Au début des années 1990, trois de mes enfants ont été invités à participer à une étude portant sur l’estime de soi. À partir d’observations sur les interactions entre les enfants, avec leurs mères et un autre adulte qui leur était totalement étranger, les chercheurs vérifiaient des hypothèses portant sur les corrélation à établir entre l’estime de soi, la confiance de l’enfant en lui-même, le nombre et la qualité des décisions qu’il prenait et les risques qu’il pouvait tolérer.
Selon la littérature, un enfant qui a une forte estime de lui-même devrait normalement avoir une grande confiance en ses moyens et pouvoir prendre des décisions fondées sur des choix à long terme, alors qu’un enfant qui a une faible estime de lui-même démontrera peu de confiance en ses moyens et privilégiera la plupart du temps des choix à court terme.
Conscient de ses capacités, un enfant qui a une forte estime de lui-même prendra plus de risques et visera toujours des objectifs plus élevés correspondant à une récompense plus grande et celui qui a une faible estime sous-évaluera ses capacités, évitera les risques et ne dépassera guère les exigences minimales en se satisfaisant toujours de la récompense la plus petite.
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Si les deux derniers référendums sur la souveraineté avaient été des expériences portant sur l’estime de soi, nous serions probablement arrivés à la conclusion qu’il existait encore plusieurs Québécois qui sous-estimaient leur capacité, préférant la plus petite récompense, la sécurité du Canada, plutôt que la récompense à plus long terme associée à l’indépendance du Québec.
Remarquez, si la dernière élection provinciale avait été elle aussi une expérience, je ne suis pas sûr que les conclusions auraient été les mêmes. Au contraire, compte tenu de la complexité des enjeux, les observations auraient probablement donné lieu à des conclusions encore plus intéressantes, puisque nous aurions non seulement pu analyser le manque de confiance des électeurs en eux-mêmes, mais également celui de leurs chefs.
Nous serions peut-être même arrivés à une tout autre conclusion au sujet du niveau de confiance des Québécois en eux-mêmes, ceux-ci ayant préféré demeurer chez eux plutôt que d’aller voter pour des chefs qui les prenaient pour des idiots, leur mentaient effrontément, leur proposaient des choix à court terme ou évitaient tout simplement de leur parler de leur programme afin de ne pas les apeurer.
Si la dernière élection provinciale avait été un banc d’essai pour les trois principaux chefs de parti et l’ensemble des électeurs, des observateurs avertis seraient probablement arrivés à la conclusion que les électeurs avaient réussi le test, alors que leurs chefs avaient tous échoué lamentablement. Voyons pourquoi.
Les Québécois avaient le choix entre Mario Dumont , un chef immature qui a fait porter l’essentiel de sa campagne sur la peur des autres partis et le mea culpa de son incompétence ; Jean Charest, un chef dont les mensonges étaient tellement gros que personne ne l’a vraiment pris au sérieux, sauf sa clientèle traditionnelle formée d’Anglais, d’immigrants, de fédéralistes convaincus et de vieillards qui de toute façon avaient déjà l’intention de voter pour un parti fédéraliste ; et Pauline Marois, une chef qui a refusé de parler de la souveraineté jusqu’au dernier instant de la campagne, estimant que si elle le faisait, elle perdrait la confiance des Québécois qui n’étaient pas prêts à recevoir ce discours.
Mme Marois a choisi la plus petite des récompenses, préférant la certitude de l’opposition officielle au risque associé à un réel désir de prendre le pouvoir pour faire la souveraineté.
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Ce n’est pas tout de décrire nos adversaires comme des menteurs et des immatures. Ce n’est pas tout de dénoncer leur incompétence, leur gestion à court terme de la Caisse de dépôt et de placement et la privatisation de grands pans du Québec. Il faudrait aussi que nos chefs cessent de prendre les électeurs pour des imbéciles qui n’auraient pas la capacité de bien saisir les vrais enjeux électoraux et de prendre les bonnes décisions. La vérité c’est que, comme dans l’expérience sur l’estime de soi, le Parti Québécois a sous-estimé les Québécois en ne voulant pas leur parler d’indépendance. Il n’a pas eu confiance en leur jugement et a préféré tergiverser sur son objectif premier qui était de faire l’indépendance. Les électeurs l’ont décodé assez rapidement.
