Samedi passé, dans le cahier i du journal Le Devoir intitulé « Histoire » et sous-titré « Le Québec à l’école », on pouvait retrouver, à la page i6, le dernier texte de ce cahier, un texte de Catherine Lalonde qui traitait de l’histoire du canal Historia qui aura bientôt dix ans le 30 janvier prochain.
Dans son texte coiffé du titre « L’autre « petite » vie », sous-titré « Il y a malheureusement peu d’intérêt pour l’histoire de la Nouvelle-France », elle nous rapporte que Fabrice Brasier, vice-président programmation de chez Historia - qu’elle cite abondamment dans son texte - souligne qu’« on privilégie maintenant l’histoire récente, celle des cinquante dernières années, et on la traite beaucoup par l’histoire sociale. L’expérience a montré que, en couvrant trop large, on perd de l’intérêt. »
Mme Lalonde nous explique que 2 millions de téléspectateurs s’attardent désormais sur Historia au moins 15 minutes par semaine, dont 50% des femmes et ça s’expliquerait par le contenu qui serait « le nerf de guerre pour garder tout ce beau monde ». Elle cite M. Brazier : « Il y a malheureusement peu d’intérêt pour l’histoire de la Nouvelle France. L’histoire politique marche moins, mais ça ne m’empêche pas d’en faire. »
Mme Lalonde nous explique que « Comme le Québec n’a pas les moyens de s’offrir les reconstitutions avec comédiens qui pimenteraient le contenu, la « vieille » histoire garde sa place grâce aux acquisitions faites auprès de BBC, A&E TV et History Channel. Elle rapporte que M. Brasier dit que les chaînes mentionnées « peuvent traiter de la Rome, de l’Amérique précolombienne ou des guerres avec des reconstituions historiques et des images de synthèse. C’est presque de la fiction, mais avec des faits historiques vérifiés. »
Un peu plus loin dans son texte, Mme Lalonde nous rapporte que « Les fictions et l’histoire sociale remportent assurément la palme du public » et elle souligne les propos suivants de M. Brasier : « On cherche des sujets rassembleurs. Au Québec, le fait que notre histoire soit si courte nous oblige à faire preuve d’imagination, à explorer tous les pans de notre histoire : sociaux, économiques, politiques. »
Le texte de Mme Lalonde se poursuit en évoquant les succès du Canal Historia : L’histoire de la folie, Les saltimbanques du ring, un film sur l’histoire de la lutte ; Champion/Coup sûr, une émission sur le baseball et Motel, No Vacancy, qui porte sur le tourisme. Cet hiver, Mme Lalonde nous rapporte qu’« on pourra voir un film sur les cabanes à frites intitulé Le Roi de la patate. »
M. Brazier précise que « ces documentaires, à leur façon, approfondissent l’histoire du Québec. On est les seuls à en faire. Dans 50 ans, il sera trop tard. On contribue à construire un fonds patrimonial de toute l’histoire, qu’elle soit plus ou moins sérieuse. »
Madame Lalonde consacre ensuite le restant de son texte à un genre de publi-reportage sur une série intitulée « J’ai la mémoire qui tourne », où on déterre des vieux films de famille. Une émission qui, selon Mme Lalonde a touché de 180 000 à 200 000 téléspectateurs lors de sa première diffusion. »
Dans le même cahier, à la page i1, Normand Thériault nous livrait un texte titré « Ces faits qu’on aimerait oublier » sous-titré « L’histoire purement politique marche moins », texte dans lequel M. Thériault cite aussi Fabrice Brasier, vice-président à la programmation de chez Historia : « Il y a malheureusement peu d’intérêt pour l’histoire de la Nouvelle France, l’histoire purement politique marche moins ».
Dans son introduction où M. Thériault s’acharne à poser des questions futiles, son texte étant supposé porter, par son introduction, sur « les historiennes et historiens qui, ensemble, ont collaboré à la suite d’une invitation lancée par la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, à la mise en place de la Coalition pour la promotion de l’histoire au Québec. » On peut trouver quelques-uns de leurs textes dans ce cahier spécial.
