
J’ai l’immense chagrin de vous annoncer le décès de notre ami Bernard survenu cette nuit au Centre hospitalier Anna-Laberge à Châteauguay.
La rapidité de la dégradation de son état me laisse pantois. Même si je connaissais la gravité de sa maladie, à le voir encore vaquer normalement à ses occupations il y a à peine dix jours, je ne soupçonnais pas que sa fin était si proche.
Je l’ai vu jeudi dernier pour lui annoncer un développement favorable survenu dans notre procès, et même si je l’avais trouvé considérablement affaibli, il pouvait encore tenir une conversation et même rire de certains aspects amusants que je lui rapportais pour lui donner le goût de vivre encore un peu plus longtemps.
J’ai su par son fils Érick que son état s’était considérablement détérioré lundi et je suis retourné le voir hier. Un autre de ses fils, Dominique, était à son chevet. Bernard était sous forte sédation et il avait le souffle court et rauque, alimenté par le respirateur.
Dominique et moi avons eu le bonheur de le voir, un court instant, émerger brusquement de sa torpeur et nous sourire en nous reconnaissant, avant d’y replonger profondément.
Il n’y a pas de mots pour vous dire toute la perte que je ressens, et je sais que nous serons des milliers à partager ce sentiment. Avec si peu de moyens mais une détermination sans faille, sans être hanté par le moindre doute sur la direction à prendre et la justice de sa cause, Bernard est parvenu à doter le Québec d’un espace de liberté incomparable dans notre paysage médiatique.
Il l’a fait sobrement, modestement, avec une constance exemplaire, quasi monacale, et une efficacité redoutable. Il a tenu le fort, littéralement à bout de bras, à lui seul pendant quinze ans. Il a résisté à toutes les épreuves, surmonté toutes les embûches, esquivé toutes les critiques, et laisse derrière lui une oeuvre monumentale en exemple aux générations futures.
Bernard était de la race des vrais héros, ceux du quotidien, les bûcheurs, les anonymes. Pourtant doué pour la parole (il avait enseigné) et l’écriture, il avait décidé de s’effacer et de donner la parole aux autres, de leur donner une occasion de structurer leur pensée, de se donner des orientations, et de se forger une détermination.
Sa réussite se mesure dans l’influence que Vigile a acquise dans le débat politique au Québec, une influence que ses concurrents de la presse officielle ne reconnaîtront jamais tant elle les fait mal paraître, mais une influence réelle dont nous avons eu de nombreuses preuves tangibles au cours des deux dernières années.
Repose en paix, Bernard, tu l’as bien mérité. La relève est là.


