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L’indignité
Joseph Facal
www.josephfacal.org
mercredi 11 février 2009


Les 38 milliards flambés par la Caisse de dépôt étaient à vous, à votre famille, à moi, à nous tous.

Évidemment, les temps sont durs, mais les résultats de la Caisse sont nettement pires que ceux des autres investisseurs comparables. Il y a mauvais et il y a lamentable. Si les chiffres qui circulent étaient totalement faux, ils auraient été niés depuis longtemps.

Ces pertes colossales découlent des décisions prises du temps où monsieur Henri-Paul Rousseau dirigeait la Caisse. Lui et son état-major savaient que le navire avait heurté un iceberg et que l’eau s’infiltrait dans les cales. Les passagers, eux, faisaient confiance à l’équipage. À chacun son métier.

Monsieur Rousseau a ensuite quitté son poste avant le dévoilement des résultats et avant la fin normale de son mandat. Il a aussi joué un rôle décisif dans le choix de son successeur, un gentil jeune homme qui s’avéra totalement dépassé par les événements.

Monsieur Rousseau empocha bien sûr le boni de départ de 380 000 $ auquel il avait droit. Mais vous sentez bien que ce n’est pas de droit qu’il est ici question.

Sans période de purgatoire, Il fait immédiatement le saut dans une entreprise qui n’a presque plus d’actifs au Québec, sauf évidemment 70% des journaux. Il y fut accueilli avec des actions d’une valeur potentielle de plusieurs millions de dollars.

Depuis, silence total. Pas un mot. Pas un son. Rien. Il y a des silences assourdissants. Qui sont aussi blessants et moqueurs que les ricanements les plus bruyants.

La Caisse, je n’en doute pas, nous expliquera la débâcle. Pourquoi ces risques insensés que d’autres institutions n’ont pas voulu prendre ? Sur la base de quelles analyses ? Comment ces décisions ont-elles été prises ? Quels liens avec la nouvelle emphase mise sur le rendement maximal à court terme ?

Mais je ne parle pas de ça ici. Je parle de monsieur Rousseau et d’élémentaire décence. D’une décence qui aurait pu prendre plusieurs formes. Ça se discute.

La première aurait pu être de faire face à la musique. De ne pas se défiler. De s’expliquer. D’assumer. De ne pas se réfugier dans un mutisme qui revient à dire : je me sacre de ce que vous pensez. Libre alors à chacun de juger si l’explication se tient ou pas.

Une autre forme de décence aurait pu être de ne pas trop profiter personnellement d’une aventure qui s’est si mal terminée. Ou de ne pas le faire d’une façon si éhontée qu’elle devient une provocation.

Jadis, on utilisait couramment des mots comme décence, honneur, pudeur, savoir-vivre. Aujourd’hui, ces mots sonnent comme un vieux phonographe. Peut-être que monsieur Rousseau ne réalise même pas ce que son comportement depuis son départ a de profondément choquant.

Dans une civilisation millénaire comme au Japon, les dirigeants assument publiquement leurs responsabilités et leur déshonneur. Mais nous sommes tellement plus « smattes » ici. Personne ne demandait à monsieur Rousseau de se faire hara-kiri, mais simplement de se garder comme une gêne.

Dans le Québec d’aujourd’hui, on ne fait de grosses colères que pour défendre nos intérêts personnels ou ceux de notre groupe. Sinon, rien n’est jamais grave chez nous. Tout va bien. Continuez à dormir.



Source
http://www.josephfacal.org/lindignite/




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