On comprend que le programme officiel de n’importe quel parti politique oblige ses membres, particulièrement les plus connus, à un devoir de réserve. Par ailleurs, aucun parti ne peut légitimement censurer leur droit à l’expression sur tout et n’importe quoi, même lorsqu’il s’agit d’un sujet qui touche, de près ou de loin, les responsabilités gouvernementales qu’a déjà exercées par le passé le chef actuel. Les membres, même les plus notables, sont avant tout des individus dont on n’a pas le droit d’exiger qu’ils requièrent la bénédiction du parti ou du chef chaque fois qu’ils agissent à titre de citoyens.
Faudrait-il donc défendre les effets d’un programme scolaire qui a tourné au vinaigre par esprit partisan ? Aucun des "dissidents", que je sache, n’a impliqué la responsabilité de madame Marois dans le détournement d’une réforme dont elle admet elle-même qu’elle ne l’avait pas approuvée pour ce qu’elle est devenue. Tous ceux qui connaissent un tant soit peu le monde bureaucratique, public ou privé, savent à quel point se creuse parfois, au cours des ans, un fossé entre les intentions originales d’un projet et ses conséquences une fois qu’il est passé par la pyramide hiérarchique et les transformations qu’il subit à chaque étape lorsque tous les comités, les sous-comités et les experts lui ont passé sur le corps. D’autant plus qu’une réforme scolaire n’est pas l’apanage d’un parti politique et ne relève pas d’une consigne de solidarité clanique : elle regarde tous les citoyens, à plus forte raison tous ceux qui en constatent le résultat chez leurs enfants ou leurs élèves.
S’il serait malhonnête d’en faire porter le chapeau à l’ex-ministre Marois, la volonté de cette dernière de baîllonner ses troupes sur un sujet qui échappe à ses prérogatives relève d’une attitude paternaliste et autoritaire malvenue. Un chef du Parti québécois a déjà bien assez de peine à exercer la discipline dans ses rangs lorsqu’il y va des articles importants de son programme — et à respecter lui-même le programme actuel — sans exiger en prime que tous s’engagent à voir par ses yeux, entendre par ses oreilles et parler par sa bouche en tant que citoyens.
Raymond Poulin
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