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« L’Union-nationalisation » du Parti Québécois
Louis-Joseph Benoit
Tribune libre de Vigile
dimanche 16 mars 2008      231 visites      2 messages


Ces derniers temps il se trouve des gens pour dire que le PQ n’est plus de centre-gauche, qu’il se recentre, voir qu’il va à droite comme l’ADQ. Il y a aussi ceux qui clament ou plutôt souhaitent à voix haute que ce parti se meurt, qu’il est vieux et va disparaître comme l’Union Nationale dans les années 70. Certains comme Michel Vastel poussent ça plus loin en faisant un lien entre ces deux théories et en notant les ressemblances historiques entre l’UN et le PQ.

On a tendance en effet à oublier ce qu’était à la base le parti de l’Union Nationale, l’histoire n’ayant retenu que le conservatisme et le patronage de Maurice Duplessis. À la base ce parti fut formé par une alliance entre l’ancien parti Conservateur du Québec : qui était un mélange de vieux «  torys » anglophones et de francophones catholiques traditionalistes, et l’Action Libérale Nationale : un petit parti formé d’ancien libéraux avant-gardistes, plus nationalistes et plus de gauche dont les libéraux s’inspirèrent lors de la Révolution Tranquille. Ces partis furent unis sous un chef à ce moment populaire et qui dirigeait bien son parti, l’ancien chef des conservateurs Maurice Duplessis. Au début l’Union Nationale fut élue grâce au nationalisme, à son refus de la conscription et au leadership de son chef. Redonnons à César ce qui appartient à César, ce parti fit tout de même de bonnes choses dans ces premiers mandats, comme nous donner notre drapeau et d’autres qui font peut-être moins l’unanimité comme stimuler les investissements étrangers et le développement hydroélectrique, appuyer les agriculteurs régionaux dans un effort d’occupation du territoire, etc.

Si l’histoire retint principalement le négatif c’est qu’on reprocha à ce parti d’avoir très vite cessé de faire quoi que ce soit pour l’affirmation réelle du Québec, ce qu’on appelait dans le temps l’autonomisme, pour n’utiliser le nationalisme que par électoralisme. On lui reprocha aussi son patronage, sa corruption, ses procédés électoraux, son désintérêt face à une éducation publique, la marginalisation des anciens membres de l’Action Nationale, etc. Le parti disparut progressivement après la mort de son premier chef Duplessis puis de Daniel Johnson, un chef qui leur redonna le pouvoir lors de la Révolution Tranquille (et y contribua honnêtement, positivement et pleinement), surtout acause de la monté du débat sur la question nationale durant lequel s’opposèrent radicalement les libéraux et les péquistes. À la longue d’être entre les deux assez vite certains plus nationalistes quittèrent pour le RN (voir plus bas) ou ensuite le PQ puis la plupart qui restaient étant assez fédéralistes ils joignirent en grande partie les libéraux au courant de la fin des années 70, particulièrement suite au référendum de 80 où les deux furent dans le camps du Non.

Le PQ lui est né de l’union du Mouvement Souveraineté-Association : un groupe d’ex-libéraux nationalistes de gauche dirigé par René Lévesque, du Ralliement National : un groupe d’anciens Créditistes (un parti populiste des régions) souverainistes et par la suite au ralliement non-officiel du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale : un petit parti indépendantiste de gauche à tendance radicale. Comme dans le cas de l’UN il fut élu grâce au nationalisme et à son chef. Il fit des choses que presque tous trouvent bonnes comme la loi 101 ou la loi sur le financement des partis politiques puis d’autre moins unanimes. Puis on lui reprocha d’utiliser la souveraineté pour se faire élire ainsi que certains choix dans leurs politiques comme le gel des salaires de la fonction publique lors de la récession des années 80. Finalement il revint dans les années 90 encore grâce au nationalisme mais ne réussit pas à la réaliser lors du référendum de 95. Il fut réélu grâce au nationalisme mais on lui reprocha encore de l’utiliser de manière électoraliste ainsi que d’autres décisions controversées comme les coupures dans la fonction publique et le déficit 0.

Il y a donc plusieurs ressemblances historiques entre les deux. N’empêche que l’arbre ne doit pas cacher la forêt : si il y a un parti qui ressemble à l’UN actuellement c’est bien l’ADQ. Pas besoin de chercher bien loin pour s’en rendre compte. Autonomisme, nationalisme, conservatisme, tendance vers une préférence des patrons, anti-syndicalisme, régionalisme, traditionalisme, natalité, populisme… Tous ces mots représentent bien les deux partis. D’ailleurs si le parti fut formé par d’anciens libéraux je suis certains que la plupart de ceux qui l’ont joint sont des libéraux ou péquistes d’origine UN. Si on prenait un programme électoral de l’UN je suis certains qu’il semblerait tout droit sorti d’un congrès de l’ADQ. De plus ils ont eux aussi un chef qui dirige totalement ses troupes et qui fait preuve de leadership, comme Duplessis. Puis comme pour l’UN on critique souvent les adéquistes justement d’un peu trop suivre leur chef et à Mario Dumont de quelque fois faire preuve d’un peu trop de « leadership » et pas assez de démocratisme (ce qui est ironique puisque c’est dans leur nom). Même chose pour leur nationalisme/autonomisme qui semble à date plus électoral que concret.

