Même si la création de Québec Solidaire a fait un tort irréparable au PQ et à ses chances d’être majoritaire en divisant le vote souverainiste, j’ai quand même salué la première élection d’Amir Khadir. La présence de l’extrême-gauche au Salon de la race donne une nouvelle couleur aux débats, nous sortant sensiblement du blanc bonnet bonnet blanc des 40 dernières années. (Hormis la corruption, vous avez vu une grosse différence entre le Plan Nord à Pauline et la Plan Nord à Charest ? Le français à Montréal avec St-Pierre et le français à Montréal avec Lisée ? Les finances publiques à Bachand et les finances publiques à Marceau ? L’immigration ? La nourriture Halal ? Les piscines sexistes ? Équipe-Québec ? La Reine sur les 20 ? Rien n’a changé. Blanc bonnet bonnet blanc.)
Khadir charrie à l’occasion, beaucoup même (entre autres lubies Amir croit au complot du 11 septembre !), mais ça fait partie du personnage. Et du parti surtout. On est Québec Soso ou on ne l’est pas. On est anti-américain ou on ne l’est pas. On est anti-Wall Street ou on ne l’est pas. On est de gauche ou on ne l’est pas.
Le printemps dernier, le pauvre Amir a tellement charrié que les camarades ont été obligés de le reléguer sur les banquettes-arrières pour faire place à l’arrivée de la co-cheffe, étonnante gagnante du débat des chefs.
La gogogauche représente 5 à 6% de la population du Québec ; il est normal qu’elle ait ses deux banquettes à Québec et qu’on discute à l’occasion de son agenda. Quitte à en rire un peu. Du transport en commun gratos. Des universités gratos. Des retraites plus élevées. Le salaire minimum à 13,37$ et le revenu minimum garanti à 12k par année. Tout le monde est pour un monde meilleur. Pas juste Amir et Françoise.
http://www.quebecsolidaire.net/wp-c...
Le grand vide au Québec est de l’autre côté du spectre politique. La droite existe bien sûr, la droite économique. Grâce au p’tit Mario, elle a son parti depuis une quinzaine d’années, depuis qu’il a fermé sa shop constitutionnelle pour ouvrir un dépanneur conservateur, d’abord alimenté par les radios-poubelles de Québec, puis nourri généreusement par la classe moyenne du 450, tannée d’être jammée sur les ponts et "de payer pour des services pourris", dit-elle. Lorsqu’elle a le temps de prendre la parole, entre le boulot et la garderie, le shopping et le souffleuse, la piscine et l’aréna.
La grosse droite fédéraliste est toujours bien en place au PLQ déchu. Le bon docteur Couillon s’apprête d’ailleurs à en prendre grandement soin. Elle est souffrante la pauvre et contaminée de bord en bord par la mafia et la Ndrangheta.
La droite morale, peu présente au Québec, a trouvé refuge dans le parti d’Harpeur. On la voit parfois dans une manif contre l’avortement, en ligne derrière Marie et le p’tit Jésus. Mais elle n’est pas très sorteuse. Trop pieuse.
C’est la droite identitaire qui est toujours orpheline. La droite nationaliste classique est absente du débat depuis un bon demi-siècle, depuis la mort du cheuf. Ne reste de cette époque pré-révolutionnaire que le crucifix à l’Assemblée nationale que le p’tit André, en pleine crise des accommodements raisonnables, voulait faire sauter.
Depuis la fin des années 60, tout le discours nationaliste (généralement à droite dans le monde industrialisé) a été dans les mains de la gauche, du PQ qui a marié la social-démocratie scandinave aux mouvements de libération nationaux du tiers-monde. Avec le flop qu’on connait. Près d’un demi-siècle plus tard, on est toujours à des années-lumière du pays. Pauline, pourtant enfin au pouvoir (elle fut longue la route...), assise sur plus de 70 milliards de dollars, n’ose même pas prononcer le mot pays en public. C’est pitoyable. Une honte. Passons.
La social-démocratie, par contre, reprise dans ses grandes lignes par le PLQ (blanc bonnet bonnet blanc), n’a pas si mal fonctionné, même si elle est due pour un aggiornamento, ce sur quoi d’ailleurs carbure la CAQ à Legault qui a repris le show de Mario, en le montréalisant, ce que le p’tit gars de Cacouna n’avait jamais réussi.
Depuis un demi-siècle donc, la gauche s’est approprié du projet souverainiste ; la droite est rentrée dans le rang. Elle a fermé sa gueule au nom de la solidarité nationale. La cause avant tout. Tant pis si c’est à gauche. Après on verra.
Ça a fait rager les Jean Garon, Joseph Facal, Jacques Léonard, Jacques Brassard et les autres. Mais elle a fermé sa yueule. C’est curieusement la gogogauche qui a quitté le bateau en premier ! Ste-Françoise d’Outremont, qui n’a pas eu assez de pain et de roses dans son plateau doré, a décidé de partir son sideshow au tournant du siècle. Une version moderne des cocos de 68, avec une grosse sauce verte du 21e pour faire passer le plat principal.
