Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Le Bloc québécois à Ottawa est dépassé et il n’a plus aucune raison d’être. Pire, il nuit à la cause de l’indépendance du Québec !
Créé par une dizaine de députés fédéraux déçus de l’échec de l’Accord du Lac Meech en 1990, le Bloc devint au fil des ans le chien de garde du Parti Québécois à Ottawa avec comme mission de veiller aux intérêts du Québec jusqu’à la tenue d’un deuxième référendum, tenu le 30 octobre 1995. On connaît la triste suite.
Depuis 13 ans, le Bloc fait du sur-place et ses représentants s’incrustent en se présentant comme la voix nationaliste extra-muros du Québec. Le problème, c’est qu’en jouant ainsi ce jeu politique, les députés du Bloc avalisent la fédération canadienne. Quel paradoxe : promouvoir la séparation du Québec et participer au jeu parlementaire fédéral en même temps. Ajoutons (sans rire) que depuis quelque temps, les députés fédéraux francophones de tous les partis se disent nationalistes eux aussi, y compris Stéphane Dion !
Voici les raisons qui m’autorisent à penser depuis plusieurs années que le Bloc québécois doit disparaître du paysage politique fédéral :
D’abord, les souverainistes n’ont pas à participer à un Parlement canadien puisqu’ils prônent la séparation. On a même vu récemment, et c’est le comble, le chef du Bloc M. Gilles Duceppe réclamer l’ouverture d’une ronde de négociations pour inclure la reconnaissance de la nation québécoise dans la Constitution canadienne…
Pousser le jeu d’aller « chercher tout ce qu’on peut à Ottawa avant la séparation » est un couteau à deux tranchants : restera-t-il des motifs de faire le pays ? Idem pour le vote dit « stratégique » en faveur du Bloc pour empêcher l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement Harper majoritaire. Puisque Gilles Duceppe passe son temps à dire que les conservateurs lui refusent tout et manque de souplesse, que fait-il dans cette galère ?
Veux, veux pas, le gouvernement fédéral doit compter sur des députés provenant de toutes les provinces. Un Bloc manitobain ou terre-neuvien seraient ridicules. Un de leurs arguments préférés des bloquistes est de dire que les députés (libéraux ou conservateurs) élus au Québec ne défendent pas bien nos intérêts. Sans être cynique, c’est tant mieux. Cela prouvera une fois de plus que la fédération canadienne ne fonctionne pas pour nous, qu’on se retrouve encore et toujours à une voix contre dix, et cela stimulera l’adhésion à l’option souverainiste.
Toutes les forces vives souverainistes devraient se regrouper à l’Assemblée nationale et sur le territoire québécois. Pour convaincre les indécis et les nationalistes mous, tous les ténors sont requis sur les tribunes provinciales. Il est illusoire de disperser les ressources humaines et financières sur deux fronts dont l’un ne nous apportera aucun vote référendaire. Diviser pour régner dit l’adage : en luttant sur les deux paliers de gouvernement, les souverainistes s’affaiblissent eux-mêmes.
Depuis quelques semaines, plusieurs anciens députés du Bloc remettent en cause publiquement le bien-fondé de la présence de ce parti à Ottawa. Chercher l’erreur ! Comme dirait Jean Chrétien : « Que voulez-vous, le chef c’est le chef, et Duceppe y croit, lui. »
Tous les analystes politiques observent que la cause nationale est en veilleuse au Québec, voire en recul. Pas étonnant, car pour monsieur Tout-le-monde, on a le PQ à Québec et le Bloc à Ottawa, pourquoi s’en faire ? On est gras dur puisqu’on a une double ligne de défense. Pourquoi craindre pour le français (particulièrement à Montréal) et notre culture ? Pourquoi craindre l’assimilation anglo-canadienne ou l’américanisation pure et simple d’ici 30 ou 50 ans ?
On entend souvent : « il faut faire savoir au Canada anglais » que nous n’acceptons pas la Loi constitutionnelle de 1982 (que Québec ne l’a pas signée), ni l’affaiblissement de la Loi 101 par les jugements de la Cour suprême, ni la Loi sur la clarté du gouvernement Chrétien. Avons-nous vraiment à siéger à Ottawa pour argumenter sur ces trois points ? Qui devons-nous convaincre, les Ontariens ou les Québécois ?
Comme Pauline Marois remet aux calendes grecques la question de l’indépendance, on risque de se contenter d’un autre « bon gouvernement » péquiste pour longtemps, si jamais le PQ prend le pouvoir ! Plus on parle du pays à venir du bout des lèvres et au conditionnel, plus la création de celui-ci se confond avec une visite du Père Noël. Au fil des ans, les gens qui ont connu le boom nationaliste des années 70 et 80 (ceux de ma génération) vieillissent et se démobilisent. Ces gens, nombreux, étaient pourtant la base première du mouvement souverainiste.
Un discours nationaliste qui tergiverse finit par lasser. Finalement, il s’étiole et meurt. Est-ce cela que nous voulons ?
Michel Jacques
Deux-Montagnes
22 septembre 2008
