Dans un texte récent, Claude Morin reprend ses thèses habituelles sur le référendum en le présentant comme seul moyen démocratique d’accession à l’indépendance. Claude Bariteau lui répond en mettant en évidence le caractère tout aussi démocratique de la voie électorale, en autant qu’on s’assure de l’appui d’une majorité d’électeurs par alliance, coalition ou question spécifique intégrée au bulletin de vote. C’est aussi ce que je défends dans mon livre "La nécessaire alliance". En effet, l’appui majoritaire est indipensable pour créer le rapport de force qui nous permettra de sortir du carcan constitutionnel canadien.
Toutefois, il faut rappeler avec force l’effet pervers de "provincialisation" des campagnes électorales introduit depuis l’élection de 1976 par l’approche "votez pour un bon gouvernement provincial maintenant, on vous fera un référendum plus tard". Depuis, la majeure partie des énergies du Parti Québécois ont servi à arriver ou à demeurer au gouvernement du Québec, cette démarche étant présentée aux militants comme moyen incontournable pour se placer en position de déclencher un référendum... un jour.
Ce n’est pas au congrès de 1974 que le PQ a décidé de cette approche puisque le programme de 1975 qui y fut adopté (j’étais conseiller au programme de l’exécutif à ce moment-là) disait ceci :
"« Un gouvernement du Parti Québécois s’engage à :
1. Mettre immédiatement en branle le processus d’accession à la souveraineté en proposant à l’Assemblée nationale, peu après son élection, une loi autorisant :
a) à exiger d’Ottawa le rapatriement au Québec de tous les pouvoirs, à l’exception de ceux que les deux gouvernements voudront, pour des fins d’association économique, confier à des organismes communs ;
b) à entreprendre, en vue d’atteindre cet objectif, des discussions techniques avec Ottawa sur le transfert ordonné des compétences ;
c) à élaborer, avec le Canada, des ententes portant notamment sur la répartition des avoirs et des dettes, ainsi que sur la propriété des biens publics, conformément aux règles habituelles du droit international.
2. Dans le cas où il lui faudrait procéder unilatéralement, assumer méthodiquement l’exercice de tous les pouvoirs d’un État souverain, en s’assurant au préalable de l’appui des Québécois par voie de référendum. »
C’est au moment de l’élection de 1976 que René Lévesque mit de côté le programme de son parti, créant ainsi le dogme du référendum obligatoire pour initier la démarche vers la souveraineté. Ce passage obligé doit être éliminé pour que cesse la dissociation de l’élection d’un Gouvernement souverainiste d’un appui à son option fondamentale. Un gouvernement élu de la sorte n’a pas de rapport de force pour enclencher une démarche vers la souveraineté, pour poser des gestes de souveraineté véritables (parfois contraires à la constitution canadienne imposée unilatéralement en 1982), pour utiliser les fonds publics pour faire progresser son option. Pendant ce temps, le gouvernement central, lui, se sent légitimé d’utiliser ses immenses surplus budgétaires, les pouvoirs prépondérants que lui confère la Constitution de 1982 et le contrôle des relations internationales pour défendre l’intégrité du Canada.
Éliminer l’obligation référendaire, c’est faire en sorte que chaque élection se gagne ou se perd suite à un débat sur le contenu de la souveraineté et l’indépendance du Québec, jusqu’à ce qu’un vote pour un parti indépendantiste, seul ou dans le cadre d’une alliance avec d’autres partis, permette d’entreprendre la démarche d’accession.
Il faut avoir le courage de prendre le risque, de perdre une élection tout en mettant tout en oeuvre pour la gagner. Perdre une élection, cela veut tout simplement dire que le peuple Québécois n’est pas prêt à entreprendre le début du voyage. Dans ce cas, pour paraphraser Jacques Parizeau, « on se crache dans les mains et on recommence ! »
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