Cherchant à justifier la commémoration en grande pompe des 250 ans de la cuisante défaite française de 1759 sur les Plaines d’Abraham, André Juneau, président de la Commission nationale des champs de bataille (CCBN), lançait récemment : « Il y a une commémoration annuelle d’Hiroshima. Il y a des Japonais. Et je pense qu’on peut s’entendre pour dire qu’ils n’ont pas gagné. » Prenons-le au mot et attestons cette comparaison.

En 1945, la bombe d’Hiroshima tua instantanément plus de 140 000 personnes mais le nombre des morts s’élève à 220 000 lorsqu’on y ajoute les victimes de brûlures et des effets des radiations qui succomberont plus tard. C’est donc 40% de la population d’Hiroshima qui en périra.

De son côté, la prise de Québec en septembre 1759, incluant près de trois mois de siège et de bombardements anglais, causa la mort d’une proportion comparable des 8000 habitants de la ville. Dans toute la vallée du Saint-Laurent, des dizaines de villages furent pillés, saccagés puis rasés par les flammes. La bataille des Plaines d’Abraham elle-même n’est que le point culminant nord-américain de la Guerre des Sept Ans, cette dernière ayant causé la mort de plus d’un habitant sur sept dans l’ensemble de la Nouvelle-France. Et c’est sans compter que beaucoup des survivants, dépourvus et sans abri, moururent des suites de l’hiver glacial qui suivit.
Lorsqu’à tous les 6 août, des foules se rassemblent à la Place de la Paix d’Hiroshima pour commémorer la tragédie de 1945, il y règne une atmosphère de deuil, de recueillement et de consternation devant le souvenir de tant d’horreur. Personne là-bas n’aurait l’idée saugrenue d’y organiser un événement récréotouristique de masse autour d’un thème aussi sordide.
À l’opposée, les événements prévus du 30 juillet au 2 août prochains à Québec versent nettement dans le spectacle et le divertissement. Comme le clame la CCBN depuis des mois, « plus de 100 000 visiteurs sont attendus à cette activité spectaculaire et gratuite, la plus importante du genre au Canada. » La CCBN se félicite de ce qui sera « indéniablement l’événement de l’été 2009 à Québec » et affirme le plus sérieusement du monde que « les Plaines d’Abraham représentent le site rassembleur tout désigné pour la tenue d’événements d’envergure » comme ces Fêtes du 250e anniversaire de ce que la CCBN décrit avec enthousiasme comme « le véritable premier conflit mondial selon plusieurs historiens. »
Catastrophe pour catastrophe, qu’André Juneau prenne conseil au plus vite auprès des organisateurs de cérémonies d’Hiroshima à défaut de quoi, il risque fort de s’autoproclamer tête de turc par excellence du Bye Bye 2009.
Christian Gagnon
Montréal
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