“Les Québécois” en français et le Québec, ce n’est pas la même chose.
“Dans une entrevue accordée à La Presse cette semaine, le chef libéral Stéphane Dion avait dit comprendre que le jeune Trudeau critique la confusion sur le sens à donner à l’idée de nation québécoise.
« Quand Justin a critiqué la résolution pour être confuse en français et en anglais, je suis bien d’accord avec lui. Mais je dirais, moi, que oui, nous, les Québécois, formons une nation, c’est simplement une question de s’entendre sur le sens du terme. Et je pense qu’il serait d’accord une fois que je lui aurai dit cela », a dit M. Dion.
Le chef libéral voit trois sens à la notion de « nation » : un sens ethnique, sociologique et étatique. Selon lui, le Québec est une nation, mais au sens sociologique du terme seulement, et non aux sens étatique ou ethnique.” (La Presse. Jean-Denis Bellavance et Hugo de Grandpré)
***
Voici donc, selon moi, en termes clairs le sens qu’il faut donner à la résolution adoptée par la Chambre des Communes : "Les "Québécois" forment une nation dans un Canada uni"
Les "Québécois" (en français dans la résolution) c’est-à-dire les francophones du Québec forment une nation (sociologique) dans un Canada (une nation au sens étatique) uni (contre la menace “séparatiste” que posent au moins 50% des "Québécois" qui appuient la souveraineté).
Si comme le dit Stéphane Dion (qui a collaboré avec Steven Harper dans la rédaction de la résolution), il ne s’agit pas de la nation "ethnique", pourquoi avoir écrit "Les Québécois" en français même dans la résolution en anglais ? et pourquoi le ministre conservateur des Affaires Intergouvernementales Michael Chong a-t-il démissionné parce que c’était ethnique ?
Dans des entrevues récentes, Steven Harper parle des Québécois francophones qui forment une nation puis, dans la phrase suivante, il dit que c’est le Québec qui forme une nation. Quand on vote à la Chambre des communes une résolution qui a une certaine valeur juridique, on est plus précis.
Vous savez que "les Québécois", en français dans le texte de la résolution, ce n’est pas la même chose que "le Québec". Les mots ont quand même un sens et couvrent des réalités. Pourquoi la résolution Harper ne disait-elle pas : “Le Québec forme une nation dans un Canada uni” ? Il doit y avoir une raison.
"Les Québécois", en français dans la résolution adoptée à la Chambre des Communes, c’est "ethnique". Une preuve : il y a un ministre conservateur qui a démissionné à cause de cela.
A propos de la confusion du français et de l’anglais : "nation" en anglais veut dire pays souverain. Exemple : La Société des nations qui a précédé l’Organisation des Nations Unies regroupe des nations souveraines donc des pays souverains.
A propos de la confusion des langues.
La langue maternelle de Justin Trudeau est l’anglais (comme pour Pierre Elliott-Trudeau, Paul Martin, Jean Charest). Dans quelle langue pense-t-il ? Dans sa première déclaration, quand il a dit que le Québec n’était pas une "nation", il pensait en anglais car en anglais "nation" veut dire pays souverain, Etat souverain. Mais Stéphane Dion lui a expliqué qu’en français, nation avait trois sens, et que lui Stéphane Dion avait voté pour la nation sociologique et que cela ne voulait rien dire... politiquement, sinon essayer d’avoir des votes au Québec en faisant illusion, en trompant les électeurs comme Pierre Elliott-Trudeau en 1980 a dit qu’il voulait du changement et qu’en votant NON les Québécois auraient du changement dans le sens de leurs aspirations. Ce qui s’avéra être une tromperie.
C’est quoi la nation sociologique ? Harper dit que ce sont "les Québécois" qui parlent le français qui forment une nation car sans le français majoritaire au Québec, comment pourrions-nous être qualifié de nation. Or une ethnie, c’est un groupe d’individus qui partagent la même langue et la même culture.
Comment Stéphane Dion peut-il dire que la nation votée à Ottawa n’est pas ethnique ? Aux journalistes de lui poser la question : quelle différence y a-t-il entre la nation sociologique et la nation ethnique ?
***
Toute cette bouillie sémantique n’a pour but que de faire semblant qu’on montre une ouverture envers "les Québécois" afin d’obtenir à peu de frais leur appui électoral.
La "nation sociologique" des Québécois qui au fond est la nation ethnique adoptée à la Chambre des Communes à Ottawa donne l’illusion que le Québec bénéficie d’une reconnaissance de la part du Rest of Canada. Mais ça change quoi dans les faits ? Rien sinon d’avoir pour effet de leurrer les citoyens du Québec qui pourraient voter pour les conservateurs aux prochaines élections fédérales à cause de leur apparence de grande ouverture envers le Québec.
Que “les Québécois” forment une nation, ça ne change pas le fait que le Québec est une province qui a les pouvoirs d’un demi-Etat qui subit le déséquilibre fiscal, qui perçoit la moitié seulement de ses taxes et de ses impôts, qui a peu de relations internationales et dont les citoyens sont soumis à une Constitution qu’il n’a pas signée et à une Charte des droits individuels qui mine les droits collectifs (sauvegardés par la loi 101) à la francisation la plus englobante possible (puisque la réalité fondamentale qui fait que le Québec est une nation, c’est d’abord et avant tout son caractère français, c’est Steven Harper lui-même qui le dit).
Quant à moi, je pense que tous les Québécois qui habitent sur le territoire du Québec font partie de la nation québécoise qui devrait aspirer à avoir tous les pouvoirs politiques nécessaires à son développement en français, comme la nation canadienne qui a tous les pouvoirs politiques dont elle a besoin.
La résolution votée à Ottawa affirme que notre nation ne doit pas devenir une nation étatique. Elle nous enjoint de nous contenter de rester une nation sociologique. C’est cela que Stéphane Dion a voté. Comment se fait-il qu’un esprit brillant comme Justin Trudeau ne l’ait pas compris ! Et comment se fait-il que certains se laissent impressionner par cette apparence d’ouverture qui est le résultat d’une stratégie bloquiste désastreuse qui s’est retournée contre nous.
Impossible que RBO ne s’inspire pas de cet imbroglio et de cette entourloupe dans son spectacle de fin d’année. A moins que ce ne soit trop “politique” et que ça ne puisse pas entrer dans la mission de Radio-Canada de favoriser l’unité canadienne.
Robert Barberis, Longueuil, 22 décembre 2007
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

