Dans son éditorial de dimanche 22 mars 2009, portant pour titre : Le comble de l’irresponsabilité, il est évident qu’André Pratte a reçu des ordres "d’en haut". À moins de ne plus avoir à recevoir aucun ordre, ayant été conditionné à perpétuité.
Les problèmes financiers du Québec sont attribuables à la mauvaise gestion du gouvernement du Québec, non par la faute d’Ottawa. Il n’y a pas à en sortir. Le message est clair.
Que le gouvernement du Québec augmente taxes et impôts et diminue ses services et il sortira de la crise. Que de telles mesures provoquent des crises encore plus graves et potentiellement explosives n’a aucune importance. Lorsque le monde n’aura plus de pain, il mangera de la galette. Les nantis ne le verront pas.
Le gouvernement d’Ottawa est blanchi. Le fédéralisme canadien reste intouchable. Le blâme d’André Pratte en fournit une preuve irréfutable.
Aucune référence de part et d’autres, soit de Monique Jérôme-Forget, soit d’André Pratte, aux principes élémentaires qui gouvernent toute stratégie d’État depuis des millénaires et qui finissent par avoir le dernier mot, non par force d’arguments mais par la force des choses, par les lois naturelles.
Quatre de ces treize principes occupent une position centrale dans cet ensemble destiné à servir de guide et de régulateur à l’action :
1. Concentration de l’effort dans l’espace et dans le temps ;
2. Économie de l’effort ;
3. Simplicité ;
4. Flexibilité ou souplesse.
On ne peut concentrer et économiser l’effort que dans la mesure où un État possède en partant tous les pouvoirs de décision et toutes les compétences.
La dispersion des pouvoirs et des compétences, telle que nous la vivons actuellement, est un obstacle à l’action. Aucune décision simple et d’envergure ne peut être prise et mise à exécution. Tant que les pouvoirs sont divisés entre un niveau "fédéral" et un niveau "provincial", les solutions se limiteront à des expédients commodes.
Pourtant, les assises de l’État du Québec sont en place depuis des centaines d’années, très longtemps avant la création forcée de l’État "fédéral canadien", qui tente depuis les débuts à accaparer tous les pouvoirs d’État.
Cette perspective n’est jamais invoquée ni par André Pratte ni par aucun représentant du Parti Libéral du Québec.
Quant au Parti Québécois, les principes qui gouvernent toute stratégie d’État sont encore trop peu connus pour s’en servir dans les discussions officielles. Discuter de questions d’État doit se baser sur des arguments statutaires et des arguments principes, que les provinciaux ne connaissent pas. Les inféodés doivent rester dans l’ignorance des principes de l’action d’envergure et limiter leurs discussions à quelques arguments de surface.
Avec un seul gouvernement d’État, le sien, qui plonge de longues racines dans la géographie et l’histoire du Québec, le Québec actuel peut agir avec pertinence et célérité. C’est le premier argument statutaire en faveur de l’indépendance du Québec.
Par lui-même et pour lui-même, le Québec constitué en un seul État peut apprécier avec rigueur contextes et situations tels qu’ils sont et non tels que représentés par les propagandistes de l’État unitaire dominant des provinces inféodées et interdites d’agir en fonction de la réalité et ses principes.
Partant, il devient possible de déterminer des objectifs praticables et réalisables en termes d’espace et de temps, de maintenir la confiance, le moral et la dynamique de la nation québécoise, décider où et comment l’effort et les moyens seront concentrés, agir avec simplicité et souplesse, obtenir la coopération de tous, coordonner efficacement l’effort et pourvoir à la logistique nécessaire.
Il n’est pas possible de mettre ces principes en pratique alors que le Québec, qui possède depuis longtemps ses propres assises d’un État naturel et optimal, doit s’arrêter à chaque instant et attendre ce que décide l’autre État avant d’agir.
Le pouvoir d’enrayer de cet autre ’État, post-impérial, unitaire et arbitraire d’Ottawa, n’a pas encore créé suffisamment de problèmes pour décider les Québécois à s’en défaire, ne serait-ce que pour enfin concentrer l’effort sur l’essentiel et atteindre les objectifs du Québec avec une économie de l’effort et des moyens.
Les principes de concentration et d’économie de l’effort s’opposent à l’inertie et l’entropie qui caractérisent les gouvernements qui tentent de s’imposer par la loi de la pesanteur.
C’est le cas du gouvernement du Canada, à l’origine créé arbitrairement pour exploiter les chemins de fer et les richesses naturelles d’un espace géographique aux dimensions continentales et aux populations trop dispersées et trop faibles pour s’y opposer.
De cette manière, le centralisme unitaire. mis en place par les Orangistes et les Loyalistes, a servi à construire une oligarchie maintenant énorme, regroupée à Bay Street à Toronto et connue comme Canadian Establishment.
