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Rapport Bouchard -Taylor
Je ne veux pas que ma culture soit transformée par des interactions avec les cultures immigrantes
Serge-André Guay
Tribune libre de Vigile
samedi 24 mai 2008      262 visites


Hier, le 23 mai 2008, Gérard Bouchard et Charles Taylor, co-présidents de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, ont déposé leur rapport final. Ce passage du rapport retient plus particulièrement mon attention :

« Les membres du groupe ethnoculturel majoritaire (en l’occurrence, les Québécois d’origine canadienne-française), tout comme les membres des minorités, acceptent que leur culture (les traditions, les référents identitaires) soit transformée à plus ou moins long terme par les interactions que suppose le régime*. C’est cette condition qui rend possible l’évolution de l’identité québécoise. » * Les co-présidents signataires du rapport se rapportent ici au régime « interculturel ».

Personnellement, je ne veux pas que ma culture soit transformée par des interactions avec les cultures immigrantes. Je veux que ma culture demeure typiquement et exclusivement québécoise. Plus encore, je désire du plus profond de mon coeur que l’évolution de ma culture découle de sa propre source ancestrale.

J’encourage la découverte d’autres cultures, d’ici et d’ailleurs dans le monde. Je crois dans l’amitié entre les cultures. Mais je ne crois pas que l’évolution de mon identité québécoise dépende de l’interculturalisme ou d’interactions avec les différents groupes ethniques. Selon moi, l’identité d’une nation évolue quand sa définition gagne en clarté et qu’elle se précise dans sa réalité historique. Le passage de « Canadiens-français » à « Québécois » dans les années 70 illustre fort bien ce qu’est une évolution respectueuse de la réalité historique apportant clarté et précision. Autrement dit, l’évolution de l’identité québécoise ne peut pas autrement évoluer que dans son propre cadre, et non pas ceux des cultures immigrantes, si riches soient-elles et malgré tout le respect qu’elles inspirent.

À mes yeux, l’interculturalisme est pire que le multiculturalisme. Le multiculturalisme se définit ainsi : « coexistence de plusieurs cultures dans un même pays ». Autrement dit, chacun peut vivre dans sa propre culture, y compris sa propre langue. Bref, l’intégration au peuple hôte n’est plus utile. Avec le multiculturalisme, il s’agit uniquement de coexister. »

Avec l’interculturalisme, on espère davantage que la coexistence des cultures mais leur intégration en une nouvelle culture d’accueil. Les co-présidents demandent à tous les résidents du Québec, « les membres du groupe ethnoculturel majoritaire » et « les membres des minorités » d’accepter « que leur culture (les traditions, les référents identitaires) soit transformée à plus ou moins long terme par les interactions que suppose le régime. » (interculturel). Ce qui revient à souhaiter que toutes les cultures en présence sur le territoire québécois s’influencent les unes les autres et évoluent ainsi au fil de leurs interactions vers une nouvelle culture. En fait, les co-présidents nous disent que le seul moyen d’intégrer les immigrants à la société québécoise, c’est d’accepter de transformer notre culture. Ils laissent entendre la même chose aux immigrants : le seul moyens que vous avez de vous intégrer est d’accepter de transformer votre culture.

Je ne vois pas en quoi l’interculturalisme « assure ainsi une sécurité aux Québécois d’origine canadienne-française comme aux minorités ethnoculturelles, tout en protégeant les droits de tous, suivant la tradition libérale, » tel que mentionné à la page 121 du rapport. L’interaction n’apporte pas la sécurité lorsqu’elle vise la transformation des cultures en cause car toute transformation implique des pertes à force de négociations et de révisions, de réaménagements et d’adaptation. Personnellement, la sécurité que je recherche se trouve dans la préservation de l’identité et de la culture québécoise et non pas dans une transformation interculturelle qui risque de la diluer voir de la dénaturer.

Enfin, je me demande si une identité nationale, ça se partage. Je ne parle ici de l’identité nationale sous son aspect citoyenne mais sous son aspect historique et spirituelle. Qu’on le veuille ou non, l’identité nationale de l’immigrant prendra toujours racines en dehors de nos frontières, dans une autre nation avec une autre histoire et souvent une autre langue. À mon avis, l’identité nationale québécoise demeure l’apanage des Québécois de souche. Ce que nous pouvons partager avec les immigrants, c’est la citoyenneté, l’aspect légal de l’identité québécoise.

Les co-présidents de la commission écrivent : « Enfin, en instituant le français comme langue publique commune, il fournit un cadre de communication et d’échanges. » Dans la définition de l’identité québécoise, la langue est beaucoup plus qu’un simple outil de communication et d’échanges. Et elle dépasse largement l’espace public commun. En fait, la langue est le fondement même de la pensée et de la spiritualité de l’identité québécoise. C’est le vivre en français qui permet à l’identité québécoise de se formuler. Il ne suffit pas de parler en français dans l’espace public commun du Québec pour être Québécois. Seul le vivre en français permet à un immigrant de s’intégrer à la société québécoise. Mais cette intégration se limite généralement à la citoyenneté. Or, être Québécois, c’est beaucoup plus que de simplement être citoyen du Québec.

http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.129.htm

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys

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