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« Le nationalisme, c’est le contraire de la démocratie : c’est opposer aux
droits de l’homme le devoir d’assurer la survie de l’ensemble dans des
termes-qu’il est interdit de discuter. »
(René-Daniel Dubois, La Presse, 2
février 2008)
« Je m’élève contre la conception [...] qui veut qu’il y ait un héritage
fondateur aux sociétés [...] parce que l’histoire montre qu’il n’en est
rien. Les sociétés sont au contraire en continuelle évolution, au même
titre que le sont les cultures et les identités. »
(Jocelyn Létourneau, Le
Devoir, 6 novembre 2007)
***
Ces deux citations sont extraites de deux charges pour le moins virulentes dirigées contre le nationalisme, cette maladie honteuse qui affligerait grandement la société québécoise francophone, un nationalisme débilitant, rétrograde, une grande noirceur quoi. De la plume de Dubois, on ne peut s’attendre à quelque chose de trop pondéré. Par définition, un pamphlétaire ne s’enfarge pas dans les nuances parce que cela risque atténuer son argumentation. Par contre, du crayon historien de Létourneau, on se serait attendu à plus de mesure. N’est-ce pas le propre de l’historien de faire la part des choses ?
Ces deux cris ont aussi en commun une sorte d’incapacité à ne voir autre chose qu’un fléau dans le nationalisme, une sorte d’impuissance à distinguer le nationalisme défensif et conservateur d’avant 1960 de celui issu de la Révolution Tranquille comme si tous les deux, ils étaient restés fixés au constat du »citélibriste » Trudeau qui n’avait sans doute pas remarqué que Duplessis était mort en 1959. Il s’agit du même Trudeau qui tout en vilipendant les méchants nationalistes s’appliquait paradoxalement à créer artificiellement un authentique nationalisme « canadian ». La dette publique canadienne s’en rappelle.
Le nationalisme naît de la privation de quelque chose, de l’humiliation, de l’oppression, de l’exclusion, de l’exploitation. C’est une réaction. C’est le réveil des particularismes face à une volonté d’hégémonie. Les Étasuniens n’ont pas à être nationalistes, ils sont impérialistes. Les Anglais n’ont pas développé de sentiment nationaliste, le soleil ne se couchait jamais sur leur Empire. On pourrait dire la même chose, à des époques différentes, de la France, de l’Espagne, de l’Autriche-Hongrie, de l’Empire Ottoman. Les guerres napoléoniennes, plus que toute autre chose, ont grandement stimulé l’émergence de sentiments nationalistes en Europe. Le nationalisme allemand, celui qui a fait tant de dommage et auquel on cherche parfois de manière vicieuse à nous identifier, trouve sa source dans le traité de Versailles quand les vainqueurs de 1919 ne se sont pas contentés d’abattre l’ennemi mais aussi de le piétiner, de l’enfoncer. Il ne manquait alors qu’un élément catalyseur pour tout faire sauter. Hitler est donc une création des vainqueurs de Versailles comme Saddam Hussein a été une créature des États-Unis.
Que dire du Québec ? Il y a des peuples qui ont été beaucoup plus opprimés que nous. Il faut en convenir. Gardés subalternes pendant le régime français, la conquête anglaise n’a rien changé à cet état de chose. Ils ont continué à nous exclure jusqu’au jour où ils ont eu besoin de nous dans leur affrontement avec leurs Treize Colonies. Pendant qu’ils accaparaient l’essentiel du pouvoir économique, ils ont fait mine de nous donner un pouvoir politique en nous octroyant un droit de vote qui ne voulait rien dire. Quand les Patriotes ont cherché à obtenir des institutions vraiment démocratiques, ils ont été écrasés et est revenue sur le tapis cette volonté de nous mettre en minorité pour nous assimiler. Minoritaires, nous le sommes devenus. Notre nationalisme est né de cette nouvelle tentative d’assimilation de 1840. Oui, il en a été un de repli. Oui, il était carrément défensif. Il était même clérical et conservateur et ce jusqu’en 1960 où il a plutôt évolué vers un natioanlisme d’affirmation, d’ouverture sur le monde et d’accueil.
Voilà où réside le problème des pourfendeurs du nationalisme. Ils sont incapables de concevoir que l’on puisse défendre son héritage tout en évoluant, que l’on puisse s’affirmer tout en s’ouvrant. C’est l’héritage le plus pernicieux et le plus persistant du discours passéiste de Trudeau sur le nationalisme, discours que son rejeton continue à nous seriner ad nauseam. Mais il n’est pas le seul. Dubois et Létourneau s’appliquent tous les deux à identifier le nationalisme actuel comme une menace, comme “le grain duquel ont germé les autoritarismes politiques les plus abjects.” (Létourneau) Et Dubois de renchérir : “Le nationalisme, c’est une manière de maintenir sur la place publique une et une seule vision de ce que peut être la vie en commun : celle dans laquelle, par le recours à la notion de menace, la population est sommée d’obéir à des élites qui [...] sont les seules à avoir le droit de parler, [...]. “ Le nationalisme est donc du totalitarisme pur si l’on interprète sa pensée.
