Dans un texte publié le 29 avril 2007, et qui m’avait valu l’opprobre de quelques « radicaux libres », j’avais fait quelques propositions qui, à mon avis, pourraient permettre au PQ et au mouvement souverainiste de se relever de la terrible déconfiture du 26 mars 2007.
Un mois et quelques jours à peine s’étaient écoulés depuis LA défaite. J’étais encore sous le choc. Essentiellement, je disais qu’il fallait en finir avec l’obsession référendaire, de miser sur les bons dénominateurs communs, de mettre de l’avant la question identitaire, d’éviter les pièges du radicalisme et d’organiser des États généraux sur la souveraineté. J’exprimais aussi ce constat que le PQ n’était plus la coalition souverainiste d’antan. En même temps que j’écrivais ce texte, plus axé sur les solutions que sur le dénigrement, je me demandais s’il ne valait pas mieux pour moi de tout laisser tomber et de me retirer sur mes terres… C’était oublier que d’autres allaient s’atteler à la tâche.
Un an plus tard, je suis plus serein. Il m’arrive de me tromper, mais je ne pense pas avoir dérapé en bas de la falaise. La plupart des éléments abordés dans ce texte du 29 avril sont toujours d’actualité, et il est même à prévoir qu’ils le resteront encore un bon bout de temps. Il semble que nous soyons plusieurs à ramer dans le même sens. Parmi ceux-là, il y en a qui se sont attardés à la question identitaire, d’autres ont abordé la question de la souveraineté en redéfinissant le cadre stratégique, tandis que certains ont choisi de réfléchir sur la social-démocratie. Je fais bien sûr allusion aux Gérald Larose, Gilbert Paquette et Jean-François Lisée, pour ne nommer que ceux-là. À ma manière, je me suis posé les mêmes questions, mais eux ont su les porter beaucoup plus loin, avec le résultat qu’on peut aujourd’hui espérer prétendre avoir tout ce qu’il faut – en termes d’idées, s’entend - pour mettre en place le cadre stratégique qui pourrait faire avancer le Québec. Grâce à eux, je me sens bien moins seul aujourd’hui ; grâce à eux, j’ai le goût de continuer.
Gilbert Paquette : des propositions porteuses d’avenir
On peut dire sans se tromper que ça commence à se bousculer au portillon du leadership souverainiste. Il y en a des bons et des moins bons. Gilbert Paquette appartient à la première catégorie. Son dernier livre, « La nécessaire alliance », va beaucoup plus loin que mon court texte du 29 avril. Les idées ont eu l’avantage de mûrir et Paquette a eu l’occasion de débattre de ses positions. Néanmoins, il appert qu’il existe une convergence entre sa pensée et la mienne. Les quelques éléments de réflexion que je viens d’énumérer ci-dessus et que j’ai succinctement développés dans mon texte du 29 avril en font foi.
Mieux encore : bien que les propositions adoptées lors du dernier Conseil national du PQ ne soient pas la copie « carbone » du livre de Gilbert Paquette ou des propositions de Gérald Larose, il n’en reste pas moins que le PQ semble en voie de se libérer – en partie du moins – de ses carcans. Les idées ont évolué dans ce parti. Les propositions adoptées par les délégués en matière de gouvernance nationale et sur la question identitaire constituent selon moi une belle occasion pour ce parti de prendre ses distances avec la gouvernance provinciale. J’ai cru comprendre qu’on avait l’intention d’entreprendre des discussions avec d’autres formations ou regroupements souverainistes. Voilà des indices qui suggèrent un début de changement de culture et un recadrement important de la stratégie. Par amertume ou par dépit, plusieurs diront que je suis fou de croire cela. Peut-être ont-ils raison, et c’est pourquoi je reste prudent : l’avenir nous dira si cet optimisme est fondé ou n’est que l’expression d’un jovialisme débridé…
« Converser » avec l’ADQ : faudra se lever tôt !
On le sait, la formation d’une alliance électorale PQ-ADQ pour créer une convergence nationale de type « rapatriement des pouvoirs ou souveraineté » constitue la trame centrale du livre de Gilbert Paquette. Pour ceux que ça inquièterait, non, Gilbert Paquette ne vire pas à droite. Lors du lancement de son livre le 11 mars dernier, il a bien pris soin de préciser qu’il se reconnaît bien plus dans les solutions de Québec Solidaire que dans celles de l’ADQ (en fait, elles ne l’inspirent pas du tout…). Son point de vue est celui d’un homme de gauche pragmatique et pour qui le mot « politique » n’est pas synonyme de « partisanerie ».
Cette alliance proposée par Paquette ne concerne pas que le PQ et l’ADQ. Elle serait aussi étendue aux autres formations souverainistes, comme Québec Solidaire. La coalition porterait sur le rapatriement des pouvoirs, mais pas question d’entamer des pourparlers sur les programmes de chacun des partis. Ce dernier élément est essentiel. Pour Paquette, et je suis de cet avis, la question du rapatriement des pouvoirs et de la souveraineté va au-delà des clivages gauche/droite. Que l’on ait une vision de gauche ou de droite des politiques dont devraient se doter le pays, il faut d’abord comprendre que ceux qui auront à appliquer ces politiques devront disposer des pouvoirs nécessaires pour assurer leur mise en œuvre.
