Vigile.net
« Actuellement, le gouvernement fédéral se sert de son prétendu pouvoir illimité de taxer et de dépenser pour intervenir sans scrupule dans toutes sortes de domaines provinciaux. Il s’en sert comme d’une constitution parallèle ou clandestine qui lui permettrait de contourner et d’annuler à toutes fins pratiques la Constitution officielle. » Jean-Jacques Bertrand, 1971
             
Vigile a besoin de votre appui, n’hésitez pas à contribuer.
Financement 2009
 18275$  91%  
Objectif : 20000$
De la nation à la consommation, l’illusion de la liberté
Débattre de la nation est une dangereuse diversion
Louis Lapointe
Billet de Louis Lapointe
lundi 5 mai 2008      614 visites


À l’origine, mon article « Tout oppose nationalisme et indépendantisme » s’appelait « De la paroisse au pays », un titre emprunté à Fernand Dumont et que les éditeurs ont changé, même s’il avait le grand avantage de présenter une vision plus dynamique du pays et moins critique de la nation. La nation, sans y être nommée, étant d’abord perçue comme le lieu de passage vers un objectif plus grand, le pays.

Ce texte visait essentiellement à contester la thèse de la dénationalisation tranquille de Mathieu Bock-Côté qui décrit la nation ethnique comme une fin en soi. Mon postulat étant qu’en contexte canadien, le nationalisme québécois est stérile s’il ne vise pas la création du pays, un peu comme des racines sans arbre qui pourrissent dans le sol. S’il est un moyen, il ne peut être un objectif, le simple éloge de la nation ayant le grand défaut de ne pas faire avancer le débat sur le pays, en nous faisant miroiter l’illusion de la sécurité que nous procure notre petit univers juste à nous.

Bien sûr, j’ai pris quelques raccourcis, puisque je ne peux nier qu’il existe également un nationalisme civique, mais même celui-là est stérile s’il ne conduit pas au pays. Je crois que mon texte « Le mensonge des chartes » expose bien cette urgence de faire l’indépendance si nous ne voulons pas demeurer une minorité en péril. Pour des raisons essentiellement juridiques et parce qu’elles sont des outils de normalisation, les chartes ne peuvent tout simplement pas protéger ni notre langue, ni notre nation. Il n’y a pas de majorité française en Amérique parce qu’il n’y a pas de pays pour l’accueillir.

Le Québec n’est pas une nation, c’est une province du Canada. Dire le contraire est un mensonge, une absurdité et une insulte pour l’intelligence. Pourtant, nos interminables débats constitutionnels nous ont amenés à croire au fil des années que le Québec était une société distincte ou peut-être même une nation au sein du Canada uni sans pour autant que cela ait un iota de conséquences juridiques. De faux débats qu’entretiennent à dessein nos élites politiques et qui ne font qu’ajouter à la confusion qui règne au sujet de l’identité des Québécois, alors qu’il s’agit d’abord d’une question de souveraineté.

La vraie question nationale vise donc moins à savoir si nous sommes des nationalistes ethniques ou civiques, mais nous incite plutôt à choisir : accepter notre sort de minorité au sein du Canada ou fonder un pays où nous deviendrons clairement une majorité. Opposer la vision ethnique à la vision civique, comme le propose Bock-Côté, est donc un sophisme dont le premier résultat ne peut être que la division. Une division entre ceux qui voient le Québec comme une société et ceux qui le perçoivent comme une nation, une inutile distinction et une source supplémentaire de confusion dans le débat national. Tant que les Québécois n’auront pas accepté leur sort de minorité en péril, ils n’auront aucun intérêt à faire l’indépendance. On comprend dès lors pourquoi cet interminable débat sur l’identité ne connaît jamais de conclusion. Il favorise le statu quo.

À cet égard, les nationalistes souhaitent d’abord s’affirmer comme majorité face à une autre majorité, sans nécessairement faire de l’indépendance une priorité. Qu’il soit ethnique ou civique, le nationalisme entretient donc une ambiguïté malsaine auprès du peuple lorsqu’on pose la question de l’indépendance. Il suggère que nous pourrions choisir entre l’un ou l’autre sans que cela ait des conséquences sur notre survie, alors que ces deux nationalismes conduisent tous les deux au même résultat : notre lente assimilation et notre inéluctable disparition.

En faisant clairement le choix du pays, le débat sur le nationalisme devient dès lors secondaire, et peut-être même obsolète, dans la mesure où nous aurions alors atteint une certaine maturité collective. N’ayant plus besoin de nous affirmer, nous serions... Si le nationalisme est un lieu de passage obligé, il ne peut être un port d’attache. Nous ne saurions donc faire son apologie sans risquer d’y perdre quelques marins indispensables à la longue traversée qui mène au pays, justement ceux qui languissent dans les cales de l’ADQ. Nous le voyons bien, débattre de la nation est une dangereuse diversion.