Ces bonnes gens, pleins de bonne volonté, qui défendent la veuve et l’orphelin, croient à un monde sans injustice, sans banques voraces, sans crosseurs et super riches. Un monde sans usines polluantes, sans autos qui puent. Sans exploitation des travailleurs. Sans racisme, sexisme et autres discriminations. Ça en prend de ces bonnes gens.
Mais qui parle d’identité au Québec ? De la nation ? De démographie ? D’immigration ? De criminalité et d’immigration ? Ce sur quoi carbure la droite identitaire en Europe.
On se passionne pour la pauvre Indienne violée dans un bus de Delhi, mais on se fout de nos gamines de 14 ans violées par 5 membres d’un gang de rue dans un motel minable et forcées de se prostituer pour payer sa dette de droye !
Qui pleure cette Gaspésienne tuée la semaine passée par un Latino ? Qui pleure ce p’tit gars de 18 ans tué à Gatineau en fin de semaine par un Arabe ? http://www.lapresse.ca/le-droit/act...
Qui s’occupe de cette dame agressée par un Iranien qui venait tout juste de sortir de prison et que le Canada n’arrive pas à déporter ? http://news.nationalpost.com/2013/0...
On n’en finit plus de nous casser les oreilles avec la saga d’Omar Khadr, mais qui parle de ces centaines de Québécois qui pourrissent dans des prisons misérables aux quatre coins du monde ?
Qui aide cette famille dont le frère vient d’être trouvé mort en Haiti et que la famille soupçonne d’avoir été volé et assassiné ? http://www.journaldequebec.com/2013...
Qui parle de nourriture halal ? Du casher dans les 3/4 de notre assiette, de Gaspé à Gatineau ? De la ghettoïsation de Cote-des-Neiges ? NDG ? St-Léonard ? De la ville la plus voilée du continent ? De l’ile, où on est maintenant minoritaire (c’est quand la dernière fois que vous avez pris le métro ?). Et de son maire anglophone qui massacre le français ? De Laval qui s’anglicise itou ? On rit plus : Laval !!!! De l’échec scolaire des nouveaux arrivants ? Des politiques d’embauche discriminatoires contre les Québécois d’origine dans les services publics ? Et j’en passe.
Aucun politicien (surtout les Péquistes !) n’ose toucher à cela, même avec une perche de 15 pieds. Ils ont tous peur de se faire traiter de LePen (l’insulte suprême !), d’avoir la peste, d’être excommuniés par la confrérie des bien-pensants qui est d’une intolérance totale vis-à-vis les déviants.
Quant aux médias, ils parlent de tous ces sujets ici et là, mais ils ne font pas de liens. Et ils s’autocensurent très fort. Il n’y a jamais de reprises politiques, personne pour reprendre le dossier et changer les choses en amont. On ne remonte jamais la filière, la cause du problème.
Bref, il y a de la place au Québec pour un parti identitaire comme on trouve partout en Europe (il fait 23% en Finlande !!!). Un parti qui rentrerait, tête baissée, dans toute cette rectitude qui stérilise les débats depuis 20 ans, les empêchant en amont. Qui nous impose son vocabulaire (minorités visibles, minorités racisées, premières nations, pure-laine), ses politiques (embauche discriminatoire, cotas démesurés d’immigration, développement durable, altermondialisme, censure et autocensure), ses valeurs (multiculturalisme, citoyenneté, vivre-ensemble,cosmopolitisme), ses causes (la sacro-sainte cause environnementale. Gaya qui surchauffe, les nounours blancs qui risquent de se noyer, les baleines bleues qui agonisent sur les plages, le réchauffement de la planète, le recyclage miraculeux), ses combats (Khadr, les carrés rouges, les sables bitumineux, Kyoto, la Palestine ! Haïti !) en foulant tout ce qui est racine et identité nationales, tout ce qui est terroir. Tout ce qui est blanc et catho. Surtout catho. Les autres oui. Nous autres non. Le voile oui, le crucifix non. Foi d’André.
Si je me fie à ce qui se passe en Europe et à la crise des accommodements raisonnables qui a permis à l’ADQ de bondir de 20 à 30% d’un seul coup en 2007, un tel parti pourrait aller chercher 10% facilement (le double de Québec Soso). Évidemment, ce serait catastrophique pour le PQ et mènerait à sa mort, un peu comme le pauvre Bloc qui a été doublé, lui aussi, sur son flanc gauche par le NPD (ah cette belle gauche si fiable, si pure, si....solidaire !). Ce qui nous ramène au problème de base.
Le PQ-à-Pauline va nulle part. Le Québec (politique) va nulle part. Et notre peuple est en danger plus que jamais, noyé sous l’immigration, le métissage et l’anglicisation de la grande Ile. Que faire ? Tout est jammé. ON COULE et personne ne bouge.
Quitter le bateau, et partir un sideshow identitaire, comme la gogogauche a fait au début du siècle ? Ou mourir avec le PQ-à-Pauline qui nous mène nulle part ?
