Je démissionne aujourd’hui de mon poste de responsable du Parti indépendantiste pour les régions de la Capitale nationale et de Chaudière/Appalaches. J’annule également ma carte de membre et me retire du parti.
Les raisons de mon départ font suite à une longue et mûre réflexion ainsi qu’à de nombreuses discussions avec plusieurs militants du P.I. de ma région et d’ailleurs. Divers incidents et problèmes de communication patents survenus au sein de ce parti m’ont amené à la conclusion qu’il n’est pas le véhicule approprié pour mener à bon port les Québécois et Québécoises.
Au fur et à mesure des contacts que j’ai eus avec l’équipe dirigeante du P.I., j’ai constaté qu’ils ne possèdent pas suffisamment la maturité, l’expérience et l’expertise nécessaires pour motiver, mobiliser et rassembler les citoyens autour de ce grand projet qu’est l’indépendance du Québec.
À maintes reprises depuis mon entrée au sein de ce parti, j’ai pu observer la très grande incapacité d’écoute et la rigidité de ses dirigeants. Leur insensibilité et leur irrespect envers moi-même et d’autres membres m’amènent à constater qu’ils ne font pas partie de ma famille d’esprit et qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs que moi. Leur dirigisme, leur condescendance et leur manière crispée de communiquer ne correspondent pas à l’attitude positive et sereine que je recherche au sein d’un groupe censé unir ses efforts pour une cause commune. Enfin, dans mes nombreux échanges avec la direction du parti et plus particulièrement lors de certaines séances de travail tenues dernièrement à Montréal et à Québec, je n’ai pas senti de leur part un véritable désir de collaboration et de réflexion.
L’appel à la mobilisation envoyé dernièrement par le P.I. en est un exemple flagrant. Cet appel, transmis massivement, se voulait à l’origine un message positif, rassembleur et surtout plein d’espoir. Il se voulait une main tendue vers les militants indépendantistes. Il devait s’adresser à l’intelligence et au cœur des militants. Il s’agit malheureusement d’un texte provocateur, agressif, paternaliste et hautement moralisateur.
Je déplore également la hargne persistante avec laquelle le Parti indépendantiste dénigre les autres formations politiques. J’ai moi-même été très sévère à l’égard du Parti québécois. Cette démarche critique était nécessaire au tout début de l’aventure puisqu’elle nous permettait de faire le deuil de cette formation qui nous a tellement déçus. Mais votre humble serviteur, pour paraphraser René Lévesque, était passé à une autre étape avec de nombreux militants de sa région, celle de regarder vers l’avenir avec sérénité. Il semble toutefois que la direction actuelle du P.I. n’ait pas franchi cette étape. Ils font du P.Q. une véritable lubie. C’est assez !
Le combat pour l’indépendance du Québec ne peut s’engager en marge de la réalité québécoise. Tout mouvement de libération nationale s’inscrit forcément dans une lutte de libération sociale. Le Parti indépendantiste semble oublier cette réalité incontournable. Sa volonté acharnée de présenter un projet essentiellement électoral en faisant abstraction du projet de société fondamental qui nous concerne tous, fait preuve d’une prétention et d’un manque de réalisme politique évident. Son obstination à proposer l’indépendance du Québec en ignorant les grands débats de l’heure sur les enjeux qui touchent directement la vie concrète de nos concitoyens, m’apparaît pour le moins illusoire et plus que hasardeuse. Le refus même d’en parler au sein du parti dénote une fermeture d’esprit peu propice au succès de son projet électoral. Une démarche d’aussi grande envergure que la conquête de notre indépendance nationale mérite un parti plus sérieux. Notre avenir collectif mérite de s’y pencher de manière beaucoup plus lucide et réfléchie. Le peuple québécois mérite mieux !
Savoir reconnaître que l’on s’est trompé est le début de la sagesse !
Il est donc grand temps, pour moi, de me dissocier d’un parti manquant aussi cruellement de réalisme et de professionnalisme. Un parti dans lequel je me suis engagé avec conviction et enthousiasme. Un parti dans lequel j’aurais aimé pouvoir m’investir en travaillant de manière positive avec des gens sincères et désintéressés, respectueux de leurs collègues et soucieux de valoriser leur contribution. Souhait qui, aujourd’hui, m’apparaît clairement impossible de réaliser en raison de comportements et attitudes radicalement incompatibles avec mes valeurs humaines, sociales et politiques. Je me retire donc avec soulagement et sans regret de ce parti qui m’a profondément déçu.
Je demeure sincèrement convaincu de la nécessité, de l’urgence de créer un véritable parti politique indépendantiste. Un parti qui offrira aux Québécois le choix électoral de l’indépendance du Québec. Mais un parti qui placera également l’idéal de l’indépendance au cœur d’une pédagogie active stimulant l’amour de la patrie et le goût de la liberté. Pédagogie essentielle à la promotion de l’indépendance. Ce parti devra également résulter d’une convergence de tous les mouvements qui oeuvrent sur le terrain dans un esprit de fraternité et de collaboration, lequel esprit, comme je l’ai dit, manque de façon flagrante au Parti indépendantiste.
J’invite les militants actuels du Parti indépendantiste à quitter cette formation où règne une atmosphère malsaine, extrêmement lourde et tendue, dont le mode de fonctionnement interne est beaucoup trop compétitif et hostile pour être constructif. Du moins, je les invite à une réflexion profonde pour la suite des choses.
Vive l’indépendance ! Vive la liberté ! (Chevalier de Lorimier)
Denis Julien
Citoyen libre du Québec
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

