Ce n’est pas tout le monde qui suit l’actualité politique de très près. C’est pourquoi, il faut revenir sur certains sujets. J’en ai fait l’expérience aujourd’hui même en jasant avec un courtier du Groupe Investors, membre du groupe d’entreprises de la Corporation Financière Power, qui organise le Tour golf Démo de passage au terrain de pratique du Parcours du Cerf à Longueuil. Il ignorait que Jean Charest reçoit un salaire de 75,000 $ par année depuis 1997 payé par le Parti libéral du Québec en plus de son salaire de premier ministre (depuis 2003) qui est actuellement de 180,000 $. Comme je lui disais que les dons de 3,000 $ au Parti libéral provenant des nombreux membres de la famille Desmarais et des membres des conseils d’administration de l’empire Power paient amplement ce salaire de Jean Charest, ce que j’avais vérifié sur le site du Directeur général des élections en compilant la liste des donateurs de 3.000 $ au Parti libéral du Québec, il me répliqua. “ Ces dons de 3,000$ sont envoyés pas des individus et la compagnie les rembourse.” Je lui dis que c’était contraire à l’esprit et à la lettre de la loi de René Lévesque sur le financement des partis politiques. Il me répliqua : “Peut-être, mais c’est comme ça et tout le monde le sait.”
Je n’allais pas en rester là devant cet interlocuteur valable encouragé par une jeune femme représentante en épargne collective qui nous écoutait et qui me dit : “Des gens comme vous qui parlent et dénoncent, il en faut.” Je venais de leur dire que Gesca qui organise aussi le Tour Golf Démo était mon ennemi. “Pourquoi ?” demanda-t-il. “Parce que je suis indépendantiste.” Il remarqua : “Le Cahier La Presse-Affaires est indépendant. Il arrive même à Michel Girard de critiquer Power.” “Je suis abonné à La Presse, lui dis-je même si André Pratte que j’ai dénoncé au Conseil de Presse ne me publiera jamais. Ce doit être parce que j’écris mal”. Comme je venais d’inscrire Ecrivain sur une carte qui pourrait me faire gagner un prix, j’appris à la charmante jeune femme que je venais de terminer un manuscrit intitulé “Une grande douceur à régner” inspiré d’une phrase du début de la Princesse de Clèves : “L’humeur ambitieuse de la Reine lui faisait trouver une grande douceur à régner” avec comme sous-titre : “le pouvoir au féminin”, livre qui parlait, le courtier voulait le savoir, de deux slapps, deux poursuites-bâillons intentés par des libéraux du collège et de la région de Sorel-Tracy, conflit qui se termina par un match nul, la directrice ayant reculé devant nos contre-attaques syndicales. Pour mettre un peu de piquant, je leur dis que j’avais envoyé très récemment la version électronique de mon livre à Victor-Lévy Beaulieu tout en sachant qu’il ne le publierait pas, en lui faisant remarquer qu’il était question de lui dans l’introduction avec le message suivant : “Mario Dumont a suivi tes conseils, il est parti se reposer. Est-ce que Julie Couillard a communiqué avec toi ?” ce qui les fit sourire.
Je leur demandai : “Savez-vous pourquoi les Libéraux ont révélé l’existence du salaire annuel de 75,000 $ de Jean Charest ?” Non, il et elle ne le savaient pas. “Connaissez-vous Patrick Bourgeois, leur dis-je. Il est directeur du journal Le Québécois et vient de publier un livre : “La nébuleuse” qui porte sur Jean Charest et ses “amis” financiers et autres. Michel Vastel et Michel David avaient parlé d’un fonds secret (quelques millions) placé en fiducie par des hommes d’affaires et financiers pour “aider” Jean Charest à quitter Ottawa et renoncer à son rêve de devenir premier ministre du Canada, rêve qui accompagne tous les politiciens qui ont une mère Anglaise. Soupçonneux, Bourgeois s’est mis à examiner le train de vie de Jean Charest : maison cossue de Westmount dont il faut payer l’hypothèque ; maison d’été à North Hatley dont il fallait payer un loyer à Sam Pollock, ancien DG du Canadien ; enfants à l’école privée etc. La preuve que Bourgeois visait juste : il a eu les avocats de Jean Charest et de Sam Pollock sur le dos. Les libéraux aiment bien les mises en demeure quand ça se corse, j’en sais quelque chose. Or, la conclusion était inéluctable : le salaire de premier ministre de Jean Charest ne permettait pas un tel train de vie. Il manquait de l’argent et Bourgeois allait le prouver en publiant son livre : “La Nébuleuse.”
