Le Devoir publie en ce jour caniculaire du 18 août 2009, un texte de Christian Lamontagne, intitulé Pour l’aggiornamento du Québec qui, sur les deux dimensions du papier, trace un portrait de la situation multidimensionnelle socio-politique du Québec afin d’en dégager une perspective d’avenir qui permettrait de passer outre la situation de blocage décrite dans l’exposé. Le parcours de l’auteur et le fait qu’il soit un observateur attentif et engagé du Québec méritent qu’on s’y attarde ne serait-ce que parce qu’il exprime une vision du Québec écologiste et alternatif qui s’est développée en marge du débat politique et qui pense ainsi régler le problème politique en l’ignorant, ce qui est tout le contraire de leur démarche écologiste et alternative pourtant. D’où l’erreur de perspective.
Christian Lamontagne, Journaliste à l’Agence de presse libre du Québec en 1971, cofondateur du magazine Le Temps Fou en 1978 et fondateur du magazine Guide Ressources en 1985. En 1998, il a fondé le site Internet Passeport Santé http://blogue.passeportsante.net/christianlamontagne (Réseau Proteus), où il travaille toujours.
L’avalée des avalés
Les lois de la perspective découvertes à l’époque de la Renaissance italienne, ce premier Risorgimento italien, ces lois qui permettent de donner en deux dimensions l’image d’une réalité en trois dimensions, ce qu’a ensuite reproduit la photographie et le film et qui nous font maintenant n’avoir pas à nous creuser le génie pour connaître ces lois, impliquent l’invention d’un point de fuite auquel se réfèrent toutes les lignes autrement parallèles qui se trouvent ainsi déformées par notre œil pour en faire une image à deux dimensions. Ici, appliqué à tracer son portrait, c’est comme si le peintre avait été avalé par le point de fuite.
Aujourd’hui c’est canicule, on peut simplement contourner le problème et aller se baigner ou se réfugier là où on aura climatisé l’air ambiant. D’autres pourront en profiter pour démontrer l’impact du réchauffement planétaire. Il nous faut donc nous attaquer au problème nous diraient-ils. Climatiser oui, mais pas au prix d’accroitre la progression des bouleversements climatiques.
Paradoxalement, l’auteur n’applique pas à la politique nationale, la même politique qu’il applique à l’écologie. Il privilégie la fuite en avant de l’ignorance des causes du problème. C’est le paradoxe de la perspective. On a l’impression de trois dimensions, mais ce n’est qu’un leurre.
Équation à données circulaires = ERREUR !
« Il y a si longtemps que la vie politique québécoise gravite autour du débat sur le statut politique du Québec qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse en être autrement tant que la question ne sera pas résolue. Mais elle ne semble pas près de l’être… »
Erreur de perspective… Celle de l’échelle humaine. Il y a si longtemps qu’on pollue, qu’on se nourrit mal, « qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse en être autrement tant que la question ne sera pas résolue. » Une équation à données circulaires… qui ne peut ne donner qu’un résultat : ERREUR !
En matière d’écologie cela veut-il dire qu’il nous faut un Aggiornamento qui repousse à plus tard le fait de mieux manger, et de moins polluer, sous prétexte que notre dynamisme viendra à bout de tout ? Bien sûr que non !
« … si les souverainistes n’ont pas atteint leur objectif, les fédéralistes n’ont pas réussi à disqualifier et à marginaliser leurs adversaires. »
Or l’auteur décrète que la question ne lui « semble pas près de l’être ». Ainsi, si les écologistes par translation « n’ont pas atteint leur objectif », faudrait-il pour autant cesser d’en parler, d’autant quand on observe que les insouciants et irresponsables malgré leurs efforts « n’ont pas réussi à disqualifier et marginaliser » les écologistes ? Vraiment 1 ?
Un « Aggiornamento » qui est en fait un « Ajournement »
C’est tout le contraire de la fuite en avant qu’il nous faut, autant en matière d’écologie et de santé. Une fuite, un « Ajournement » qui compterait sur un Risorgimento du « grand mouvement d’énergie collective qui a traversé le Québec entre 1960 et 1980 ». C’est la pensée magique que s’empresse de ne pas engager l’écologiste partisan des médecines alternatives. Aussi, l’auteur nous dit que nous ne pourrons avoir prise sur le réel qui nous mène à la destruction de la vie sur terre « qu’en discutant des défis présents et à venir ». Ce qu’il nous dit pas utile en matière politique...
Pour parvenir à ne pas considérer la question nationale comme il considère les problèmes climatiques et de santé, l’auteur tente de prouver que « la souveraineté n’apparaît pas comme une condition nécessaire pour faire face aux défis actuels et futurs, qu’ils soient internes ou externes. » C’est la thèse de vrais problèmes versus les faux…
Or, quels sont les vrais problèmes ? Pour d’aucuns, c’est le développement économique, l’écologie passe en dernier. Les écologistes répliquent, nier le problème n’est pas la solution. Tout est dans tout.
L’aggiornamento proposé consiste à « être plus en phase avec la société moderne et à prendre en compte ses évolutions les plus récentes. »
Aggiornamento
« « Aggiornamento » est un terme italien signifiant littéralement mise à jour. Il fut utilisé à la fois par les évêques et les médias pendant le concile de Vatican II (1962-1965) pour désigner une volonté de changement, d’ouverture, de modernité (acceptation des idées du monde moderne caractérisé par le libéralisme). «
« Plus généralement, par extension, le terme « aggiornamento » fait référence à une actualisation, une mise à jour de connaissances, de point de vue, de doctrine spirituelle, intellectuelle ou politique, visant à être plus en phase avec la société moderne et à prendre en compte ses évolutions les plus récentes. »
Comment cesser de chercher « à obtenir un statut politique [ supposé ] pratiquement sans effet sur [ la ] solution » des « défis présents » peut-il être en phase avec la « société moderne » ?
