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Julien Lahaut ne meurt pas
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 17 octobre 2009      155 visites


La Wallonie a toujours été minorisée en Belgique. La langue française qu’elle parle domine par le prestige. Cela lui fait une belle jambe. L’industrialisation précoce de la Wallonie et l’exploitation forcenée du premier capitalisme y engendre un mouvement ouvrier concentré dans de grosses agglomérations proches l’une de l’autre et capables d’exploser en grèves générales implacables (phénomènes moins possible dans les pays industrialisés du 19e –20e siècle aux centres plus dispersés). La Flandre (longtemps rurale), est très majoritaire et fut aussi très majoritairement conservatrice et catholique (ou antisocialiste), fut le chien de garde de cette Région wallonne dangereuse (comme les classes dangereuses).

Les socialistes nés de cette Wallonie industrielle qu’ils représentent ne purent longtemps la mener à la direction des affaires du pays. Avant 1914-1918, eux et la Wallonie en sont « totalement » exclus (selon un rapport officiel du 3 mai 1918, remis au roi et au gouvernement, récemment évoqué par P.Delforge). Pour 1918-1940, Pascal Delwit, politologue belge de l’ULB, estime que de 1918 à 1940, les libéraux, laïques, mais plus à droite, sont absents des gouvernements seulement 333 jours (1). C’est-à-dire que les socialistes ne sont en coalition avec un seul parti (les catholiques) que durant ces mêmes 333 jours. Donc de 1884 à 1914, RIEN, de 1918 à 1940, 333 jours. Exclusion.

Après la Deuxième Guerre mondiale antifasciste, la Wallonie est plus présente. Mais c’est un gouvernement catholique homogène qui fait revenir le sympathisant des vaincus fascistes, Léopold III, le 22 juillet 1950. Sur la base d’un référendum consultatif gagné seulement en Belgique par le seul fait du poids démographique de la Flandre. La Wallonie se soulève, multiplie les attentats à l’explosif, décrète la grève générale. Quatre ouvriers (dont trois anciens résistants !), sont tués le 30 juillet, à Grâce-Berleur sur les hauteurs de Liège. La classe politique belge (Flamands et Wallons confondus), évite le pire et amène le roi – principal enjeu du confit - à s’écraser. Il le fait (au moins en apparence). Son fils lui succède.

Lorsqu’il prête le serment constitutionnel , un cri jaillit des rangs communistes, le 11 août, face aux Chambres réunies : VIVE LA REPUBLIQUE ! Le cri est attribué à Lahaut. Il est assassiné le 18. Deux enquêtes sont menées : l’une pour les victimes de Grâce-Berleur le 30 juillet, l’autre pour l’assassinat de Lahaut le 18.

Police et Justice pouvaient établir la vérité comme cette récente intervention d’une députée verte, proche du Mouvement ouvrier chrétien, le rappelle. Elles sabotent leurs propres enquêtes dans les deux cas (2). Les révoltés anonymes de Grâce ou plus connus (Lahaut), devaient « avoir tort ». La Wallonie aussi. Et cela continue aujourd’hui avec l’insensé refus (d’une ministre wallonne libérale), de poursuivre la procédure d’une enquête parlementaire sur l’assassinat de Lahaut qu’il faudrait à mon sens étendre aux morts de Grâce-Berleur. L’establishment belge semble tout faire pour que rien ne condamne officiellement (si pas juridiquement, au moins avec la force analogue du Pouvoir qui fait les Lois), les morts de la Wallonie insurgée. Car la Belgique francophone unitariste et monarchiste ne peut souffrir que pareilles morts soient honorées comme celles de victimes de l’ordre injuste imposé à la Wallonie des travailleurs depuis 1830. Dont ceux-ci l’ont fait sortir en gagnant une autonomie de plus en plus étendue par des luttes qui ne mourront pas non plus ! Des historiens flamands démocrates et honnêtes (rien n’est jamais noir/blanc), ont bien établi les mensonges sur Lahaut (3). En 1980 Louvet laissait éclater sa colère qu’on ait oublié cet homme, trente ans après le crime (4). Mais trente ans plus tard encore, le cri de Lahaut rentit toujours. Nous ne l’avons pas oublié, nous ne l’oublions pas, nous ne l’oublierons jamais.

(1) Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, ULB, Bruxelles, 2009. (2) Voir Comment sont morts les morts de Grâce-Berleur, résumé du rapport du juge d’instruction. Les croquis des autopsies pratiquées ont été reproduits dans un mémoire de Manu Dolhet de l’ULCL en 2001. Qui devraient être bientôt reproduits également dans la revue TOUDI en ligne. (3) Verhoeyen et Van Doorslaer, L’assassinat de Julien Lahaut, EPO, Bruxelles, 1987. (4) Dans sa pièce de théâtre L’homme qui avait le soleil dans la poche (le titre de la pièce est inspirée du surnom de Lahaut et de son courage à Mauthausen, le camp de la mort où il avait été interné comme résistant).

Po Julyin Lahaut

(poème de Laurent Hendschel, lu en néerlandais et en wallon à Bruxelles en 1999 lors de la création du Cercle républicain flamand)

On djoû,

one sawouce,

on vistreuve one corone sul cabu d’on

rwè

[Un jour, quelque part, on vissait une couronne sur la tête d’un roi]

(a on momint

gna one sakî k’ s’astampe èt criyî

one sacwè

insi : Vive li rèpublike)

[Soudain, quelqu’un se lève et crie quelque chose comme : Vive la République]

on pô pus tård

gn a deus djins k’ mousnut èmon l’ cia

ki n’ aveut seu brêre avou les bèdots

ki n’ s’ aveut seu têre avou les moyas

[Un peu plus tard, deux personnes pénètrent chez celui qui n’avait pas pu suivre les convenances, qui n’avait pas su se taire avec les muets.]

gn a deus djins k’ mousnut è s’ måjo

- deus djins k’ on n’ conirè måy leus vizadjes -

èt distcherdjî leus

fiziks

èt mascårder

l’ lomé

Julyin Lahaut

ki

tot

d’ on

côp

hagne

li

solia.

[Deux personnes pénètrent chez lui - deux personnes dont n ne connaîtra jamais l’identité - et déchargent leur arme et abattent le nommé Julien Lahaut qui soudain, mord le soleil]

dispeuy adon

on-z a rmètu do djane

sul corone sitritchiye

di rodje då rwè

[Depuis lors, on a remis du jaune sur la couronne éclaboussée de rouge du roi]

on-z a rtapédo mwartî

su les cruwåds

èt del tchåss

dins les lives

[On a remis du mortier sur les herbes folles et de la chaux vive dans les livres]

les bèdots brêynut

les moyas s’ têjnut

blankès blankès pådjes di cwè cåzoz

[Les moutons bêlent, les muets se taisent. Pages blanches, pages blanches de quoi parlez-vous ?]

Lorint Hendschel, divin : Cink pititès ôdes, Les Cahiers Wallons, avril 1992 et TOUDI annuel, n° 4, 1990, p. 197 (sous une autre forme, ici retravaillée).




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