La politique canadienne a pris au cours des derniers jours des allures de soirée de lutte. À quoi pouvait-on s’attendre d’autre de la part d’un parlement canadien formé de personnages de bandes dessinées ? Les Canadiens élisent maintenant des caricatures d’hommes politiques. Stephen Harper a tout du méchant qui veut détruire ses adversaires pour enfin prendre le contrôle du Canada afin de faire régner sa propre vision du monde. Il est entré au Parlement avec le plan secret d’éliminer tous ses opposants : les artistes du Québec, Radio-Canada, ainsi que tous les partis d’opposition.
Stephen Harper pourrait être remplacé par un autre acteur de bandes dessinées, Stéphane Dion — un petit intellectuel qui se prend pour Superman parce qu’il veut sauver le Canada du péril séparatiste — et ce, grâce à la salvatrice intervention de la presque reine du Canada Michaëlle Jean. Une figure tout aussi ubuesque nommée aux plus hautes fonctions du Canada par Paul Martin qui, par le plus grand des hasards, avait été envoûté par son charme alors que, zappant d’un canal anglais à un autre, il l’avait vu lire le bulletin de nouvelles un dimanche soir à la télévision de Radio-Canada.
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Ce qu’il y a de plus étonnant dans tout ça, c’est qu’un autre personnage de bandes dessinées se soit ajouté à la liste — drôlement plus futé celui-là — et qui risque de profiter de la diversion causée par tout ce fatras à Ottawa pour prendre le pouvoir à Québec si les Québécois se laissent emberlificoter par ses insidieuses promesses.
Jean Charest, qui a longtemps été surnommé Capitaine Canada, a tout du triste sire. Il est entré en politique québécoise grâce à un mythique pont d’or et, pendant 10 ans, a reçu une rémunération secrète qui transitait via le PLQ sans que cela n’ait causé le moindre émoi dans l’opinion publique une fois que cela fut révélé. Comme s’il avait été normal qu’un homme de la stature de Jean Charest ait les mains liées par de nombreuses amitiés non moins occultes qui ont eu la géniale idée, pour la suite de leurs affaires, de contribuer à sa venue en politique provinciale. Un sujet toutefois demeuré lettre morte dans la presse québécoise depuis le début de la présente campagne électorale.
Contrairement à Nicolas Sarkozy, Jean Charest est un homme secret qui parle peu de sa vie privée et qui jamais n’oserait remercier publiquement Paul Desmarais de l’avoir soutenu pendant toutes ces années, ce qui ne l’empêchera certainement pas de le faire en privé. On peut tout à la fois être discret et reconnaissant !
Nous le savons maintenant, si Jean Charest aime les luxueuses limousines, il préfère d’abord le calme feutré des officines. S’il devient majoritaire, c’est là qu’il décidera du sort de notre régime de santé et des assureurs privés qui s’y grefferont, du pétrole du golfe et des consortiums qui le développeront, des infrastructures publiques qui se construiront et des entrepreneurs qui feront couler le béton. C’est là que se décidera quelle langue se parlera désormais à Montréal, du sort du CHUM et du CUSM, du financement des universités francophones et anglophones, là où se fera la recherche la plus avancée au Québec.
C’est là aussi où sera décidé du type de gouvernance auquel plusieurs établissements publics seront bientôt soumis – un projet déjà dans les cartons du gouvernement du Québec et dont il n’a guère été question durant la présente campagne électorale – un projet où sont déjà prévus les règles d’éligibilité, les compétences exigées, les modes de nominations et surtout la rémunération qui sera versée à ces futurs administrateurs nouveau genre de la chose publique.
Ce sera donc derrière les portes closes des officines de Jean Charest que seront préparées les longues listes de noms des personnes qu’il voudra voir siéger aux conseils d’administration des universités, des collèges, des établissements et agences du réseau de la santé et des services sociaux et des sociétés d’État comme Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ, la SAAQ, la SGF et la CDP.
Si Jean Charest veut être majoritaire, c’est qu’il sait qu’il aura les coudées franches et jouira des appuis nécessaires au sein des sociétés d’État et des établissements publics pour réussir là où il a échoué au cours des deux précédents mandats. Cette fois-ci, Jean Charest l’a dit, il a un plan pour le Québec et rien ne pourra l’arrêter s’il est majoritaire, il est prêt !
Jean Charest sait surtout d’expérience qu’un chien ne mord jamais la main qui le nourrit, Paul Desmarais aussi !
Louis Lapointe
Le 2 décembre 2008

