(Texte publié dans Le Devoir du samedi 12 mai 2007)
Le Parti Québécois offre actuellement un spectacle désolant qui affecte l’ensemble du mouvement souverainiste ! Au lieu de tirer les conclusions qui s’imposent, le chef du parti Québécois et son entourage sont engagés dans une entreprise de division. Incapables de faire avancer la souveraineté parce qu’ils ne savent plus comment en parler, et surtout quels gestes poser, on les voit parler de mise en veilleuse de toute démarche souverainiste, s’attaquer à d’autres indépendantistes, voire souhaiter des départs du parti. On voudrait couler le principal véhicule de la souveraineté qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Il faut au contraire rassembler les indépendantistes. Pour sortir de la foire d’empoigne actuelle, le parti Québécois doit changer de cap pour se débarrasser de ses orientations perdantes ! Pour reprendre les mots de Pierre Vadeboncoeur : « la réalité des choses nous met, comme peuple, dans une nécessité si rigoureuse qu’il n’y a plus de place, dans le choix qu’il doit faire, pour une décision qui ne serait pas radicale. »
Changer de cap !
La raison du triste spectacle actuel tient à la situation schizophrénique d’un parti qui a enfermé lui-même sa raison d’être dans une stratégie politique molle, oscillante, auto-contradictoire, se plaçant ainsi à la remorque des autres partis. Ce que nous vivons aujourd’hui est le scénario d’un mauvais film déjà vécu suite à l’élection du « bon gouvernement » du Parti Québécois en 1976. Du « beau-risque » du fédéraliste renouvelé de 1985, le parti s’est enfermé dans « l’affirmation nationale » avec Pierre-Marc Johnson et a attendu les « conditions gagnantes » avec Lucien Bouchard.
Après chaque défaite référendaire ou électorale, le parti québécois, au lieu de reprendre la lutte pour l’indépendance nationale, met celle-ci en veilleuse et se comporte comme un autre parti provincial avec ses hauts et ses bas, par peur de la défaite électorale. Et cela fait trente ans que ça dure !
Peut-on imaginer un parti fédéraliste, à Québec ou à Ottawa qui, en fonction des résultats d’une élection, mettrait au rencart ses convictions profondes, comme l’a fait le Parti Québécois. Pourquoi cette attitude anormale d’un parti qui prétend faire l’indépendance du Québec ?
Le Parti québécois a attendu les conditions gagnantes mais sa pratique politique a plutôt créé des conditions perdantes : élections où la souveraineté n’est pas défendue et où seuls les adversaires en parlent, appui soi-disant « stratégique » au fédéralisme renouvelé et peut-être bientôt à « l’autonomisme », référendums comme moyen de reporter l’échéance en dissociant un vote pour le parti d’un vote pour la souveraineté, mise au rencart du défi identitaire et du combat pour la langue, dissociation de la démarche de l’indépendance des défis sociétaux, absence d’action politique entre les élections, peur de la démocratie interne et démobilisation des militants.
Suite à ce refus récurrent d’assumer les exigences du combat indépendantiste, un grand nombre de souverainistes ne voient plus le parti québécois comme un véhicule de leurs aspirations. Dans certains milieux, on peut même parler de méfiance généralisée.
Le défi à relever est énorme : redonner confiance, ramener les souverainistes à l’action politique, redonner le goût du pays à construire aux citoyens. La pire des orientations perdantes, ce serait de maintenir plus longtemps le doute quant à la volonté et la capacité du parti d’atteindre l’indépendance nationale. Ce doute, amplifié par certains médias, et que véhiculent même certains porte-paroles du parti, consiste à blâmer l’objectif de la souveraineté et le programme de pays pour la défaite électorale, alors que ceux-ci n’ont pas été défendus tout en recueillant, malgré tout, un appui toujours majoritaire chez les francophones.
Refonder le parti !
Nous sommes rendus à la croisée des chemins où il faut rassembler les souverainistes plutôt que les diviser, pour refonder un grand parti indépendantiste à partir des effectifs actuels du Parti Québécois, du Bloc Québécois, le Mouvement national des québécois et des quelque 200 regroupements souverainistes qui se sont créés à l’extérieur du parti, souvent par désillusion à son égard. Voilà qui retournerait la dynamique actuelle en notre faveur. Il faut des gestes audacieux et courageux pour sortir de l’impasse nationale actuelle.
