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Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé...
Robert Barberis-Gervais
Le Soleil (Opinions)
lundi 18 août 2008      4 messages


Le directeur du 400e de Québec Daniel Gélinas, ancien administrateur du Festival d’été de Québec, pourra se vanter d’avoir réussi deux coups hors du commun en réussissant à faire venir à Québec l’ex-Beatle Paul McCartney et Céline Dion. Les centaines de milliers de spectateurs de ces deux spectacles ont vécu ou auront vécu une expérience extraordinaire sans avoir à payer un sou sinon par nos taxes qui ont financé ces deux événements.

Ne jouons pas au casseux de party et félicitons franchement Daniel Gélinas d’avoir projeté Québec au niveau international, même si, comme il l’a été suggéré, Serge Fiori, sur les Plaines d’Abraham aurait fait planer de façon grandiose toute cette masse humaine friande de poésie et de musique et aurait pu bénéficier du gros budget qui était à la disposition de Daniel Gélinas.

La constatation que deux groupes québécois très populaires à Québec ne chantent qu’en anglais m’a attristé. Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé aussi et je veux les rapporter parce qu’ils m’apparaissent très révélateurs de la paranoïa vécue par les organisateurs d’un anniversaire subventionné par Ottawa qui a donné 40 millions $ pour financer les fêtes et 70 millions $ pour améliorer les infrastructures de la belle ville de Québec.

Les obsessions péquistes...

À propos de ce qu’il est convenu d’appeler la controverse autour de la venue de l’ex-Beatle qui a donné lieu à une déformation des faits par les journalistes d’une déclaration de Luc Archambault, Daniel Gélinas a eu un cri du coeur et a parlé des obsessions péquistes sans doute parce que Pierre Curzi avait signé. À cette expression d’irritation du promoteur, il faut ajouter son commentaire à propos du geste de Paul McCartney de brandir un drapeau fleurdelysé bleu et blanc du Québec sur la scène de son spectacle et de l’agiter magnifiquement devant une foule criant son plaisir de voir le drapeau du Québec enfin mis de l’avant et pas par n’importe qui, par un des membres des Beatles dont la musique a une jeunesse éternelle.

Sans qu’on le lui demande, le lendemain en conférence de presse, le triomphant Daniel Gélinas a insisté pour dire que le drapeau du Québec dans les mains de l’ex-Beatle à Québec, « ce n’est pas politique ».

Si vous regardez le vidéo sur YouTube, vous verrez la jubilation de Paul McCartney et la jubilation de la foule. Or, ça me semble une évidence, l’ex-Beatle qui parle français et brandit un immense drapeau du Québec, c’est politique, et ça a une signification politique comme le Vive le Québec libre du Général De Gaulle sur le balcon de Hôtel de ville de Montréal en 1967. Jean Drapeau, comme Daniel Gélinas, avait tenté, en vain, de minimiser la portée politique des paroles du Président de la France.

Chapeau Lepage !

Je suis allé à Québec. Le service de navette en autobus à partir de l’Aquarium est une très bonne idée. La splendide Fontaine de Tourny était faite pour embellir les devants du Parlement : au soleil, avec les reflets de l’eau, c’est une merveille. Le Moulin à images de Robert Lepage, je l’ai vu deux fois situé à deux endroits différents avec vue en plongée puis près du bassin Louise. Chapeau Lepage et toute ton équipe. C’est une magnifique réalisation technique avec un contenu irréprochable faisant le tour de l’histoire des événements qui sont survenus dans la ville de Québec.

Quant à l’exposition Le Louvre à Québec, ça m’est apparu comme un gros marché aux puces avec 275 objets disparates dont le seul lien est qu’ils provenaient du Louvre. Avec, en prime, devant le Musée, le monument en l’honneur de Wolfe, le vainqueur anglais de la bataille des Plaines d’Abraham.

À cause du financement fédéral, pour dépolitiser la fête, c’est-à-dire pour empêcher les nationalistes québécois de faire progresser leur option indépendantiste, les organisateurs du 400e ont décidé de présenter une série d’événements, des événements-spectacles plus ou moins rattachés à l’histoire de la ville de Québec que mon professeur d’anglais en 11è année A appelait « the cradle of french civilisation in North America », le berceau de la civilisation française en Amérique du Nord. Ils ont choisi un logo neutre donc terne.