Nous vivons dans une État du Canada qui n’a jamais obtenu le OUI qui le validerait. Cet État illégitime du Canada ne parvient à s’imposer depuis 250 ans, que de force et d’autorité autocratique en fédérant les NON à l’État valide et légitime du peuple souverain du Québec. Les partisans de tel État d’un Canada canadianisateur du Québec n’hésitent pas pour y parvenir à proférer des menaces de représailles économiques, sociétales, culturelles et politiques. Comme le font les partisans négationnistes d’un réchauffement climatique « naturel ».
La modernité et le fait d’être en phase avec elle, commanderaient de cesser de vouloir de se mettre au diapason des critères démocratiques modernes qui ne serait qu’en Europe s’appliquent, mais qu’il ne faudrait pas appliquer ici, ou qu’il vaudrait mieux en ajourner l’avènement ? Vraiment !?
La souveraineté du peuple n’est pas un principe moderne ? C’est périmé !? Si ce n’est l’est pas, elle vaudrait pour les autres, mais pas pour nous. Le fait d’être sous la contrainte de la menace n’a d’incidence sur le déploiement d’un « grand mouvement d’énergie collective ». Nous pouvons mettre en place une société à développement durable sur de telles bases de coercition.
Toute cette propagande du complexe techno-énergico-pharmaco-médico-industriel qui a nié le fait que le réchauffement planétaire était un fait de l’activité humaine, nié que la pollution, les gras-trans, les produits chimiques, les OGN sont parties essentielles de nos maladies, doit être ignorée, jamais combattue. À lui seul un « grand mouvement d’énergie collective » pourra contrer ce négationnisme délétère ?
Pourquoi ce qui est bon pour l’écologie et la santé devrait en matière politique être ignoré au profit d’un jovialisme inconséquent ?
La preuve de nécessité – La preuve de cécité
« [ La souveraineté nécessaire ] ne le deviendra que si le Québec est empêché de relever [ les défis actuels et futurs ] à cause de son appartenance au Canada. »
Toute la question est là… Or, justement, le Québec « n’appartient » pas au Canada. Il ne saurait être tenu pour « appartenir » au Canada. Du moins pas tant qu’il n’obtient pas le OUI qui le validerait.
Le Québec n’est pas la propriété du Canada. Le Québec n’a pas été objet de « Cession », comme le prétend le Vice-Roi très moderne John Ralston Paul. Nous avons plutôt bel et bien été Conquis. Un peuple n’est pas un objet de propriété et ne peut « appartenir » au Canada.
Comment un peuple démocratique et souverain « moderne » pourrait-il être objet de Cession ? Est-ce là l’Aggiornamento qu’il nous faut ? C’est ça la modernité à laquelle il nous faut nous mettre à niveau : le peuple souverain appartient de force et d’autorité à un État qui est l’autocratique autorité suprême contre l’avis même du peuple souverain qui jamais n’a approuvé nommément tel État abusif et illégitime ? Ce déni qui nous ferait passer outre est bien ce qu’il nous faut pour relance « grand mouvement d’énergie collective » ? Vraiment !?
Dissociation cognitive
La dissociation cognitive qui tente d’opposer développement économique VS écologie, nutrition et santé, a trouvé son contradicteur dans le « développement durable ». L’Aggiornamento proposé ici et qui est plutôt un ajournement, n’est pas la solution. Il abonde dans la dissociation qui nous ferait capables de tolérer un abus d’autorité handicapant en le niant. Ce déni est le même miroir handicapant que celui qui veut que l’activité humaine ne soit pas déterminante dans le réchauffement climatique.
L’activité humaine ne peut pas tolérer la contrainte d’un État de menace de représailles sans entamer le souhaité Risorgimento ( Vigile-2009 08 18-Gilles Bousquet-Pour l’aggiornamento du Québec-) de notre « grand mouvement d’énergie collective » québécois.
Christian LAMONTAGNE doit remettre sur le métier son ouvrage politique, comme il l’a fait si brillamment en matière d’écologie et de santé. Comme doivent le faire les « Aggiornamentistes » qui n’ont pas attendu son énoncé pour y adhérer. En fait, M. Lamontagne ne fait que tracer le portrait d’une mouvance québécoise alternative qui depuis longtemps a fait de leur perspective tronquée et de son point de fuite attractif, leur vision déformée et partielle de l’activité humaine. Parce qu’ils ont pu, croient-ils, évoluer dans un parfait environnement, libre de toute contrainte et faire avancer leurs causes. Sauf que, c’est bien ce qu’ils combattent par ailleurs. Notre environnement nous semble encore fort tolérable… mais ce n’est qu’un leurre si nous ne faisons rien pour changer les règles qui prévalent actuellement. Celui d’un manque de perspective…
Pour un vrai Aggiornamento qui n’est pas un ajournement
Un vrai Aggiornamento, en lieu et place de la dissociation cognitive, mettrait en relation la capacité d’un peuple démocratique et souverain de renouer avec un « grand mouvement d’énergie collective » capable de nous donner les moyens de nous attaquer aux problèmes actuels qui menacent la survie humaine, parce que nous aurons su faire la même mise à niveau démocratique en faisant de l’État autocratique abusif qui nous gouverne, un État démocratique valide et légitime en lieu et place d’un État de contrainte et de menaces de représailles, toutes enfarges qui ne sont pas le propre d’un État de liberté.
Pour peu que la liberté des peuples de disposer librement d’eux-mêmes soit bien toujours « moderne », va sans dire…


