1. Kananaskis, Alberta, juillet 2011 : réunion des ministres de l’Énergie du Canada et des provinces. Les nouvelles québécoises émanant de cette rencontre sont un rappel de la position du gouvernement de Jean Charest en regard du développement du potentiel hydroélectrique du Bas-Churchill au Labrador. Le PM du Québec et sa ministre nous répètent que l’aide financière offerte par Ottawa à Terre-Neuve est mauvaise pour le Québec en créant une « concurrence déloyale » pour les exportations d’électricité de Hydro-Québec. Qu’en est-il ?
L’objection de Jean CHAREST envers l’aide financière fédérale pour le développement de l’hydroélectricité du Bas-Churchill au Labrador repose sur deux raisons :
2. a) le fédéral n’a jamais offert d’aide financière à Hydro-Québec pour le développement d’un projet hydroélectrique au Québec. Qui s’en plaint aujourd’hui ou hier au Québec ?
2. b) cette aide financière d’Ottawa à Terre-Neuve créera, selon notre PM, une situation de « concurrence déloyale » envers les exportations d’électricité du Québec dans le futur, sans préciser quand. Il dénonce un dommage futur, hypothétique et non quantifié.
3. La position du PM du Québec dans ce dossier est-elle frivole, sans fondement et non convaincante ? Vaste programme comme dirait le Général De Gaulle.
4. Primo, le fait qu’Hydro-Québec traditionnellement ait obtenu son financement sur les marchés, sans l’aide d’Ottawa, est objet de fierté pour les québécois. De toute façon, les promoteurs de la centrale électrique et de la ligne de transport du Bas-Churchill iront sur les marchés financiers pour leurs besoins financiers. Dans le monde des capitaux, un projet hydroélectrique de l’envergure du Bas-Churchill de l’ordre de 15 milliards$ (6 G$ pour la ligne et 9G$ pour la centrale, chiffres approximatifs) trouvera du financement facilement. Nous sommes dans le monde de l’énergie verte et renouvelable en cette période post-Fukushima du 11 mars 2011.
5. Secundo, regardons quelques chiffres et complétons par nos calculs pour apprécier la pertinence de la position du PM du Québec .
5.1 la garantie de prêt de 4,2 milliards$ équivaut, selon les chiffres cités dans les journaux, à une économie pour Terre-Neuve (le promoteur) de 200 millions$ sur 10 ans, ou 20 M$ par année en moyenne en frais d’intérêts. Cela ne représente même pas 10% du service de la dette d’un projet de cette envergure.
5.2 calculons le coût total du service de la dette d’un projet de 15G$ avec un financement intérimaire sur 10 ans, complété par des obligations de 30-40 ans, avec un taux d’autofinancement de 10% (les actionnaires du promoteur) et de financement de 90% à 5% (taux conservateur) sur le marché obligataire. Notre calcul ne porte que pour la période de financement intérimaire sur 10 ans, soit durant la période de construction de la centrale et de la ligne de transport, période durant laquelle s’appliquera la garantie de prêt d’Ottawa. Nous estimons le coût moyen annuel du service de la dette à 350 millions$, soit un coût total de 3,5G$ couvrant les années de construction jusqu’à la date de mise en service de l’ensemble du projet. Si la garantie de prêt équivaut à un coup de pouce de 200 millions$ d’économie d’intérêt en tout, cela représente moins de 10% des frais d’intérêt de 3,5G$. Pourquoi Jean CHAREST en fait tout un plat ?
5.3 Concernant l’argument d’une « concurrence déloyale » envers les exportations d’électricité du Québec, il faudrait mesurer l’impact en dollars de cette hypothétique et future « concurrence déloyale » ce que le PM se garde bien.
6. Voici quelques chiffres qui nous permettront d’apprécier s’il y a une « concurrence déloyale ».
6.1 À partir du coût réel de construction de l’ensemble, centrale et ligne de transport, on pourra établir le PRU, prix de revient unitaire pour chaque kWh d’électricité offert et livré aux acheteurs situés le long de la ligne de transport, le tout calculé en dollars 2011. Pour une centrale de 2600MW pouvant produire 14TWh ( 1 térawattheure = 1 milliard de kilowattheure) par année, cela équivaut à un PRU de 25¢/kWh livré en Nouvelle-Écosse (PRU de 21¢/kWh + 4¢/kWh de frais de transport). Les calculs sous-jacents s’inspirent de la brochure de Hydro-Québec portant sur le complexe en construction de La Romaine, édition de juillet 2009, pour fin de comparaison.