Il fallait cacher le bleu du drapeau...

On dirait qu’il fallait cacher le bleu du drapeau du Québec qui est devenu trop nationaliste pour les fédéraux. C’est la fête à Québec. Les hôtels et les motels sont pleins. C’est le règne de la logique marchande comme l’expliquait Isabelle, une Française enseignante rencontrée au petit déjeûner dans un Gîte de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Et les commentaires politiques de Daniel Gélinas avec le député adéquiste qui en rajoute, c’est bien dans l’esprit d’une ville qui a majoritairement voté non au référendum de 1995, qui se prépare à voter conservateur aux prochaines élections fédérales, qui élit André Arthur, le roi de la radio poubelle et qui appelle « obsessions péquistes » les aspirations nationales des Québécois et des Québécoises qui sont déçus de voir que les organisateurs des fêtes du 400è font de la petite politique avec des airs hypocrites de ne pas vouloir en faire.

Comme l’écrit Jacques Noël sur le site Vigile.net — et je le cite en partie : « le drapeau bleu dans les mains du plus grand chanteur bloke du 20e siècle, c’est aussi gros que le cri du Général De Gaule, le scandale politique en moins. Sans parler de Yesterday, LA toune anglaise du 20e siècle, chanté avec une veste du Québec. Plus gros pour les Bleus, tu meurs. On aurait rêvé à pareil événement qu’on ne l’aurait jamais eu (...) ».

Ce sont les nationalistes qui ont gagné !

Dans cette histoire, ce sont les nationalistes qui ont gagné en se tenant debout, en demandant le respect. McCartney nous en a donné 100 fois plus qu’aurait pu imaginer ! (...) On a gagné, Paul nous a respecté, il nous a même fait une déclaration d’amour (...) Avez-vous remarqué comment les Fedéraux sont silencieux depuis la soirée du drapeau ? Eux ils savent qu’ils ont perdu.

On ne saurait mieux dire. Comme Jean Drapeau qui n’a pas été capable d’empêcher le Général de Gaulle de parler sur le balcon de l’Hôtel de ville de Montréal, Daniel Gélinas a été dépassé par les événements. Comme Montréal est passé à l’histoire ainsi Québec est devenu le lieu historique où un ex-Beatle a parlé en français et a brandi le drapeau du Québec.

Merci, Daniel Gélinas. Vous avez plus de talent pour organiser des spectacles que pour faire de la politique. Alors arrêtez de faire de la politique. Sortez des jupes de ceux qui vous financent, le gouvernement fédéral de Stephen Harper qui ne parle pas trop mal le français et qui, la semaine dernière encore, à Saint-Agapit, faisait du sous Jean Chrétien en répétant cette ânerie selon laquelle « les séparatistes veulent détruire et briser le Canada ».



Source
http://www.cyberpresse.ca/article/20080817/CPSOLEIL/80815184/7220/CPSOLEIL

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Vos commentaires:
  • Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé...
    18 août 2008, par O

    Monsieur, R. B.-G.,

    Bravo pour avoir percé le mur des grands médias, et de plus, d’y avoir fait naître la curiosité du grand public pour Vigile.net où nous nous épuisons à nous chicaner entre nous.


  • Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé...
    18 août 2008, par Gilles

    Briser le Canada ! Quelle connerie. On n’a qu’à porter attention aux nouvelles internationales pour se rendre compte que les frontières du monde sont en constante locomotion. Ça bouge même plus vite que la dérive des continents.

    Briser le Canada. Non mais franchement. Ce serait vrai si on étais canadiens. Or nous ne le sommes pas. Même si certains, comme les bonnes soeur de Brel « ignorent l’ignorer »...


