La force dans nos bras, la vérité sur nos lèvres et la pureté dans nos coeurs.
Patrick Pearse, révolutionnaire irlandais
La presse québécoise s’est transformée encore une fois en une espèce de gros journal Allô police multimédia. Et après, on s’étonne qu’à Toronto, les journaleux dépeignent Montréal comme la Sicile. Les scandales servent bien le système fédéral, surtout lorsque des politiciens et des escrocs québécois sont en cause. Ça divertit les Québécois, les yeux rivés sur le show Gomery, le show Lacroix ou le show Rizzuto. La vindicte populaire est un exutoire autorisé.
Vous vous souvenez du show Gomery ? Les souverainistes lévitaient. Puis, Chrétien est venu avec ses balles de golf narguer le juge. Les petits profiteurs et les exécutants ont écopé, mais pas les maitres du jeu. Le système est resté intact. Les bons conservateurs ont remplacé les méchants libéraux. Nous avons eu, entre autres, le strapontin à l’UNESCO, le détournement du 400e et des dénis répétés du droit des Québécois à protéger leur identité et leur langue nationale. Ces dénis ont été couronnés par la décision récente de la Cour penchée d’Ottawa, qui a une fois de plus invalidé des dispositions cruciales de la Charte de la langue française. Plus de 200 assouplissements ont dû être apportés à cette loi depuis 1977, comme le soulignait Josée Legault dans Voir, le 28 octobre 2009.
Mardi prochain, nous aurons la visite du prince Charles. Pour Stephen Harper, la population canadienne est profondément attachée aux membres de la famille royale. La visite des altesses royales est un grand honneur pour les Canadiens. Elle offre aux jeunes l’occasion d’en apprendre davantage sur le patrimoine et les traditions dont « nous sommes tous fiers ». Tous ? C’est bien ce qu’il veut faire croire aux Québécois, qui ne sont que des Canadiens comme les autres pour Ottawa. Harper pense que la gouverneuse Jean va pouvoir impunément trimbaler ses altesses dans les rues de Montréal, couverts par la police, l’argent et les lois iniques. Nouvel accès d’ostentation pour le führer du Canada.
Ce n’est pas que je manque de compassion pour les victimes des requins de la finance ou que la corruption me laisse indifférent, loin de là. Mais, le problème fondamental pour les Québécois, ce n’est pas ceux qui enfreignent la loi, c’est ceux qui la font. Contre ceux qui enfreignent la loi, il y a la police et les journalistes friands de cotes d’écoute. Devant ceux qui la font, le peuple désarmé frémit de peur et se laisse manger la laine sur le dos. Peu importe que la loi soit immorale, source d’injustice, instrument d’asservissement. La loi, c’est la loi. La loi du plus fort surtout. C’est d’ailleurs le but des faiseurs de loi : démoraliser le peuple et lui faire peur.
Si seulement le peuple pouvait voter pour ceux qui défendent vraiment ses intérêts. Oui mais voilà, on s’arrange pour qu’il ne comprenne rien. On lui fait croire qu’il a besoin des grands profiteurs pour créer des emplois. On lui fait croire qu’il est bête et pauvre. Il n’y aura pas d’enquête publique sur la prise de contrôle de la Caisse de dépôt et placement par Canada inc. Il n’y en aura pas non plus sur le système mafieux des libéraux du Québec, valets d’Ottawa. Les Québécois seront plutôt invités à observer Paul Desmarais régler ses comptes avec la FTQ par l’entremise d’Alain Gravel, sur les ondes de Radio-Cadenas.
Le prince Charles, Harper, Desmarais et Charest, même combat : nous faire croire que la conquête a été un bienfait. Faire des sourires et des tatas, s’ouvrir le fédéralisme pour avaler sa proie, cultiver l’amnésie avec de jolies plumes serviles et accepter l’indignité au nom de la nation. Le prince Charles et ses compagnons sont morts de rire et doublent la dose de soporifique. Ce n’est plus un fil conducteur, c’est une chaine, et elle nous retient les pieds et les mains.
Il y a un lien direct entre le prince Charles, la Constitution que les Québécois n’ont jamais acceptée et le sort du Québec. Cette Constitution vient des Britanniques et réduit le Québec à l’impuissance. Les Québécois doivent remettre la moitié de leurs taxes et impôts à la capitale d’une autre nation. Fiasco de Mirabel + torpillage de la Charte de la langue française + vente de la bourse de Montréal + commission fédérale des valeurs mobilières + … = dissolution de la nation québécoise. Charles représente le régime dont nous voulons nous libérer. En venant chez nous, il cherche à nous démoraliser et à sonder notre indifférence, au nom d’Ottawa.
Le mardi 10 novembre, à 15 h 30, devant la caserne des Black Watch (2067, rue de Bleury, à Montréal, métro Place-des-Arts, sortie Bleury), l’occasion sera donnée au peuple québécois de répondre à l’arrogance de ses puissants maitres, qui le voudraient encore indifférent et soucieux de son confort. Vous travaillez ? Laissez votre tablier et dites à votre patron qu’il y a urgence nationale. Vous habitez ailleurs au Québec ? Prenez une journée de congé et venez manifester. Quoi ? C’est trop demander ? Vous pensez que le Québec deviendra indépendant si nous nous bornons à voter de temps à autre et à écrire des lettres dans les journaux ?
Nous ne ferons pas un pays seulement avec des pages Web. Il faut descendre dans la rue. Les braves du RRQ y seront. Ils ne doivent pas être seuls ; ce serait honteux pour le Québec. Il faut qu’au lieu de trouver au Québec le confort et l’indifférence, le conquérant et ses héritiers y trouvent, pour eux, l’inconfort et la déshérence. Passez le mot et soyez-y, de grâce.


