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Éloge de la langue anglaise
Julius Grey
Le Journal de Montréal
lundi 25 février 2008


Le calvaire par lequel vient de passer Pauline Marois pour avoir dit la vérité est désolant. En effet, la connaissance de l’anglais est nécessaire pour une carrière réussie en Amérique du Nord. L’État québécois doit offrir à chaque enfant, quelle que soit son origine, l’opportunité de l’apprendre. Il est aussi absurde de penser que l’exécution de ce devoir transforme le Québec en État bilingue que de soupçonner Mme Marois de vouloir trahir le français.

En réalité, les avantages du bilinguisme individuel dépassent de loin la nécessité indéniable de baragouiner l’anglais pour fins d’emploi. L’anglais comme le français nous apporte une grande littérature, une culture et une façon de comprendre la vie. Son apprentissage a donc une valeur intrinsèque indépendante de l’aspect économique et nous sommes chanceux que notre situation géographique et démographique permette à chacun d’en bénéficier.

Ceux qui veulent limiter l’apprentissage de l’anglais ou diminuer sa qualité au nom d’un unilinguisme dogmatique ressemblent aux membres des groupes religieux qui essaient d’abriter leurs ouailles des études en biologie ou en religion comparée ou bien à ceux qui veulent transformer l’enseignement de l’histoire en propagande pour un peuple ou une idéologie. Soulignons-le, il est toujours bon d’étudier et quand il s’agit d’un des piliers de la civilisation occidentale comme l’anglais, il faut plutôt manifester notre enthousiasme que notre inquiétude.

Il est vrai qu’il est théoriquement aussi enrichissant d’étudier l’allemand ou l’espagnol, mais notre histoire et notre économie nous obligent à privilégier l’anglais. Par contre, nous pourrions bien ajouter une troisième langue quelques années après.

Ceux qui consacrent leur vie à la préservation d’une seule culture figée dans son état d’aujourd’hui sont condamnés à l’échec. Les cultures n’ont pas de contenu précis, elles changent, elles évoluent, elles sont différentes d’un individu à l’autre. Depuis belle lurette, l’anglais fait partie de la nôtre. L’État accomplit son devoir quand il fait du français notre langue commune et notre langue officielle. Par contre, l’institution d’un unilinguisme systématique serait une menace à notre liberté intellectuelle et une injustice envers les élèves que nous devons instruire.

LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE PROTÉGÉ

Certes, la fragilité du français demeure incontestable. Tout en encourageant l’anglais, nous devons donc continuer à appliquer les mesures de protection du français. L’État doit demeurer résolument français. Notre vie professionnelle et économique doit se dérouler en grande partie en français. La liberté de choix en matière scolaire ne peut être permise, sauf dans les cas ou programmes exceptionnels. Il y a même quelques nouvelles mesures auxquelles nous pourrions songer. D’une part, le français devrait être enseigné non seulement comme langue mais comme grande culture avec beaucoup d’accent sur la littérature, le cinéma et les traditions musicales. Ceci augmenterait le désir de se franciser chez les immigrants et améliorerait la qualité de la langue.

D’autre part, nous devrions établir des écoles secondaires ouvertes à tous et fonctionnant à 75% ou 80% en français. Ainsi, tous pourraient s’intégrer et se fondre dans une culture essentiellement française sans perdre l’opportunité de connaître l’anglais et d’apprendre plusieurs matières, y compris l’histoire en anglais de temps en temps.

Le Québec n’accepte pas l’idéologie du multiculturalisme. Nos buts naturels sont l’intégration, le métissage et l’utilisation du français comme langue commune. Cependant, la société solidaire qui émerge de ce processus doit être ouverte et ne jamais réprimer le savoir ou la beauté. La partie anglaise de notre héritage appartient à tous les Québécois et non seulement aux anglophones et tous ont le droit d’en bénéficier.



Source
http://www2.canoe.com/infos/chroniques/juliusgrey/archives/2008/02/20080225- (...)

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