Il s’agit de nous autres. Samedi le 22 septembre 2012, c’était la septième marche mensuelle depuis le coup d’envoi du 22 mars. La CLASSE a pris l’initiative de l’organisation d’une marche qui revendique ouvertement la perspective de la gratuité scolaire. Malgré les appels du pied à une trêve concertée, nous avons persisté contre vents et marées. Rien n’y changera rien : la gratuité scolaire devra être débattue un jour. Dénier un mouvement de la sorte, c’est s’exposer à une disparition éventuelle des espaces démocratiques pour s’exprimer de façon légitime.
Consciemment, le Québec a franchi un nouveau cap le 4 septembre dernier. Nous savions aussi que les autorités politiques étaient en proie au sentiment de vouloir rétablir l’ordre à tout prix. Ce serait mal juger des nécessités du présent contexte et les motivations qui animent les étudiants les plus engagés d’entre nous. Au sortir d’une grève qui s’est éternisée, nous étions de retour à la case départ. Contre la hausse, il serait maintenant question de troquer en faveur de l’indexation. Comment ne point être mû par la volonté indéfectible de manifester pour faire signe de notre désapprobation ? Et voilà que la police s’en mêle…
Arbitrairement, la police s’en est donnée à cœur joie dans les derniers mois du régime John James Charest et elle a de nouveau prolongé le spectacle samedi dernier. Que le gouvernement élève le ton, c’est une chose… Que la police s’autorise certaines libertés en matière de violence et d’intimidation sans discernement, nous montons de plusieurs crans dans la révélation d’une fracture sociale. Indéniablement, les pouvoirs en place sont titillés par l’envie de mettre fin au trouble social. Il nous faut toutefois prendre garde de radicaliser les étudiants déterminés à obtenir un règlement satisfaisant au litige qui nous oppose actuellement face au gouvernement Marois.
Il y a quelques mois et les marches se succédant, nous avons pu assister aux divers dispositifs de l’escouade anti-émeute du SPVM. Inopinément et toujours de façon délibérée, les policiers ont tenu à faire sentir leur présence dès le début du rassemblement des marcheurs au parc Lafontaine. Je n’osais pas penser que la revendication de la gratuité scolaire les interpellerait de la sorte. Quoi qu’il en soit, la résolution qui reposait au fond de chacun, chacune d’entre nous nous a poussé à poursuivre de plus belle au cœur de la marche pluvieuse.
Quelque part sur la rue Sherbrooke, les choses se sont corsées. Gagnant peu à peu le devant de la marche, j’étais rendu à la hauteur de la bannière rouge qui attestait en bonne et due forme de la gratuité scolaire. Je restai derrière cette bannière conformément aux bons conseils d’un dévoué de l’ASSÉ. Tout juste devant, les choses se sont échauffées au moment où l’escouade anti-émeute est venue en trombe pour prêter main-forte au policier fuyard qui venait tout juste d’asperger de façon indue certains manifestants. Je me rendais bien compte d’une vaste mise en scène destinée à épater la galerie. Notez bien : la dernière phrase ne récuse en rien le fait que la violence policière ne reposait sur rien de ciblé. Nous pouvons d’ailleurs le voir dans les nombreux vidéos et photos diffusés sur le Net.
Aujourd’hui même, il est irresponsable de laisser faire les policiers sans qu’une enquête indépendante des corps policiers fasse la lumière sur les agissements de certains policiers au cœur de la grève du printemps érable. Non seulement l’ASSÉ revendique la gratuité scolaire depuis belle lurette : deux partis politiques revendiquent de plein droit l’instauration de cette mesure, soit Québec Solidaire et Option Nationale. Par ailleurs, ces deux derniers partis étaient présents à la marche de samedi. Pour qu’une telle idée chemine au cœur des aspirations du peuple québécois, il nous faut garantir les possibilités qu’un tel débat s’instaure dans le présent et l’avenir d’un cadre social viable.
Au moment même de partir, je venais de remonter l’impasse pour revenir sur la rue Sherbrooke, m’arrêter à la hauteur des officiers de l’ASSÉ, apercevant au passage quelques sympathisants d’Option Nationale. Une intersection plus loin, certains policiers anti-émeute se rajoutaient à l’arsenal qui s’était mis en place. Sentant que le destin de la marche était scellé, je me résignai à prendre la voie de métro qui se présenta à moi. Un profond sentiment d’injustice se pointa en mon for intérieur. Le silence redoublant d’autant dans les médias, je m’adresse à vous pour exercer cette fonction de vigile constante. Ceci dit, je vous laisse sur ces deux derniers vers d’un poème :
« la paix d’une âme en tourment, // muée en* conscience d’une guerre d’hiver. »
* Ces deux derniers mots furent rajoutés lors de l’écriture informatisée de la deuxième version de mon poème suite à la marche.