  • Une erreur à corriger par Robert Barberis-Gervais
    18 août 2008

    Majorité pour le OUI dans la ville de Québec et dans la région de Québec en 1995 par Robert Barberis-Gervais

    Dans l’article cité publié dans Le Soleil intitulé : “Deux commentaires de Daniel Gélinas m’ont frappé” très bien “édité” par Le Soleil, parlant de la ville de Québec, j’ai écrit que c’était “une ville qui a majoritairement voté non au référendum de 1995”. Je le constate, c’est une grave erreur. Si j’avais écrit en parlant de la région de Québec, “une région qui a majoritairement voté non au référendum de 1995", cela aurait été aussi faux. Seul le comté de Jean-Talon a voté OUI à 48% et NON à 52%

    Je suggère à Jacques Noêl d’envoyer son article au journal Le Soleil car sa mise au point a une grande importance politique. Majoritairement, ça veut dire plus que 50%. Pour être bien sûr que le “mythe” est bien dégonflé, voici la listes des comtés de la grande région de Québec incluant Charlevoix et Portneuf avec le pourcentage de vote pour le OUI au référendum de 1995. (Source : Québec 1996, Toute l’année politique, Fides) Région de Québec : Charlesbourg : OUI, 53.2% ; Charlevoix, 56.6% ; Chauveau 54.5% ; Jean-Talon : 48% ; La Peltrie : 54.7% ; Limoilou : 51.9% ; Louis-Hébert : 53.3% ; Montmorency : 57.5% ; Portneuf : 54.3% ; Taschereau : 58.9% ; Vanier : 55.2%. On peut inclure, de la région Chaudière-Appalaches, les comtés Chutes de la Chaudière : 60.1% et Lévis : 56.5% pour le OUI.

    La ville de Québec et la grande région de Québec a voté majoritairement OUI au référendum de 1995. Soyons précis.

    Mais le point de vue de Steve Quilliam et de Gilles Bousquet (voir commentaires à l’article de Jacques Noël : le mythe du référendum perdu à Québec) doit être considéré. Notre déception par rapport à la grande région de Québec, c’est qu’une région qui a 96% de francophones ait voté OUI en dessous de la moyenne des francophones de l’ensemble du Québec soit 60 ou 61%. Si les francophones de la grande région de Québec avaient voté oui à 60% ou plus comme la région du Saguenay-Lac St-Jean, le OUI aurait gagné le référendum. Passer de la correction d’une erreur mathémathique en disant que la région de Québec a voté majoritairement OUI ne justifie pas cette affirmation que le référendum n’a pas été perdu à Québec. Est-ce faire insulte aux gens de la grande région de Québec qu’un indépendantiste dise qu’il s’attendait à mieux, soit 60% et plus de votes pour le OUI des gens de la capitale nationale ? J’espère que non. Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 18 août 2008


  • Gesca a/à deux faces...
    18 août 2008, par Jean-Luc Gouin

    Bonjour,

    On notera, sauf erreur, que votre texte, M. Gervais-Barberis, n’apparaît pas à la page numérique concernée dudit Soleil.

    Or ce n’est pas la première fois que je constate le phénomène. Lequel se révèle particulièrement évident lorsqu’il s’agit d’interventions à saveur, disons, pro-québécoise. À la rigueur, on publiera à l’occasion (c’est-à-dire exceptionnellement) un texte de cette nature dans la version imprimée ; mais on ne poussera tout de même pas l’« esprit d’information » (et de discussion) jusqu’à rendre celui-ci « accessible » à grande échelle et au plus grand nombre (et de manière en quelque sorte permanente par le truchement de la toile cybernéenne).

    En revanche, lorsqu’il s’agit de dégobiller sur un Québec adulte - de Michel Lebel et Patrice Garant (incidemment, deux juristes (sic) sur le retour intellectuel) à quelque autre Daniel Laprès ou Jocelyn Létourneau, pour ne rappeler ici que quelques noms - les textes ne sont jamais trop nombreux, ni trop longs, ni trop bavards ou redondants non plus, pour ne pas être diffusés sur tous les supports de cette entreprise de presse nommée Gesca ; qui depuis long de temps permet au Canadian Government de s’épargner les frais d’un Ministère (officiel) de la Propagande (ce qui assurément - secret de Polichinelle - ne signifie point que les budgets dévolus à cette noble entreprise, bien au contraire, soient inexistants).

    On a les Goebbels qu’on peut.

    Aussi un jour, dans nos chaumières, la chose m’apparaît certaine, nos petits-enfants parleront des Pratte d’antan.

    (Pour le souvenir sinon pour le plaisir, une illustration bien personnelle parmi cent et mille qui remonte déjà à deux ans passés)

    Salut.

    JLG

    Un ex-étudiant du cégep de Sorel à l’époque où le tout jeune enseignant - non encore Gervaïsé - que vous étiez procédait à ses premières armes...


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