Interrogée sur la démission de son collègue David Whissel, Christine St-Pierre a dit :
“Mon collègue n’a rien fait de mal. Mais la population veut qu’on lave plus blanc que blanc.”
Vous vous souvenez de la publicité de Tide, le détersif qui lavait plus blanc que blanc.
La députée de l’Acadie ne comprend pas le problème d’éthique et le conflit d’intérêts où se place un ministre qui a des parts dans une entreprise qui obtient ou est susceptible d’obtenir des contrats du gouvernement. C’est la règle qui prévalait avant que le premier ministre n’y apporte des modifications afin de permettre à David Whissell d’entrer au conseil des ministres. L’ex-ministre du Travail et député du comté d’Argenteuil détient 20% de participation dans une entreprise familiale, la compagnie d’asphaltage ABC Rive-Nord, qui a obtenu de généreux contrats du gouvernement. La valeur des contrats publics obtenus par l’entreprise a doublé en quelques années, après que M.Whissel soit devenu ministre. ABC Rive-Nord a décroché des contrats d’asphaltage d’une valeur 800 000 $ sans appel d’offres. Jean Charest a décidé de revenir à l’ancienne règle. David Whissell a préféré démissionner de son poste de ministre et conserver ses parts dans la compagnie d’asphalte.
Cette problématique autour du code d’éthique que doivent respecter les ministres semble échapper à la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et responsable de l’application de la loi 101. “Mon collègue n’a rien fait de mal” a-t-elle dit.
Née à St-Roch-des Aulnaies le 10 juin 1953, Mme St-Pierre a obtenu un Bacc. en sciences sociales de l’Université de Moncton (1972-1976) (C’est cocasse qu’elle soit la députée du comté de l’Acadie) Elle a été employée de Radio-Canada de 1976 à 2007. Elle a été suspendue de Radio-Canada pour avoir fait une déclaration en faveur de la mission canadienne en Afghanistan. Elle a aussi pris à partie Jean-François Plante, actuel candidat fantôme à la direction de l’ADQ, parce que celui-ci a dénoncé (avec raison) l’utilisation par les féministes de la tuerie de Polytechnique pour culpabiliser les hommes québécois qui seraient tous, selon certaines féministes radicales, des Marc Lépine, en puissance.
Le dernier souvenir politique qu’on a de Christine St-Pierre à part son passage glamourous au festival du film de Montréal, c’est que France Boucher (que Charles Castonguay appelle satiriquement “Mam Boucher”) avait déposé des études sur la situation de la langue française à Montréal sur le bureau de la Ministre responsable ( !!!) qui s’est assise dessus pendant qu’on discutait en commission parlementaire du nombre d’immigrants que le Québec était capable d’intégrer à la majorité francophone. C’est 55,000 par année, paraît-il.
Si la ministre a les mêmes exigences sur la francisation des immigrants qu’elle en a sur les règles d’éthique des ministres, pas surprenant que Caroline Moreno et Jacques Noël, par exemple, constatent à vue d’oeil l’anglicisation de Montréal.
Parlant d’éthique, si on veut comprendre l’agressivité de Sam Hamad, porte-parole fidèle de Jean Charest, à l’endroit de Patrick Bourgeois, il faut savoir que le directeur du journal Le Québécois est directement responsable de la divulgation du salaire payé en dessous de la table de 75,000 $ par année depuis 1998 par le Parti libéral du Québec à Jean Charest en plus de son salaire de premier ministre. Dans le contexte du Moulin à paroles, les reproches rattachés à de la violence verbale ne sont que de la poudre aux yeux. En examinant le train de vie de Jean Charest, Patrick Bourgeois en est venu à la conclusion qu’il lui manquait 75,000 $ par année. C’est quand même une drôle de coïncidence. Si Bourgeois en était arrivé à 100,000 $, est-ce que le Parti libéral aurait avoué qu’il donnait 100,000 $ sous la table, au noir, à Jean Charest, depuis 1998 ? Est-ce que quelqu’un a vu les papiers officiels en ce qui regarde une affaire que Jean Charest a considérée comme privée pendant 10 ans ?
J’imagine que Christine St-Pierre pense que son premier ministre “n’a rien fait de mal” en cachant ces revenus pendant dix ans. Y a-t-il d’autres revenus cachés dans une fiducie ? Jean Charest serait-il prêt à prêter serment qu’une fiducie de quelques millions n’a pas été créée par les hommes d’affaires qui avaient besoin de lui pour sauver le Canada et sont allés le chercher à Ottawa ? Tout en sachant que devant le juge Grenier, il a affirmé ne pas connaître, lui, le vice-président du Comité du non en 1995, l’existence d’un organisme, Option Canada, qui a dépensé des centaines de milliers de dollars illégalement. Tous ses amis avaient les mains dans l’argent, mais lui, il l’ignorait. Comme Pierre Pettigrew qui a obtenu 12,000 $ pour une série d’articles publiés dans La Presse. Du fédéralisme rentable, c’est le cas de le dire.
Députée de l’Acadie qui l’a élue à 60% dans un comté qui a voté NON à 78.58% en 1995, dont 44.8% seulement ont le français comme langue le plus souvent parlée à la maison, Christine St-Pierre n’a qu’à enfiler sa belle robe rouge pour être élue. Ses électeurs ne se soucient pas beaucoup de la situation du français dans la grande région de Montréal ni, sans doute, de l’éthique du premier ministre Jean Charest pour qui elle continuera à voter les yeux fermés pour “sauver le Canada”. C’est pourquoi elle peut se payer le luxe de mépriser “une population qui veut qu’on lave plus blanc que blanc”.
Si cette ministre se met la tête dans le sable à propos de l’éthique de son premier ministre, dont la principale qualité est de l’avoir nommée ministre, qui nous dit qu’elle ne fait pas la même chose à propos de la culture et de la langue française dont elle est sensée être responsable ! Ce serait la preuve qu’on peut avoir été journaliste pendant trente ans et être capable de se boucher les yeux devant la réalité.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 10 septembre 2009