"Fort au centre" disait Jean Chrétien, qui, comme PE Trudeau avant lui, n’a travaillé toute sa vie qu’au service de cette oligarchie. C’est le veau d’or des idolâtres, qui paralyse l’action, tant au Québec que dans les autres provinces. Éloge de l’inertie. Jamais il n’a été question de concentration et d’économie de l’effort et des moyens.
Sur une plus grande échelle, les États Unis souffrent du même mal. Une poignée d’individus, dont la pensée plane au dessus des contingences de ce monde, qui "voient tout et savent tout", décident de tout pour des millions d’autres qui ne "voient rien et ne savent rien".
Avec des clichés commodes, comme le "comble de l’irresponsabilité", André Pratte travaille à maintenir ce système en place. Monique Jérôme-Forget ne saurait y répondre. Le Parti Québécois non plus.
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L’exemple américain
L’économie américaine est en mutation depuis au moins trente ans.
C’est comme si des Américains avaient prévu la catastrophe actuelle, non par un coup de génie isolé des contextes et des situations qui se présentent, mais précisément en fonction d’événements contextuels qui ont secoué les États Unis depuis la première crise du pétrole vers 1973-75.
Tout a commencé avec les vastes mouvements migratoires du nord vers le sud à l’occasion de la première grande crise du pétrole. Le Nord et le Midwest ont été littéralement abandonnés par 40 000 000 (oui, quarante millions) de jeunes américains qui ont émigré vers le Sud, où l’économie naissante annonçait de belles années à venir, dans un climat chaud, loin du froid et de la neige.
Kirkpatrick Sale, que nous avons rencontré à Manchester NH, lors que la Troisième Convention des États Sécessionnistes (il y en a 45 maintenant), a débuté il y a trente ans avec une vaste étude de ces mouvements migratoires et leurs conséquences sur toute la vie américaine. L’homme a 72 ans et travaille encore comme un forcené.
Son opus major s’intitule : Power shift. The rise of the Southern Belt and its challenge to the Eastern Establishment.
C’est lui, Kirkpatrick Sale, qui dirige le Middlebury Institute de New York et les recherches sur ces phénomènes de grande envergure dont la trame exacte nous échappe. C’est là que nous devons trouver les renseignements que nous cherchons. J’irais y travailler volontiers et d’ailleurs, Kirkpatrick Sale m’y a invité mais je dois terminer le livre que j’ai entrepris et qui exige tout mon temps.
Le Nord s’est réorganisé en mouvements coopératifs inspirés de nos propres coopératives, y compris les Caisses populaires. Le Nord s’est doté d’une économie de troc et d’une monnaie de troc qui gagne en intensité chaque mois. Par exemple, Ithaca dans l’État de New York possède depuis longtemps sa monnaie de troc.
Une organisation a pris naissance : Le Northeast-Midwest-Economic-Advancement-Coalition, que nous aurions grand tort d’ignorer. Jamais nous ne devons oublier, nous Québécois, que les événements les plus décisifs de notre histoire se sont produits aux États Unis, depuis la grande révolte des Amérindiens des grands Lacs, la Guerre d’indépendance américaine, la Guerre de 1812, la construction du canal Érié, des chemins de fer américains, les guerres économiques entre les Américains et la Grande Bretagne et les autres guerres qui ont suivi, les économies d’après guerres, les décolonisations, tout a joué en notre faveur, souvent à notre insu.
Ces événements ont exercé une influence majeure sur les Anglais qui n’avaient pas autre choix que réorganiser l’Amérique Britannique du Nord en conséquence. Tout ce qui s’est passé au sud de notre frontière a fait notre jeu.
Tout ce qui s’est passé en Europe avec la Guerre de Sept Ans a aussi fait notre jeu. Comment pouvez-vous expliquer que, petit peuple isolé et sans défense, nous avons non seulement survécus, envers et contre l’adversité : nous avons progressé et pris de l’expansion au point de devenir une nation reconnue et avoir organisé les assises de notre propre État, naturel et optimal.
Notre confusion vient de ce que nous fonctionnons mentalement et intellectuellement dans le virtuel plutôt que dans l’actuel. Nous n’avons pas encore compris le premier principe de stratégie d’État : Appréciation rigoureuse du contexte. Ce principe ne nous entre pas dans la tête. Nous continuons à croire que notre imaginaire nous mène plus loin que la Réalité (causale) et le Réel (relationnel).
Tout ce système économique qui s’installe peu à peu remplace le pouvoir central américain en un essaim de pouvoirs régionaux que nous devons étudier de près.
Ces études sont nécessaires mais comme les universités québécoises sont inféodées et servilement soumises aux diktats d’Ottawa, alors nous devons entreprendre ces études par d’autres moyens., notamment en fréquentant le Middlebury Institute de New York.
De telles connaissances mènent beaucoup plus loin qu’aller mourir sur les barricades comme le veulent certains indépendantistes que je nommerai pas et qui osent appeler "révolution" ce spectacle sado-masochiste.
La véritable révolution est déjà en train de se faire et c’est elle qui nous invite à agir d’une manière autrement plus adaptée et exigeante que les manifestations de surface sans lendemains.
JRMS