Or, ce qui est extraordinaire, les Libéraux ont donné raison à Bourgeois en révélant que Jean Charest recevait un “salaire” de 75,000$ par année que lui paie le Parti libéral du Québec. Une remarque en passant : les papiers officiels n’ont été vus par personne. Ce serait du domaine privé. Et si c’était plus que 75,000$. Je pose la question. Je vois les lèvres de Jean Charest se serrer devant cette question. Rappelez-vous que monsieur Passeport a dit ne pas connaître l’existence d’Option Canada lui qui était vice-président du Comité du NON. Le croyez-vous ? Moi, je ne le crois pas. Est-ce qu’il savait que Pierre Pettigrew a reçu 10,000$ pour une série d’articles dans La Presse : c’est ce qu’on appelle le fédéralisme rentable, expression trouvée par Bernard Derome en conversation avec Robert Bourassa. J’imagine que Jean Charest paie des impôts sur ce 75,000$ donc il lui manque encore un peu d’argent pour maintenir son train de vie et vivre sans inquiétude financière.
Or, pendant dix ans, ce salaire était payé pour du travail au noir. Quel travail au noir ? Regardez les “réalisations” de Jean Charest mais surtout faites le tour de ses nominations politiques depuis qu’il est premier ministre soit depuis 2003. Ici, je demande la collaboration des lecteurs de Vigile.net pour donner des exemples. Je n’en donnerai que deux : France Boucher nommée à l’Office de la langue française pour noyer le poisson des études qui démontrent la précarité de la langue française dans la région de Montréal. Et Michael Sabia qui vient d’aller rencontrer des représentants de Québec Inc dans les locaux de Power Corporation où l’a accueilli Henri-Paul Rousseau qui a quitté la Caisse de dépôt pour aboutir vice-président de la Financière Power (qui vient de déclarer des pertes de 700 millions au dernier trimestre) avec une prime à l’entrée de 800,000 options d’achat d’actions qui valent actuellement 20 millions de dollars.” Money talks” comme ils disent et “Follow the money” comme disait Deep throat. Dis-moi qui te finance, je te dirai quels intérêts tu sers.
Sur Michael Sabia, beaucoup a été écrit ici. Je suis d’accord avec mon député Bernard Drainville qui écrit que cette nomination, c’est grave. J’ajouterai mon grain de sel en me référant au Globe and Mail qui a demandé à Paul Tellier son opinion sur Michael Sabia. Il a fait évidemment l’éloge du membre du Conseil privé actif pour le NON. Puis il ajouta parlant de son ex-collaborateur à Via Rail : “He doesn’t give a shit about Parizeau”.
De la part d’un ex-technocrate raffiné sans doute amateur de grands vins, j’ai trouvé cette remarque extrêmement vulgaire. Et extrêmement révélatrice. Que ces fédéralistes qui ne reculent devant rien détestent tant Jacques Parizeau est pour moi le critère pour vérifier s’ils défendent les intérêts du Québec et des Québécois. Or, en nommant Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt, Jean Charest a répondu à une commande de son maître Paul Desmarais qui régne sur le Québec par le moyen de Gesca qui contrôle (ou essaie de contrôler) l’opinion et par le moyen de ses hommes de paille, ses marionnettes qui obéissent aux ordres de celui qui les finance. Voyez comme, à mon corps défendant, je suis obligé d’utiliser le vocabulaire de Patrick Bourgeois que je suis censé trouver excessif.
C’est ce que j’ai expliqué à ces courtiers du Groupe Investors qui font partie de l’empire de Power corporation. L’un des deux m’a fait remarquer que le portefeuille qu’il administrait était passé de 20 millions à 15 millions avec des conséquences à la baisse sur son salaire pendant que les dirigeants, eux, augmentaient leurs revenus.
Ce fut quand même intéressant de fraterniser avec des gens qui semblaient aux antipodes de mes opinions politiques et de leur rapporter quelques “faits” qui portent à réfléchir. Leur réceptivité m’a étonné. Il est vrai que je les ai pris un peu par surprise.
Une chose est certaine. Jacques Parizeau a toujours travaillé dans les intérêts du Québec, tous les documentaires du canal Historia le prouvent. J’aimerais qu’on me prouve que Paul Desmarais par son empire financier, ses tentatives de contrôle de l’opinion par le dénigrement des idées souverainistes et des leaders qui incarnent cette option, j’aimerais qu’on me prouve que le châtelain de Sagard travaille pour les intérêts du Québec. J’aimerais savoir quels intérêts Paul Desmarais sert quand il pousse le Président de la France à dire des âneries sur les souverainistes du Québec. J’aimerais qu’on me prouve que Jean Charest travaille pour les intérêts du Québec en nommant Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement qui a été le navire amiral de la liberté financière de l’Etat du Québec.
Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 26 avril 2009

