Nous ne ferons l’indépendance que le jour où nous cesserons de nous penser être meilleurs que les autres humains : plus justes, plus solidaires, plus cléments, plus pacifiques. Le jour où nous cesserons de nous croire plus catholiques que le pape, tel qu’il était encore récemment crédible à nos yeux. Le jour où nous cesserons de tendre l’autre joue, au nom de notre altruisme glorifié, le jour où nous répondrons à une attaque féroce par une attaque plus féroce, mieux, le jour, où nous prendrons l’initiative de l’attaque. Puisque aussi bien, il est exceptionnel, sauf dans la légende biblique, que David gagne contre Goliath. Au contraire, l’histoire universelle nous enseigne que l’agneau est toujours dévoré par le loup.
Le Moulin à paroles est une manifestation admirable de notre vanité : celle qui nous permet de penser que d’être dans notre bon droit nous mènera infailliblement à la victoire. Qu’en est-il, au juste ? Trois mille « pelleteux de nuages » face aux machines électorales des Harper/Ignatief/bonnet blanc/blanc bonnet qui continueront à nous écraser de coups de force législatifs et de leur mépris, avec la certitude que nos soubresauts de révoltes parlées non seulement n’ébranleront pas leur pouvoir, mais enrichiront leurs munitions, celles dirigées contre notre flanc-mou : ces Québécois aliénés à l’os qui s’imaginent que leur soumission leur permettra de participer aux restes du festin du loup.
Tant que nous ne leur prouverons pas par la force de nos attaques que nous pouvons être le loup, ces Québécois affamés de restes mangeront dans la main de l’ennemi.
Ce texte n’est pas un appel aux armes meurtrières, mais à celles d’une stratégie intelligente qui opposerait une farouche fin de non-recevoir aux tactiques de compromis de nos représentants politiques, depuis Papineau jusqu’à Marois.
Ce texte est un appel à mettre fin à notre angélisme.
Andrée Ferretti.