6.2 Avec un tel PRU de 25¢/kWh en $ 2011, il faut déterminer en quelle année cela créera une « concurrence déloyale » envers les exportations de Hydro-Québec parce que la centrale de Muskrat Falls, Bas-Churchill n’est pas encore construite ? De plus, lorsque la production commencera à Muskrat Falls, disons dans 15 ans d’ici, Hydro-Québec disposera-t-elle de surplus d’électricité qui entreront en compétition avec l’électricité du Bas-Churchill et vice versa ? En mars 2011, lorsque le PDG de Hydro-Québec a dévoilé les états financiers pour l’année 2010, il a expliqué sur grand écran que l’année avait été très pénalisante en terme de baisse de précipitations par rapport à la moyenne historique. Un déficit de 23,4 TWh ( 1 térawattheure = 1 milliard de kilowattheure, le kilowattheure que les québécois paient 7¢ l’unité) a été mesuré par les experts de Hydro-Québec pour laisser un solde d’environ 100 TWh dans les 26 réservoirs.
Avec de tels déficits de précipitations, en 2010 et dans l’avenir, les surplus d’électricité sont plutôt volatiles. Selon une précision écrite par Hydro-Québec Production dans la brochure sur le complexe La Romaine mentionné au paragraphe précédent, nous lisons en page 2, je cite : « Dans un premier temps, la division (Hydro-Québec Production) pourra augmenter ses exportations d’électricité, mais à terme, les nouvelles installations alimenteront le marché québécois où la demande est appelée à croître. » Donc, il n’y aura pas de compétition sur les marchés d’exportation entre l’hydroélectricité du Québec avec celle du Bas-Churchill.
7. Actuellement, le contrat d’exportation à long terme entré en vigueur récemment avec le Vermont tourne autour de 6¢/kWh et le prix d’exportation à son meilleur vers 2006 était à 11¢/kWh. L’exécution d’un contrat d’exportation d’électricité avec un prix de vente FOB frontières autour de 6¢/kWh suscite plusieurs questions et observations. À 6¢/kWh, les québécois exportent des emplois et les subventionnent. Je ne suis pas certain qu’avec de tels contrats, notre PDG mérite un salaire de un demi million$. Estimons d’autre part que la première livraison d’électricité du Bas-Churchill interviendra dans une quinzaine d’année, donc autour de 2026. Quant au complexe La Romaine, on prévoit terminer le construction en 2020.
8. Conclusions
8.1 En termes de prospective en matière d’énergie en Amérique du Nord, incluant le Québec, avec l’impact de la rareté du pétrole, de l’auto électrique, du développement des énergies renouvelables, des phénomènes écologiques de protection de notre planète et des économies d’énergie potentielles, nous pouvons conclure que le projet du Bas-Churchill est viable à long terme et qu’il ne causera pas une « concurrence déloyale » aux exportations d’électricité du Québec vers les États voisins du Nord-Est des États-Unis. Le projet du Bas-Chruchill est viable parce que « finançable » et offrant à terme une énergie verte et renouvelable à un prix concurrentiel, répondant à une demande réelle qui ne mourra pas. La crainte du PM Charest est sans fondement et non crédible.
8.2 Dans un futur pays du Québec, encourager le développement du Bas-Churchill par Terre-Neuve serait une attitude positive de bon voisinage. Que cherche Jean Charest à donner l’impression qu’il crée une zizanie entre le Québec et Terre-Neuve ? Sûrement un écran de fumée pour distraire les québécois. Pendant ce temps, Jean Charest soigne son jardin, soit son futur poste lorsqu’il se retirera de sa fonction actuelle. Son cri au loup fédéral est donc de nature frivole et malhonnête.
9. Lors du lancement le 29 octobre 2009 du projet par Jean CHAREST de l’achat d’Énergie Nouveau-Brunswick par Hydro-Québec pour un coût de 4,75 milliards$, il avait annoncé un rendement net de 10% sur investissement la première année. Le PM s’était bien gardé de quantifier publiquement ce 10% de rendement net. À l’époque, nos recherches et nos calculs concluaient plutôt à un rendement net de 10% de ZÉRO profits = zéro dollar de rendement. Pire, pour dorer la pilule aux clients néo-brunswickois, par contrat, Hydro-Québec comme nouvel acquéreur de Énergie NB faisait un cadeau récurent de 100 millions$ par année durant cinq ans. Ce projet, qui heureusement a échoué, scellait des années noires pour Hydro-Québec et pour les québécois.
10. Espérons que ce ne sont pas les mêmes conseillers qui étudient le dossier du Bas-Churchill au Labrador pour l’équipe de Jean Charest que ceux qui ont étudié le projet d’achat de Énergie NB par Hydro-Québec. Encore une fois, avec le dossier du Bas-Churchill, Jean Charest aura tout faux pour embrumer les québécois. Que notre PM est un triste Sire !
François A. Lachapelle, retraité de Hydro-Québec