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Cela dit, je n’entends pas faire ici un résumé du livre de Paquette. Ce serait fastidieux et inutile : le livre est bien écrit, sa position est claire. Il est donc préférable de le lire. Par contre, je m’interroge sur la faisabilité de l’alliance proposée avec l’ADQ. D’ailleurs, Paquette lui-même est d’avis que les discussions pourraient s’avérer ardues. Mario Dumont, malgré ce qu’il dit de lui-même, est un politicien traditionnel et éminemment partisan. Son équipe déteste le « style » péquiste, qui est selon eux trop intello, trop à gauche et trop « montréaliste ». Par ailleurs, l’idée de s’associer à Québec Solidaire rebutera à plus d’un chez l’ADQ. Et vice versa.
Peut-on espérer que les adéquistes fassent preuve d’ouverture d’esprit si le PQ en vient à proposer un pacte électoral ? Peut-être si les sondages ne leur sont pas favorables et si le courant autonomiste est une force réelle dans ce parti et pas seulement un salmigondis de promesses en l’air. Par contre, nos autonomistes seraient davantage tentés de lever le nez à cette proposition si les sondages leur sont favorables et qu’ils sentent que nombre de fédéralistes déçus du PLQ voient en eux une alternative acceptable. Électoralisme oblige…
Comme Paquette, je suis d’avis que les autonomistes n’aboutiront à rien sans les souverainistes et vice versa. Il ne sera pas facile, cependant, d’aboutir à une entente. Le problème réside dans l’esprit même de la proposition de Paquette : rapatriement ou souveraineté. Dumont sait que les souverainistes sont convaincus que le fédéral s’opposera au rapatriement des pouvoirs. Il sait qu’il s’agit là d’une tactique visant à démontrer que le fédéralisme n’est pas réformable. Il n’acceptera jamais d’être l’outil qui permettra au PQ d’atteindre « sa » finalité. Non, il préfère être à la tête d’un gouvernement majoritaire et négocier à rabais, en espérant obtenir quelques miettes, question de démontrer qu’il est capable d’avoir gain de cause en quelque domaine. On doit essayer, mais je crains que le fruit ne soit pas encore mûr (et peut-être ne le sera-t-il jamais).
Le refus de l’ADQ d’adhérer au pacte électoral empêcherait la mise en branle d’une stratégie dite de convergence nationale, puisqu’il serait pour le moins difficile de réclamer le rapatriement de pouvoirs en l’absence du principal porteur politique de cette option. Dans un contexte de gouvernement minoritaire, le PQ serait en mauvaise posture pour agir. On l’a vu : l’occasion était belle pour Dumont de s’allier au PQ sur la question des projets de loi 195 et 196 (constitution et citoyenneté québécoise), mais il a préféré joindre sa voix aux opposants sans que personne dans son parti ne s’insurge contre sa décision. Rien ne laisse croire qu’il pourrait en être autrement à la prochaine occasion.
Et en terminant, une question : le PQ osera-t-il contacter Mario Dumont ? C’est ce que vous saurez lors du prochain épisode qui n’arrivera pas avant plusieurs mois… Une alliance avec Québec Solidaire et les autres formations souverainistes ?
On pourrait croire qu’il serait plus aisé de s’entendre avec les partis et les mouvements souverainistes (QS, PI, UDIQ, RIQ…) qu’avec l’ADQ. On sait qu’une telle alliance pourrait même obtenir plus de 40% des voix, mais n’aurait que peu ou pas d’impact en termes de députation. Même si le PQ acceptait de céder à Québec Solidaire deux comtés comme Gouin et Mercier – ce qu’il ne fera jamais, à mon avis – n’aura aucun effet puisque ces comtés sont déjà représentés par des souverainistes.
Par ailleurs, la question identitaire n’est pas ce qui branche les militants de Québec Solidaire par les temps qui courent. Dans ce parti, tout ce qui est « identitaire » est automatiquement qualifié de droite, de « nationaleux », de réactionnaire et de pire encore. Éternel dilemme de la gauche idéologique que de ne pouvoir concilier pensée socio-économique de gauche et identité nationale. La réaction de ce parti face aux projets de loi 195 et 196 du PQ, ainsi que leur refus têtu de saisir ce qu’il y a de positif (parce que tout n’est pas noir ou blanc…) démontrent qu’ils ont de la difficulté à ajuster leur discours anti-identitaire à la réalité. Cette attitude polarise plus qu’elle ne crée d’unité. Dommage.
Enfin, dans un contexte où le PQ serait majoritaire, il serait pour le moins surprenant que le PQ s’engage seul ou avec ses partenaires souverainistes sur la voie du « rapatriement ou souveraineté ». Le mieux serait alors de jouer à fond la carte de la gouvernance nationale, selon l’approche préconisée par Gérald Larose. Gilbert Paquette ne s’oppose certes pas à cette façon de faire, mais il est d’avis qu’un pacte électoral incluant l’ADQ modifierait considérablement le rapport de force avec le fédéral. Il a raison.
Finalement, ce qu’il y a d’embêtant avec la proposition de faire alliance avec l’ADQ, c’est que son point faible est justement l’ADQ…