M. Thériault nous rapporte essentiellement la même chose que Mme Lalonde : « Et les budgets disponibles ne permettent pas de faire ici ce que PBS ou BBC, voire CBC, peuvent se permettre. Il ajoute : « D’ailleurs, sil Wolfe et Montcalm se sont cette année fait entendre, ce fut dans le cadre d’un diffusion d’une heure au réseau anglais de Radio-Canada. Et maintenant, en français, plus rien ou presque, depuis que les « célèbres » capsules dites historiques des Scully, Bronfman et consorts ont été présentées comme des éléments d’une propagande produite à grands frais, sans rhétorique rigoureuse. »
Au préalable, il écrit qu’« On connaît le grand dilemme historique canadien, qui est le même pour le Québec » selon M. Thériault. « Il n’y a pas, pour ce pays du Nord, d’histoire officielle. On a des dates, mais on est incapable de définir les faits : si l’histoire était un « western », les méchants de l’un seraient les bons de l’autre, ce qui entache finalement le « happy ending » de n’importe quel scénario. »
Avant de conclure son texte, M. Thériault cite Wittgenstein : « Ce qu’on ne peut dire, il faut le taire. » M. Thériault ajoute : « mais cela n’empêchera pas que ce dont l’histoire parle, et doit parler, a eu lieu et qu’il relève de l’école citoyenne de faire en sorte que le droit de savoir de ceux et celles qui la fréquentent, qu’ils soient « de souche » ou nouvellement arrivés, soit respecté. »
Il conclut son texte en écrivant que : « Duplessis est mort il y a cette année cinquante ans, mais pour le Québec il est toujours vivant. »
Ce que je trouve étonnant de ces deux textes censés amener quelque chose sur le thème de « L’histoire du Québec à l’école », c’est que Mme Lalonde et M. Thériault citent un vice-président à la programmation d’une chaîne de divertissement historique sur les goûts et les intérêts des téléspectateurs de cette chaîne, sans se questionner le moindrement sur les orientations politiques ou sociales de cette chaîne ou à savoir qui en sont les propriétaires.
HISTORIA, comme ARTV, le canal D et VRAK TV, sont la propriété d’Astral média. Francis Fox a déjà siégé sur son conseil d’administration. On peut retrouver Mila P. Mulroney sur son conseil d’administration actuel, de même qu’un dénommé Paul A Bronfman.
Voici comment on décrit M. Bronfman sur le site internet d’Astral média http://www.astralmedia.com/fr/profi... : « Paul A. Bronfman est président du conseil et chef de la direction de Comweb Group Inc. Au cours des dix-sept dernières années, M. Bronfman a constitué un groupe de sociétés de divertissement se consacrant à la prestation de services spécialisés de production à l’industrie cinématographique et de la télévision. M. Bronfman travaille en étroite collaboration avec l’industrie de la production cinématographique et télévisée pour stimuler et développer de nouveaux talents. Il fait ou a fait partie de nombreux conseils ou comités de l’industrie, notamment au Centre canadien du film, à la Banff Television Foundation, à l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision et à l’hôpital Mont Sinaï de Toronto. »
Sur le même conseil d’administration, on retrouve trois frères Greenberg : Ian, Stephen et Sidney, qui sont trois des quatre frères fondateurs d’Astral Média. J’attire votre attention sur le dernier paragraphe de la petite biographie de Sidney Greenberg qui apparaît sur le site d’Astral média : « M. Sidney Greenberg siège actuellement au conseil de l’hôpital Mount Sinai, à Toronto, ainsi qu’à celui du Panthéon des sports canadiens. Il est vice-président de l’Union mondiale Maccabi ; il est aussi le vice-président sortant de Bnai Brith Canada et fondateur des North American Youth Games (jeux nord-américains pour les jeunes). Il a auparavant été actif au sein du Comité olympique canadien et de la Raptors Foundation (Fondation des Raptors). Il est aussi membre du Comité Canada-Israël et impliqué dans de nombreuses activités pro-Israël sur les campus universitaires du Canada. »
Je suggère au lecteur de consulter ce site internet pour voir les biographies des autres membres du conseil d’administration d’Astral média.
Quand on s’informe sur les patrons de Fabrice Brasier, on comprend mieux l’orientation de sa programmation anglo-américaine. En présentant des films comme « Les Rois de la patate », M. Brasier prétend que sa chaîne veut constituer un fonds patrimonial de toute l’histoire, qu’elle soit plus ou moins sérieuse. »
Suite à la lecture des deux textes plus ou moins sérieux cités plus haut, on est à même de constater que M. Thériault et Mme Lalonde amènent très peu à la compréhension des lacunes des cours d’histoire du Québec.
Si notre système d’éducation se privatise et que l’école publique n’enseigne plus que des petites bribes de l’histoire de notre peuple, c’est que les manipulations du réseau fédéral y sont pour quelque chose, ce que ces deux journalistes semblent incapables de déceler, encore moins de remettre en question.
Daniel Sénéchal
Montréal