Comment y arriver et sur quelle base ?
Je propose une démarche simple, mais difficile tant les habitudes sont ancrées.
1. Convoquer dès l’automne 2007 des états généraux souverainistes, en y conviant tous les militants indépendantistes, qu’ils œuvrent dans des mouvements souverainistes ou au sein de partis politiques, pour jeter les bases d’une refondation d’un grand parti indépendantiste ou, au minimum, d’une grande coalition indépendantiste.
2. Adopter lors de ces États généraux une démarche pour refonder le parti et adopter un plan d’action et des orientations provisoires. Entre l’automne 2007 et le printemps 2008, organiser dans tous les comtés l’élection d’exécutifs locaux et de délégués en provenance de tous les partis et mouvements ayant participé aux États généraux, en vue d’un congrès national de fondation à tenir dès que possible.
3. Organiser un congrès national de refondation du parti au printemps 2008, préparé par un comité multipartite issu des États généraux, dans le but d’adopter le nom du parti, d’élire le chef et un bureau national de direction et d’adopter des orientations, ce parti étant destiné à remplacer le Parti Québécois.
Plusieurs orientations peuvent faire consensus, sauf évidemment de la part de ceux qui tiennent à s’enliser dans les ornières provinciales actuelles. Ceux-ci auraient le choix de se rallier ou de militer dans un parti fédéraliste. Voici quelques unes de ces orientations.
• Conduire, d’ici à l’élection d’un gouvernement indépendantiste, une action politique continue et multiforme (tenant compte des diverses tendances dans le mouvement souverainiste) sur tous les enjeux importants de société en les liant au projet d’un pays.
• Préparer les instruments nécessaires à l’accession à la souveraineté : constitution provisoire, citoyenneté, carte d’électeur, etc.
• Faire porter chaque élection sur la réalisation de la souveraineté, quitte à risquer la défaite, jusqu’à la victoire, un vote pour le parti étant un vote pour enclencher la démarche vers la souveraineté, la tenue d’un référendum se faisant au moment qui sera jugé nécessaire pour obtenir la reconnaissance internationale de l’État du Québec. Cette position est essentiellement celle du Parti Québécois dans son programme de 1975 et de 1989.
• Véhiculer lors de chaque élection un programme de pays ciblé sur des objectifs faisant l’objet d’un large consensus social, en identifiant la souveraineté comme outil indispensable pour le mettre en œuvre.
Je lance ici un appel au chef du Parti Québécois. Si ses convictions souverainistes passent avant sa carrière politique, comme il l’a affirmé récemment, je lui demande d’appuyer cette démarche, quitte à présenter ses propres propositions à ces États généraux et à se présenter à la direction de ce congrès de refondation. Ce serait quitte ou double, mais on est rendu là de toute façon. Ce serait une belle façon de sortir de ces luttes fratricides qui, si elles devaient se prolonger, mettraient en péril non seulement l’avenir du parti, mais l’avenir du pays.
Pour ceux qui pensent que cette démarche devrait se faire uniquement à l’intérieur du parti, je soutiens qu’ils s’illusionnent sur l’ampleur du rejet du parti par les souverainistes qui militent à l’extérieur. Ceux-ci ne participeront pas à une démarche interne au PQ. La relance ne peut se faire que par un effort à la fois de l’intérieur et de l’extérieur du parti. Un regroupement de tous les souverainistes lors d’État généraux est absolument nécessaire pour que le mouvement indépendantiste retrouve sa crédibilité, non seulement auprès des électeurs souverainistes qui l’on déserté, mais auprès des médias et de l’ensemble de la population. Celle-ci nous respectera et nous appuiera dans la mesure où nous mettrons nos convictions devant toute autre considération.
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Gilbert Paquette, professeur et directeur de recherche, TÉLUQ—UQAM, ex-ministre et conseiller au programme du Parti Québécois.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

