Plus ça change, plus c’est pareil !
Pas de référendum dans un premier mandat, nous promet Mme Pauline Marois.
Pas de référendum ? Parfait ! Fin de l’étapisme, sommes-nous alors tentés de croire, et retour à la sage politique qui fut celle du Parti québécois de 1968 à 1974 : accession à l’indépendance par victoire électorale.
Oh non ! Oh non ! Détrompez-vous, nous précisent vite les casseux de veillée. Il n’y aura, dans un éventuel premier mandat, ni référendum, ni accession à l’indépendance. Une victoire électorale donnera un gouvernement péquiste provincial, c’est tout. Mais, rassurez-vous, ce gouvernement parlera d’indépendance ou de souveraineté… aussi souvent que la gestion quotidienne des hôpitaux, des écoles, des routes et de la margarine lui en laissera le temps.
Vous comprenez, les limousines, on ne les veut pas dans cinq ou dix ans, non, on les veut demain matin, ça presse.
L’indépendance ? Bof ! Ça, ça peut toujours attendre.
Mme Marois se dit ouverte au dialogue. Très bien. Mais, tout comme son prédécesseur, non seulement maintient-elle l’étapisme, elle rejette même l’intéressante proposition formulée par M. Louis Bernard au lendemain de la cinglante défaite du 26 mars 2007. M. Bernard a déployé de gros efforts pour contenter tout à la fois les partisans et les adversaires de l’étapisme. En proposant qu’un gouvernement péquiste s’engageât à tenir un référendum dans les semaines suivant son élection et à démissionner sur-le-champ en cas de défaite référendaire, il a presque résolu la quadrature du cercle. Il y aurait toujours un référendum, à la satisfaction des ultra-modérés qui en font une question de principe sacro-saint, mais dans des conditions telles que l’élection qui l’aurait précédé garantirait presque à coup sûr la victoire du OUI.
On peut, comme l’auteur de ces lignes, préférer l’abandon pur et simple de l’étapisme. Mais l’on doit à tout le moins saluer l’effort de M. Bernard et ne pas rejeter d’emblée sa proposition. Malheureusement, l’écoute et le dialogue préconisés par Mme Marois excluent toute remise en question du dogme étapiste, si timide soit-elle. Ce serait, prétend-elle, la recette assurée pour la marginalisation. Ah oui ? 8 % en 1966 pour le RIN, précurseur du PQ. 23 % en 1970 pour le PQ. Et 31 % en 1973, malgré, notons-le, le traumatisme de la crise d’octobre. Une progression de 23 % en sept ans, sans étapisme. Alors, qui peut affirmer qu’il fallait absolument l’étapisme pour que cette progression se poursuivît ?
Après Meech et Charlottetown, après le vol du référendum de 1995, après les commandites et l’infâme Clarity Act d’Ottawa, plus rien ne justifie le dogme étapiste. En le maintenant mordicus, les péquistes ont de plus en plus de mal à cacher le fait qu’ils préfèrent les limousines à l’indépendance. Souhaitent-ils donc vraiment la concurrence d’un nouveau et véritable parti indépendantiste ralliant tous les patriotes fatigués de toujours se faire rouler ? S’ils n’y prennent garde, c’est ce qu’ils risquent de subir plus tôt qu’ils ne le pensent. Et si cela arrive, ils n’auront qu’eux-mêmes à blâmer pour la perte de leurs chères limousines.
Luc Potvin
Montréal