Pour finir donc, peut-être que le PQ « s’Union-Nationalise » mais n’empêche que si on ne veut pas d’une autre Grande Noirceur c’est surtout l’ADQ qu’il faut opposer et si il y a un parti qui peut vaincre l’ADQ c’est le PQ puisque le nouvel électorat adéquiste est en grande parti formé d’anciens électeurs péquistes des banlieues. C’est ça la priorité. Après ça il y aura ramener le PQ vers un progressisme moderne et un souverainisme sérieux de résultats. Encore mieux, nous pouvons nous mettre tout de suite à cette dernière tâche et selon moi ça devrait faire une pierre deux coups en nous aidant à tasser cette néo-Union Nationale qu’est en train de devenir l’ADQ.

Louis-Joseph Benoit, représentant jeune du Parti Québécois de Verdun.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • « L’Union-nationalisation » du Parti Québécois
    17 mars 2008, par Gilles Bousquet

    Toutes comparaisons tendent à être un peu boiteuse M. Benoit.

    Je perçois dans votre message que vous croyez que la droite c’est la noirceur et, à cause de ça, que vous redoutez plus l’ADQ que le PLQ même si le PLQ est full-fédéraliste et l’ADQ, autonomiste, ce qui est assez surprenant pour un péquiste.

    On oublie un peu que l’ADQ a été formé par les Libéraux les plus nationalistes suite au refus du rapport Allaire par M. Bourassa qui l’avait commandé mais qui le trouvait trop autonomiste à son goût.

    Est-ce que vous placez la question nationale du Québec avant ou après les questions de gauche et de droite ?


  • « L’Union-nationalisation » du Parti Québécois
    22 mars 2008, par Louis-Joseph Benoit

    Avant définitivement. Personnellement, bien que mes racines soient plus à gauche, je crois avoir quelques branches à droites, ce qui fait certainement de moi un indépendantiste nationaliste plutôt centriste.

    En passant pour les comparaisons, ce n’est pas moi qui aie commencé à les faire, je cherche plutôt justement à en démontrer la fausseté. D’ailleurs je crois m’être exprimé positivement face à l’UN, qui fut un bon parti à certains moments mais eu aussi une période très noire et c’est entre cette période et l’ADQ que je vois des ressemblances car selon moi le PQ ressemble peut-être plus à ce que l’UN a fait de bon.

    Mais bon pour ce qui est de l’ADQ, je crois en effet que c’est l’ennemi à abbatre en ce sens que notre système électoral est fait pour qu’il n’y aie que deux partis et à terme il n’y en aura que deux. J’ai de très mauvaises expériences quand aux militants adéquistes, qui sont souvent des fédéralistes pro-Conservateurs très néo-libéraux. Pour ce qui est des électeurs, de Dumont et des éléments (VLP, Garon, Caillé par ex.) plus modérés et nationalistes qui ont influencés beaucoup le recentrage que nous voyons présentement à l’ADQ (interventionisme, dévelopement Hydro-Électrique, lutte au déclin démographique etc.) cependant, je les trouve assez sympathiques et suis en accord avec plusieurs de leurs points de vues. Le problème c’est que même si j’aimerais bien que nous nous retrouvions dans une lutte ADQ/PQ où le PLQ n’existerait plus (j’en parlais d’ailleurs il y a un an sur mon blogue au polemique-ljb.blogspot.com), qui serait bénéfique et rassembleuse au niveau national pour le Québec (voir les articles de Gilbert Paquette) je me rend compte que c’est totalement utopique.

    Le PLQ est plus ou moins éternel, du moins tant et aussi longtemps qu’existera le West Island et que l’immigration se convertira davantage proportionnellement à la nation canadienne que québécoise, à condition que le PLQ ne retombe pas dans la moindre forme d’affirmation francophone ce qu’il n’est pas près de refaire depuis ce qu’ils ont vécu chaque fois que Bourassa a fait cette "erreur".

    Dans cette condition, les francophones doivent le plus possibles s’unir dans un parti. Entre le PQ ou l’ADQ, je choisis le PQ, pour des raisons d’orientations socio-économique mais aussi parce que c’est le parti le plus nationaliste et indépendantiste des deux, même si il ne l’est pas totalement. En ce sens nous devons donc vaincre l’ADQ dont le nouvel électorat est principalement péquiste (excepté peut-être dans la Beauce et à Québec) afin de rallier le plus possible notre nation. Ce qui exige un recentrage mais dans lequel il ne faudrait pas aller trop loin sur certains points sans quoi cela pourrait faire du tord (au mouvement bien plus qu’au parti cependant, comme dans le temps de Bouchard).

    M’ai-je exprimé plus clairement et de manière moins partisane ?

    Dans tout les cas j’espère que oui et vous dit, à bientôt.




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No 274 - 2008

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