Le 8 décembre, si le Parti québécois perd, ce sera sa défaite, celle de sa stratégie, la fin de sa crédibilité en tant que parti indépendantiste. Il aura trop souvent changé de cap au gré des politiciens qui l’auront dirigé. Il ne sera bon qu’à fusionner avec l’A.D.Q.. S’il gagne, ce sera la victoire des ambivalents qui le contrôlent, la fin des espoirs ténus de reprise en main du parti par sa base indépendantiste. Nous n’avons pas à attendre le résultat de l’élection pour tenter de comprendre comment ce parti, qui devait se consacrer à l’avènement de la souveraineté du Québec, s’est détourné de son objectif, pour devenir un poids, un empêchement même, à sa réalisation.
Le Parti québécois ne peut pas être indépendantiste, s’il ne fait pas passer la lutte pour la souveraineté du Québec avant le gain électoral. Il ne peut pas plaire à tout le monde. Il doit plutôt, par la voix de ses représentants, faire comprendre aux Québécois de ne plus accepter de subir le statut de minorité qui leur a été imposé à l’intérieur du Canada, depuis l’Acte d’Union de 1840. Pour exister comme nation, les Québécois ont droit à mieux qu’une carte de citoyenneté émise par un gouvernement provincial. Ils doivent bénéficier des prérogatives d’une majorité dans le politique, l’économique, le social et le culturel. Cela s’appelle la souveraineté du Québec et passe par la séparation d’avec le Canada. En conséquence, le P.Q. doit accepter de se mettre à dos la minorité anglo-saxonne du Québec qui, majoritaire au sein du Canada, s’oppose à la création d’un Québec souverain où elle deviendra minoritaire. La souveraineté signifie pour elle, l’égalité pour tous, donc la fin de ses privilèges.
Le P.Q. doit cesser de chercher à rallier les électeurs nationalistes, les annexionnistes mous, en plus du vote indépendantiste qu’il considère comme acquis. Au lieu de se comporter en indépendantiste mou, pour séduire le plus grand nombre, il devrait plutôt miser sur la fermeté, la sensibilisation et la persuasion, avant, pendant et après les élections, pour amener la nation québécoise à comprendre que son émancipation, son avancement, passe par la souveraineté du Québec. Il obtiendrait ainsi, un vote indépendantiste de plus en plus ferme et imposant. Il s’attirerait l’appui des forces vives du Québec qui ne se manifestent que lors des grands moments de l’Histoire. Il n’y a pas d’autre façon de gagner un référendum.
Un parti indépendantiste doit prendre position sur tous les sujets. Son cabinet fantôme doit être celui du pays à venir. Il ne doit pas se confiner aux domaines de juridiction provinciale. Ce n’est pas au Bloc québécois de parler au nom du Québec des sujets de juridiction fédérale, mais au parti indépendantiste, particulièrement lorsqu’il est au pouvoir.
Pour moi, indépendantiste, le Parti québécois est mort. Pour le ressusciter, il faudrait tout changer, éliminer tout ce qui le dirige, tout ce qui le représente à la députation, tout ce qui en fait partie et aspire à de hautes fonctions ou à quelque bénéfice personnel après la prise du pouvoir, tous les permanents du parti, tout personnage charismatique qui écrase le parti, tout ce qui approuve le bon patronage, tout ce qui a rampé et n’a pas protesté, et, ou, démissionné, au temps du « beau risque », à celui de Pierre-Marc Johnson, ou au temps du coup de barre de Lucien Bouchard, et maintenant, sous celui de Pauline Marois. …bref, ne resteraient que les membres indépendantistes, on se couperait des ambivalents, des électoralistes et des opportunistes. S’ajouterait, une partie de la masse des indépendantistes qui ont quitté ce parti au fil des trahisons péquistes et de ceux qui, dégoûtés par les manœuvres du P.Q., n’ont jamais voulu s’en approcher. La démocratie serait de retour. Les congrès, le militantisme, le programme prendraient de l’importance.
L’orientation du parti serait enfin décidée par ses membres. Ses dirigeants, issus de la base des militants, ne seraient pas des transfuges. Ils seraient les exécuteurs du programme adopté en congrès. Ses électeurs seraient les indépendantistes. Arrivés au pouvoir, ses représentants, au lieu de se démarquer du parti, de sa gauche et des indépendantistes en particulier, en se prétendant, avec démagogie, « gouvernement de tous les Québécois », et dès lors, s’installer dans l’immobilisme ; resteraient les acteurs de l’instauration de la souveraineté du Québec. Alors, le P.Q. serait ressuscité. Un miracle se serait produit !
Sauf que, pour tout dire …je ne crois pas aux miracles. Je pense que la meilleure façon pour les indépendantistes, de se soigner de cette gangrène politique péquiste, serait de l’amputer en construisant un parti neuf.
Michel Rolland
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