Il me semble qu’il n faut pas avoir été un observateur bien perspicace du Québec moderne pour y aller de tels avancés. Comment peut-on affirmer sans sourciller avec Létourneau qu’il n’y a pas d’héritage fondateur pour les sociétés ? Comment poser comme un dogme qu’un tel héritage puisse éliminer l’évolution ? Comment ajouter qu’il y a des évidences historiques qui nuisent à l’essor des cultures ? Dans la bouche d’un historien, ces propos sont plutôt troublants. Il faut être un peu débranché quand on affirme comme Dubois que le nationalisme au Québec est essentiellement défensif. C’est occulter l’histoire du Québec depuis 1960. Comme le nationalisme se nourrit d’une menace, Dubois prétend qu’il n’a pas avantage à ce que les problèmes se règlent s’il veut perdurer. Il ne lui vient même pas à l’idée que peut-être l’indépendance acquise, ce nationalisme n’aurait pas autant sa raison d’être. Dubois prétend même que le nationalisme peut mener à la mort ce qu’il prétend défendre. On peut alors légitimement se demander ce qu’il attend pour devenir un nationaliste militant pour pouvoir enfin contribuer à sa mort.
Au contraire, on peut très bien construire autour d’un héritage fondateur tout comme on peut modifier et améliorer une construction en gardant intactes les fondations. Le Canada ne se construit-il pas sur l’héritage de 1867 ? Aux nouveaux arrivants, il faudrait dire : Voilà, c’est notre histoire. Nous ne sommes pas plus intelligents que les autres peuples. On a fait des erreurs, réalisé des bons coups. On a vécu des épreuves et on a connu de bonnes phases. Nous avons déjà plusieurs chapitres d’écrits, voulez-vous rédiger les suivants avec nous ? Voulez-vous les enrichir de vos expériences et de vos sensibilités ? Et eux, ils devraient être conscients qu’ils montent à bord d’un véhicule qui roule depuis bien longtemps. Ils seront peut-être plus en mesure de nous comprendre, de saisir notre cheminement. Ils n’arrivent pas en l’an 1 de la nation. Cela n’impliquent pas qu’ils doivent faire le vide complet de ce qu’ils sont. Évidemment, cette situation souhaitable est impossible dans le contexte politique actuel.
Se rappeler, se souvenir, refuser d’oublier, ce n’est pas se complaire dans une geignarde victimisation. Ce n’est pas non plus s’appliquer à ruminer une quelconque revanche. C’est bien plutôt assumer ce que l’on a été et réaliser ce qu’on est devenu. Qu’on le veuille ou non, ce qu’on a vécu façonne grandement ce que l’on est. Messieurs Dubois et Létourneau tiennent sûrement à leur histoire personnelle. Ça leur appartient, c’est unique et ça explique en partie ce qu’ils sont. Pourquoi en serait-il autrement pour les collectivités ? Occulter le moindre détour, le moindre recoin, tordre la réalité pour la faire entrer dans une schématisation excessive bardée de concepts abstraits, c’est agir comme l’enseignement de l’histoire qui tend présentement à se répandre, c’est polir un miroir déformant de notre mémoire collective, c’est une quête de l’insipidité cachée derrière le noble objectif de l’éducation à la citoyenneté. Bref, c’est comme participer à une oeuvre de déracinement annonciatrice d’une amnésie débilitante. C’est se culpabiliser en s’excusant d’exister.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
« Le nationalisme, c’est le contraire de la démocratie : c’est opposer aux droits de l’homme le devoir d’assurer la survie de l’ensemble dans des termes-qu’il est interdit de discuter. » (René-Daniel Dubois, La Presse, 2 février 2008)
M. Dubois n’a que le mot "nationalisme" à la bouche, le "nationalisme" européen oui qui a causé du trouble ! Évoque-t-il jamais le mot "patriotisme" ? Hmmm... on en doute.
Pour ce qui est de la distinction entre nationalisme ethnique et nationalisme civique, ça non plus il ne semble vouloir la définir !
Parle-t-il aussi de ce nationalisme pancanadien (faussement multiculturel) renforcé à coups de centaines de millions de dollars ?

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