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« Le colonisé intègre en lui-même le personnage du colonisateur, et c’est cette partie de sa propre psyché qui devient en lui le modèle de la réussite et de la puissance. En d’autres termes, le colonisé déteste le colonisateur, mais aspire à être comme lui. Voilà précisément une des définitions de l’aliénation. »   Christian Maltais
             
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Changement de décor
Les Nicaraguayens, on le voit, n’ont pas tant à nous envier
Caroline Moreno
Tribune libre de Vigile
lundi 5 janvier 2009      171 visites


Accueillie dans un excellent français à l’aéroport, en espagnol à l’hôtel, il fallait bien que le premier crétin venu à lancer un jovial « Good morning ! » soit québécois…

Le Nicaragua est l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. Occupé par les Américains, meurtri par une guerre civile et un tremblement de terre ayant causé la mort de milliers de personnes, il se distingue par ses paysages de cannes à sucre, ses volcans, ses lagunes, ses montagnes et ses cordes où sèche le linge lavé à la main avec l’eau tirée des puits. La machine à laver est un luxe que jusqu’au médecin du village de pêcheurs de Masachapa ne peut s’offrir. Pas de poussettes, de poubelles à couches, de tables à langer, de BMW, de bidets, de pitous et de minous de compagnie, pas même parfois de chaussures pour aller à l’école.

Bien que l’anglais soit enseigné au Nicaragua comme langue seconde, le taux élevé d’analphabétisme et le fait que peu de jeunes gens entreprennent des études supérieures font en sorte que rares sont les Nicaraguayens qui le parlent. Mais, puisque la majorité des Québécois qui choisissent le Nicaragua comme destination voyage ne se donnent pas la peine d’apprendre quelques rudiments d’espagnol et s’adressent à leurs hôtes en anglais, ceux-ci persuadés qu’ils sont que l’anglais est la langue du Québec, se plient à la gymnastique de la mémorisation de mots-clés pour un fort discordant échange d’espanglais.

Lorsque, cependant, on aborde les Nicaraguayens dans leur langue, ils en sont émus et reconnaissants. Ils nous ouvrent leurs bras, leur cœur, leur maison.

Étant donné qu’ils ne sentent pas leur langue menacée, ils ne voient pas d’inconvénient à ce que les dépanneurs ON THE RUN conservent leur nom. De toute manière, à part l’élite, qui a les moyens d’y mettre les pieds ? Une femme de chambre gagne $5 par jour et en travaille six par semaine. Un professeur reçoit entre $150 et $200 par mois, soit l’équivalent d’un salaire de jardinier. Pour avoir de l’argent et le dépenser, autant que possible avec ostentation, il faut être avocat, député, ou dirigeant d’entreprise.

Les villas ne sont pas légion. Près de la moitié de la population vit dans des bidonvilles. Les maisons y sont construites à partir de matériaux trouvés ou procurés au fil des ans : tôle, tôle rouillée, bois, branches, bâches en plastique, journaux. Des ordures partout, triées par les cochons, les recycleurs par défaut, ou par les éboueurs qui les transportent en charrette d’un lieu à un autre. On imagine, pour ces familles, le bonheur d’un 1er juillet québécois avec ses divans, fauteuils, chaises, lampes, frigos, laveuses, sécheuses, télés, matelas, tables, livrés aux trottoirs. Au Nicaragua, « gaspiller » n’est pas un verbe conjugué.

Qu’est-que qui rend les Nicaraguayens si attachants qu’il nous coûte de les quitter ?

Leur fierté, leur ingéniosité, leur gentillesse, l’absence d’agressivité même chez les chauffeurs ralentis par un troupeau de vaches, leur sourire, leur simplicité, l’entraide qu’ils manifestent les uns envers les autres.

Les Nicaraguayens, on le voit, n’ont pas tant à nous envier.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —




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