Si Madame Marois n’a pas confiance en elle-même lorsqu’elle parle de souveraineté, comment voulez-vous que les électeurs lui fassent confiance sur les efforts qu’elle devra consentir à long terme pour atteindre cet audacieux objectif ? En fait, si Pauline Marois s’était soumise à l’expérience de l’estime de soi, l’étude nous aurait probablement révélé qu’elle ne voulait pas prendre de risque, qu’elle favorisait toujours des choix à court terme, qu’elle avait peu confiance en ses moyens, en un mot, qu’elle manquait d’estime de soi.
Dans ces circonstances, comment vouliez-vous que des électeurs indécis votent pour elle, alors qu’elle ne leur inspirait pas la confiance qu’ils attendaient d’un chef qui prétendait vouloir faire la souveraineté ? Ils sont donc demeurés chez eux, près de 43% de l’électorat.
Toutefois, il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure, en tout cas, pas dans l’immédiat, ce n’est pas une maladie incurable. Grâce à des exercices quotidiens visant à encourager la prise de décision impliquant le risque, des choix à long terme, la confiance en soi et finalement une bonne estime de soi, on peut renverser le processus. Ce n’est qu’une question de temps et de travail, tout comme l’objectif de la souveraineté.
Un gourou de la psychologie populaire suggérerait probablement à Madame Marois d’aller prendre une marche un peu plus longue que d’habitude, histoire de faire image, d’aller arpenter le chemin de Compostelle pour susciter la confiance, la sienne et celle des Québécois, avant d’entreprendre sa grande tournée des régions du Québec avec son bâton de pèlerin.
Cependant, elle n’aura probablement pas besoin d’aller outre-mer, elle est déjà sur le bon chemin, elle a eu le courage de rappeler Nicolas Sarkozy à l’ordre à la suite des gros mots prononcés au sujet des souverainistes et a dénoncé la bêtise qui s’annonçait sur les Plaines d’Abraham, même si cela s’est fait avec un peu de retard. Mais, il faudra plus, beaucoup plus.
Elle devra continuer sur le même élan, être plus audacieuse et faire confiance aux Québécois en tentant de les convaincre sur des sujets plus controversés comme l’abandon du projet de Rabaska, l’abolition du financement public des écoles privées, la francisation des cégeps anglophones, la construction d’un seul CHU à Montréal, la remise en question de tous les PPP, la consolidation du financement public des services de santé et des autres services publics universels au Québec, afin d’éviter leur privatisation annoncée par les amis du PLQ.
Le PQ devra aussi cesser de pratiquer la langue de bois lorsqu’il s’agit de faire la promotion de la prise en charge de la démocratie par les citoyens du Québec et des régions. Les Québécois sont mûrs pour une démocratie où ils ne seront plus considérés comme des irresponsables sous tutelle. Cela étant dit, il faudra surtout les convaincre de l’urgence de se donner un pays avant qu’il ne soit trop tard, alors que nous assistons à une offensive tous azimuts des forces fédéralistes visant à diminuer le poids relatif du Québec au sein du Canada et à envahir des champs de compétence qui historiquement appartenaient au Québec.
L’annonce d’un sénat élu et d’une commission des valeurs mobilières pancanadienne ne sont que le début de tout ce que nous préparent les Harper et autres Ignatieff de la colline parlementaire à Ottawa avec la complicité de leurs députés du Québec qui, contrairement à ceux de Terre-Neuve, sont tous demeurés muets lors de l’adoption du dernier budget, ayant voté en faveur des coupures de 1 milliard $ dans les paiements de péréquation au Québec annoncées par le gouvernement conservateur. Manifestement, des députés dont l’estime de soi est au plus bas !

