, il y a que les Canadiens d’avant la Conquête n’ont jamais explicitement revendiqué cette identité Canadienne, en tout cas certainement pas sur le plan politique. Dans ce domaine (politique), elle leur a toujours été accolée par des métropolitains ! Cela nous mène enfin aux notions de « nations » telles qu’elles sont maniées dans les discours actuels. Quitte à remâcher du connu, il faut rappeler la polysémie du (...)

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    Ensuite, il y a que les Canadiens d’avant la Conquête n’ont jamais explicitement revendiqué cette identité Canadienne, en tout cas certainement pas sur le plan politique. Dans ce domaine (politique), elle leur a toujours été accolée par des métropolitains !

    Cela nous mène enfin aux notions de « nations » telles qu’elles sont maniées dans les discours actuels. Quitte à remâcher du connu, il faut rappeler la polysémie du terme. « Nation » sous la plume de Bismarck, Marx, J.-J. Rousseau, Pierre Trudeau, René Lévesque, Lionel Groulx, Charles de Gaulle, etc., cela n’a sans doute pas toujours la même signification. Il est essentiel de se demander quelle est la notion de nation qui est véhiculée par les opposants les plus médiatisés à la commémoration de 1759. Qui peut à juste titre s’identifier aux Canadiens de 1759 ? Ce n’est pas si simple. Si on répond les « Québécois » plutôt que les « Canadiens français » cela a des implications importantes. Dans une bonne part des Québécois descendent des conquérants, ou de tous les autres immigrants arrivés après la cession du Canada à la Grande-Bretagne (tout en ayant souvent aussi des ancêtres chez les anciens Canadiens). Ces gens peuvent-ils s’identifier de façon simple aux Canadiens du Régime français ? Est-il besoin d’expliquer que les Québécois n’existaient pas encore comme tels en 1759 ? Que cela plaise ou non, l’identité québécoise s’est aussi construite à partir de tout ce qui est arrivé après 1760.

    En d’autres termes, en 2009, dans une déclaration du type « Notre défaite des plaines », qui est inclus et qui est exclus de ces « notre » et de ces « nous » ? Comment prétendre à la fois que ce sont « les Québécois qui ont été conquis » et que l’on est un tenant du « nationalisme inclusif », du « nationalisme civique et seulement territorial » ? Pour être Québécois, il faudrait donc absolument être conquis ? À moins que l’on considère que « Qui prend pays, prend histoire » ? Mais à quelle communauté se référer alors ? Au Québec ? Au Canada ? Aux nations Amérindiennes ? Que ces contradictions n’aient pas été relevées publiquement est l’indice que nos intellectuels dorment bien dur. C’est aussi l’indice de la vacuité intellectuelle et idéologique des partis politiques actuels, tous paliers et tendances confondues.

    Pour conclure, il reste que l’idée la plus inquiétante est celle qui fonde un projet politique sur la réparation d’une histoire perçue comme douloureuse. Le passé ne se refait pas. Un tel projet est alors voué à l’échec. Par contre, un projet voué à la correction d’un présent jugé déficient par des actions concrètes et réalistes peut être réellement porteur. Il y a là une différence fondamentale.

    Pascal Leclerc, Montréal



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