Lundi dernier, le président de la République française a indigné de nombreux Québécois par ses propos très durs envers le mouvement souverainiste. Notamment, il nous a identifié au « sectarisme » ainsi qu’au « repli sur soi ». En tant qu’homme politique souverainiste, cela m’interpelle et me donne l’occasion de rappeler ce pourquoi nous nous battons.
Le mouvement souverainiste québécois aspire à rassembler les Québécois au sein d’une nation indépendante, non pas à les diviser. Et, contrairement à ce que laissent entendre les propos du président de la République, l’accession à l’indépendance constitue pour une nation la meilleure façon d’accueillir l’autre et de l’intégrer en s’enrichissant de sa différence. Pour s’intéresser au monde, il faut d’abord savoir d’où on vient. Pour savoir d’où on vient, on a besoin de solides assises culturelles et linguistiques que seule l’indépendance peut nous procurer.
La cause de l’indépendance québécoise s’inscrit dans la longue lignée de ces nationalismes qui, partout dans le monde, ont été des phares de liberté et de progrès social. Ce nationalisme qui nous caractérise est un nationalisme humain qui vise la préservation d’un espace de liberté, notre liberté. Il vise l’émancipation d’un peuple, d’abord, mais aussi celle des individus qui la composent. Le nationalisme québécois et son aboutissement, la volonté de faire l’indépendance, est basé sur cette conviction que nous voulons partager avec le monde : tout être humain, tout peuple, a le droit au bonheur.
Notre combat s’inscrit ainsi dans la bataille mondiale pour la diversité culturelle et la survie des langues. Comme tout peuple, les Québécois ont le devoir moral de protéger leur identité car, sans elle, nous ne pourrons plus apporter au monde ces innovations uniques que produisent les peuples uniques. Le monde a besoin de l’identité québécoise car certaines réalisations qui transcendent notre commune humanité n’existeraient pas sans elle. Ce singulier alliage de l’Amérique et de l’Europe qu’est le Québec a donné à l’humanité de grandes choses dans les domaines culturel (Cirque du Soleil), industriel (Bombardier), financier (Desjardins) et sert même d’exemple quant à son modèle social (CPE). Imaginez maintenant combien le Québec pourrait contribuer au nouvel ordre écologique avec son eau et ses énergies propres ! Notre peuple apporte quelque chose de beau et d’original à l’aventure humaine et c’est pourquoi il doit durer. Cette pérennité, elle passe par l’indépendance.
Ce n’est pas la première fois que l’on affuble les souverainistes québécois de mots très durs, et ça ne sera pas la dernière. Nos adversaires ont une volonté constante d’obscurcir notre projet, de lui porter ombrage en tentant de nous donner la honte de ce que nous sommes.
Je ne me laisserai pas abattre par de tels propos, car je demeure convaincu que le mouvement souverainiste québécois, ce nationalisme et cette volonté inébranlable de continuer, c’est la parcelle de lumière québécoise que nous devons apporter au monde.
Pour que les nations se respectent et coopèrent, encore faut-il qu’elles se parlent sur un pied d’égalité. Plus il y aura de nations souveraines dans le monde, plus il y aura d’espace pour un dialogue fructueux qui s’enrichira de notre différence. Inversement, plus on voudra effacer ces différences, plus nous diviserons l’humanité en attisant le repli sur soi. Bref, l’indépendance, ce n’est pas du repli sur soi ; c’est au contraire la meilleure façon d’entrer en dialogue avec l’autre et de le comprendre.
Tel est le ferment qui fait que se renouvelle, génération après génération, le mouvement souverainiste québécois. Tel est le sens de mon engagement politique.
Bernard Drainville, député de Marie-Victorin

