C’est peut-être parce que j’en ai trop vu dans ma vie, parce que ces gens m’ont souvent déçu, mais je n’ai pas plus confiance aux juges retraités qu’aux politiciens.
Pourquoi les anciens juges laveraient-ils plus blanc que leurs anciens confrères avocats qui ont préféré la politique au banc, les Trudeau, Chrétien, Mulroney et compagnie ? Pourquoi John Gomery réussirait-il là où Pierre Trudeau, celui-là même qui l’a nommé juge, a échoué et pour qui un non était un oui ?
Que je sache, le juge Gomery et sa troupe d’avocats et d’enquêteurs n’ont jamais appréhendé les têtes dirigeantes du scandale des commandites, justement ceux qui nomment les juges ! Dans les faits, John Gomery n’a jamais livré la marchandise.
Si le public s’est satisfait des pions remis à la justice et a fait du bon juge un héros, c’est parce que les médias l’ont voulu ainsi ! On en a fait un personnage de roman-savon grâce à la télédiffusion quotidienne des travaux de la commission qu’il dirigeait. Il est devenu le symbole de l’incorruptibilité, ce bon vieux juge Gomery, une icône que tout le monde aime et respecte, peu importe les allégeances politiques !
Les anciens juges ne sont pas différents des politiciens et des avocats. Ce qui compte d’abord, c’est leur intérêt. Dans le milieu du droit, les deux plus éloquentes preuves de la réussite d’un avocat, sont l’argent qu’il facture ou le fait qu’il soit devenu juge d’un tribunal de juridiction supérieure. Une fois devenu juge, l’ancien avocat pourra faire de l’argent sans avoir besoin de facturer.
Alors qu’il était dans l’opposition officielle et avant qu’il ne devienne président de l’Assemblée nationale, Michel Bissonnet m’a confié que j’étais un homme chanceux puisque le poste de directeur que j’occupais à l’École du Barreau me permettrait sans aucun doute de devenir juge un jour. Je n’aurais plus aucun souci financier.
Je n’ai jamais eu l’ambition de devenir juge et ce n’est certainement pas mes chroniques de Vigile sur l’éthique et la justice qui vont m’ouvrir les portes de la magistrature. La franchise que j’y témoigne n’est pas de nature à en ouvrir de nouvelles non plus - moi qui suis devenu persona non grata - encore moins celles de la politique, où le compromis, quand ce n’est pas la compromission, est une règle de survie.
Si la franchise, lorsqu’elle est contenue, peut parfois mener à la carrière de juge, l’excès conduit rarement à celle de politicien. En politique, tout le monde doit faire des compromis, même les anciens juges !