***

Or, un des dangers qui nous guette, si nous demeurons une minorité au sein d’un Canada uni, est qu’en continuant de croire que nous sommes une nation majoritaire, nous interprétions les phénomènes d’effritement de notre société, de notre langue et de notre économie comme normaux en contexte mondial, alors que dans le cas spécifique du Québec, ces phénomènes sont exacerbés par l’insidieux colonialisme canadien. Un discours soutenu avec vigueur par des médias comme La Presse qui encourage la normalisation de la société, le bilinguisme et délocalisation de nos principaux leviers économiques sous prétexte de la mondialisation.

Un autre grand danger qui nous guette, c’est cet individualisme nourri par un capitalisme qui procure à l’individu un faux sentiment de sécurité, celui où le citoyen est remplacé par le consommateur. L’argent achetant tout, les Québécois seraient libres, dans l’absolu, de tout consommer : la santé publique ou privée, l’école publique ou privée, la religion, le français, l’anglais, le nationalisme, le fédéralisme ou l’indépendantisme. Une vision que défendent avec acharnement plusieurs groupes d’intellectuels de droite comme le CIRANO et l’ IEDM, Joseph Facal étant le plus flamboyant porte-étendard de ce courant.

Cette illusion de liberté individuelle que procure notre pouvoir d’achat sans fin, soutenu par de nombreuses sources de crédits, ferait alors éclater définitivement les liens qui nous unissent comme minorité nationale et plus largement comme société. Grâce à cette liberté individuelle de consommer des idées, de la culture et des aspirations, comme on consomme des boîtes de conserve ou des téléviseurs, nous deviendrions alors légers, dépouillés du poids de l’héritage et des rêves de nos ancêtres, l’argent devenant alors la seule source de liberté, car il peut tout payer, même l’éternité.

Dans une telle perspective, l’indépendance ne serait plus une urgence ou un enjeu collectif, mais bien le résultat d’un choix individuel comme peut l’être tout autre objet de consommation que nous serions libres de consommer. Un peu comme Sisyphe, nous pousserions alors notre pierre sans relâche, sachant qu’une fois au sommet, elle roulerait invariablement vers le bas. Nous serions libres d’accomplir une démarche dont la liberté ne serait jamais le résultat, l’indépendance devenant une gymnastique individuelle à laquelle seuls les initiés se livreraient, à l’image de ceux qui pratiquent le taï-chi ou le yoga.

Être indépendantiste serait alors un luxe bien à nous, comme d’autres s’achètent des billets à 200$ pour aller voir le Canadien jouer au centre Bell, pouvant même nous payer occasionnellement quelques bains de foule pour fêter nos victoires morales de plus en plus rares, sachant que le lendemain nous aurions le loisir de gagner l’argent nécessaire pour nous payer quelques plaisirs éphémères afin de noyer nos peines de patriotes déchus : cinéma, théâtre, jeux vidéo et peut-être même des vacances dans le sud.

Comme le dirait certainement Christiane Charrette - cette grande prêtresse du relativisme radio canadien - à sa cour où foisonnent de nombreux ducs et duchesses de toute allégeance : vous avez le droit d’être indépendantistes à la condition de respecter le droit des autres d’être fédéralistes et cela sans dire de gros mots ! Ainsi, nos élites culturelles et intellectuelles pourraient demeurer indéfiniment dans le meilleur pays au monde et continuer de recevoir leurs généreux cachets pour débattre poliment et en français de notre avenir comme on parle du dernier film.

Grâce au relativisme des chartes, nous serions alors passés de la nation à la consommation, vivant désormais dans le meilleur des mondes. Un univers où nous serions enfin majoritaires, étant tous devenus des consommateurs !

Louis Lapointe

Brossard

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —




Suggérer cet article par courriel

Envoyer un message privé à Louis Lapointe


29 novembre

IPSO - dîner-rencontre avec Gilles Duceppe



Vigile sur Facebook


Financement de Vigile 2009

Le tirage des Fêtes

du 1er novembre au 31 décembre
  • Objectif 2009: 20000$
     18275$  91%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
    Adresse:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    21/11 Daniel Verret: 20$
    20/11 Bernard Gilles Grenier: 50$
    20/11 Louis Blanchet: 30$
    18/11 Claude Morin: 50$
    18/11 Annie Autonès: 100$
    18/11 Giselle Chagnon: 25$
    18/11 Giselle Chagnon: 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net